L’actualité numérique des industries de santé

    L’actualité numérique des industries de santé

    Etudes

    La numérisation des industries de santé érigée en "priorité stratégique" de la filière (étude Pipame)

    PARIS (TICpharma) - Une étude du pôle interministériel de prospective et d'anticipation des mutations économiques (Pipame), dévoilée le 19 juin, décortique les opportunités offertes par le numérique pour moderniser les industries de santé, appelant à "faire de la numérisation un sujet stratégique" et une "priorité" dont le pilotage doit être renforcé au niveau du comité stratégique de filière (CSF) santé.

    Cette étude prospective a été commandée au cabinet Opusline par la direction générale des entreprises (DGE), l'Alliance nationale pour les sciences de la vie et de la santé (Aviesan), la Fédération française des industries de santé (Fefis) et le G5 santé (BioMérieux, Guerbet, Ipsen, LFB, Pierre Fabre, Sanofi, Servier et Théa).

    Elle a été réalisée à partir d'entretiens avec des industriels, d'analyses du marché et du recensement de plus de 70 cas d'usages des technologies sur l'ensemble de la chaîne de valeur des industriels de santé (médicaments, dispositifs médicaux, et systèmes de diagnostic), allant de la virtualisation des essais cliniques à la simulation de la réponse à un traitement en passant par l'aide au diagnostic et la maintenance à distance.

    Elle décrypte dans le détail l'impact de huit technologies sur le secteur: le cloud, la cybersécurité, le big data, l'intelligence artificielle (IA), la robotique, la simulation numérique, les objets connectés (IoT) et la réalité augmentée.

    Présentant les principaux résultats de l'étude, Olivier Floch, associé chez Opusline, a pointé une "dynamique qui est lancée" en matière de transformation numérique des industries de santé. Il a fait référence à une "actualité riche", citant l'exemple des récents investissements de Dassault Systèmes et du consortium de recherche mis en place par 10 laboratoires pharmaceutiques sur les algorithmes prédictifs pour la découverte de nouveaux médicaments.

    Il a toutefois noté que "nombre de sociétés ont encore beaucoup de questions sur le potentiel de ces technologies, les cas d'applications et le cadre réglementaire, et se perdent un peu dans les pistes à suivre". "Aujourd'hui, aucun acteur n'a mis en œuvre une transformation complète, et pour beaucoup la question du passage à l'échelle est posée", a-t-il ajouté.

    L'étude du Pipame a identifié cinq "enjeux majeurs" de la transformation numérique pour les industriels :

    • l'élaboration de modèles d'innovation et de recherche plus efficients dans un contexte où le modèle historique des produits blockbusters n'est plus en mesure d'assumer la soutenabilité des coûts de la recherche
    • la transformation du modèle de démonstration et d'évaluation de la valeur en santé, avec la question du "passage d'une logique de prix à une logique de la valeur de la solution thérapeutique", notamment fondée sur l'analyse de données en vie réelle
    • la modernisation de l'outil industriel avec des enjeux de gains de productivité, de qualité et de traçabilité des produits de santé
    • la transition vers une médecine personnalisée, qui nécessite de créer et d'alimenter les professionnels en données pour mieux cibler les thérapies, mieux accompagner les patients et mieux comprendre une pathologie
    • la circulation et l'exploitation transverse de la donnée, à la fois industrielle et issue du patient.

    Trois niveaux de transformation

    A partir de ces enjeux, l'étude décortique "trois niveaux de transformation numérique" du secteur: les impacts sur chaque étape de la chaîne de valeur de l'industrie, la mutation de l'offre de santé vers des "solutions intégrées" combinant plusieurs technologies, et la création d'une "chaîne de la donnée de santé".

    Le rapport de l'étude Pipame est truffé d'exemples de ces transformations sur les activités de l'industrie (R&D, production, distribution, accès au marché et usage du produit).

    En matière d'offre, "on pressent une convergence vers des solutions holistiques composées de principes actifs et de systèmes de diagnostic, de délivrance et de suivi du patient", a souligné Olivier Floch. Cette dynamique "soulève beaucoup de questions" en matière d'intégration des différents acteurs, de propriété intellectuelle, d'accès au marché et de partage de la valeur ajoutée, a-t-il relevé.

    L'importance prise par la collecte et le traitement des données de santé oblige par ailleurs à un rapprochement entre industriels et spécialistes des technologies, et fait évoluer les métiers et les compétences.

    "Très peu de nouveaux métiers sont créés. Les métiers traditionnels se transforment et doivent intégrer l'utilisation du numérique", a noté Joëlle Bouet, associée chez Opusline. "Le vrai changement est de faire travailler des univers de métiers qui ne travaillent pas ensemble, comme le médical et l'ingénieur, le médecin et l'informaticien", a-t-elle ajouté.

    Observatoire de la transformation numérique

    L'étude Pipame assortit à chacun des niveaux de transformation trois recommandations. Lors de la présentation de l'étude, Joëlle Bouet a insisté sur la nécessité de disposer d'un "plan de numérisation de l'ensemble des acteurs de santé", et en particulier des "petits industriels qui ont besoin d'être pilotés et aidés".

    Le rapport recommande de placer ce pilotage stratégique au niveau du CSF santé, avec l'objectif de "stimuler les initiatives", "homogénéiser les pratiques" et "orienter les investissements par les financements publics et privés", tout en mettant en avant des "arguments objectivés vis-à-vis des pouvoirs publics".

    Il préconise aussi de "créer les outils et méthodes" pour "piloter et animer la modernisation" avec, par exemple, la création d'un "observatoire de la maturité numérique des entreprises" au niveau du CSF santé.

    Pour tirer profit du traitement de données dans le secteur, l'étude appelle à "fédérer les acteurs industriels autour d'ambitions communes", à établir un "programme d'actions stratégique, visible et opérationnel utilisant les données", et à créer un "continuum de la donnée de santé en définissant une politique publique cohérente et fortement incitative".

    En ce qui concerne la structuration d'une "nouvelle offre de solutions intégrées", le rapport prône la création d'une filière multi-industriels d'accompagnement au parcours réglementaire et à la pré-validation des innovations".

    La donnée comme principal carburant

    Invités à débattre à Bercy à la suite de la présentation de l'étude, des représentants de Sanofi, Ipsen, Servier, Ariana Pharma, Pierre Fabre et de l'Institut Mérieux ont unanimement salué la richesse du rapport.

    "La gouvernance autour de la donnée de santé est cruciale pour avoir une interopérabilité et donc partager des données, les comparer", a relevé Siham Imani, vice-présidente exécutive chez Servier.

    Dominique Berry, vice-présidente d'Ipsen chargée de la stratégie et de la transformation, a fait valoir l'intérêt de "rassembler un maximum de données pour identifier des prédicteurs de l'apparition de la maladie et accélérer la prise en charge" dans des pathologies comme les tumeurs neuro-endocrines ou les cancers du foie, du rein ou du pancréas, ciblés par son laboratoire.

    Si, comme tous les industriels présents, elle a salué l'initiative du Health Data Hub portée par les pouvoirs publics et partagé les conclusions de l'étude Pipame, elle a appelé à "être plus précis sur l'ambition qu'on veut avoir pour la France en tant qu'acteur de la donnée de santé", notamment vis-à-vis d'autres pays "assez volontaires" comme le Canada, le Royaume-Uni ou Israël.

    "On devrait aussi avoir une réflexion sur la monétisation de la donnée", et sur "les acteurs de la donnée qu'on veut voir émerger en France, en dehors du Health Data Hub", a-t-elle ajouté.

    Revoir les règles du jeu

    L'autre sujet qui a cristallisé les débats à Bercy est l'adaptation du cadre réglementaire des produits de santé aux nouveaux outils tirant profit du numérique.

    "Ces solutions ne rentrent aujourd'hui dans aucune case pour le remboursement", a relevé Alain Pluquet, directeur innovation et technologies de l'Institut Mérieux. "Il faut faire vite pour que les solutions qui ont une véritable valeur médico-économique puissent être déployées à large échelle dans les hôpitaux français", a-t-il soutenu.

    Encore faut-il disposer de modèles d'évaluation pour des produits qui n'ont pas les mêmes cycles de vie que les produits de santé classiques. Mohammad Afshar, directeur général d'Ariana Pharma, a incité les pouvoirs publics français à s'inspirer des actions mises en place par la Food and Drug Administration (FDA) aux Etats-Unis, qui a publié en avril dernier des "lignes directrices" sur le recours à l'IA dans les dispositifs médicaux.

    L'assurance maladie, la Haute autorité de santé (HAS) et les administrations de santé "sont conscients des enjeux mais maintenant il faut vraiment agir le plus vite possible. Aujourd'hui, cela reste très compliqué, et beaucoup trop long", a complété Alain Pluquet.

    Il a estimé que le "changement de paradigme du système de santé en termes de remboursement et de réglementation" et "l'accès à des données de plus en plus riches et ouvertes", étaient "indissociables" pour mener la modernisation de la filière industrielle.

    Le président du G5 santé et directeur général de Guerbet, Yves l'Epine, a également fait de la numérisation de la filière un enjeu "géopolitique et géo-économique" alors que plusieurs géants américains et chinois des technologies et de la donnée ne cachent plus leurs velléités sur le secteur médical, exprimant la crainte de "se voir imposer" des outils développés ailleurs, dans d'autres conditions éthiques.

    "Si on ne se réveille pas, on va tout droit vers une cyber-vassalisation par ces cyberpuissances", a-t-il alerté.

    Raphael Moreaux
    raphael.moreaux@apmnews.com

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