L’actualité numérique des industries de santé

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    "En matière d'IA, il faut renforcer la coopération entre Etats européens" (Cédric Villani)

    GÖTEBORG (Suède) (TICpharma) - Le mathématicien Cédric Villani, également député La République en Marche (LREM) de l'Essonne et candidat à l'investiture de son parti pour la mairie de Paris, s'est déplacé à Göteborg le 2 avril à l'occasion des rencontres franco-suédoises de l'intelligence artificielle (IA) pour "échanger avec les acteurs politiques, scientifiques et du monde de la technologie en Suède et évoquer la coopération européenne en matière d'IA", a-t-il expliqué dans un entretien à TICpharma.

    TICpharma: Quel était l'objet de ce déplacement en Suède? Quels ont été les sujets abordés?

    Cédric Villani: Cet événement se rattachait à la mission sur l'IA que j'ai menée l'année dernière et qui a abouti à la remise d'un rapport fin mars 2018 au président de la République. Depuis, je suis resté très impliqué dans le travail autour des coopérations institutionnelles et de recherche pour l'IA.

    Lors de ces rencontres franco-suédoises, nous avons échangé avec les acteurs politiques, scientifiques et du monde de la technologie en Suède et évoqué la coopération européenne en matière d'IA car certaines avancées permises par cette technologie sont déjà parmi nous mais d'autres se développent encore. Il est important de poursuivre ces développements avec beaucoup de discussions afin de renforcer la confiance entre acteurs.

    Diriez-vous que la Suède est un modèle en matière d'IA?

    C.V.: En IA, les références européennes sont la Grande-Bretagne, la France et l'Allemagne, chacune avec ses forces et ses faiblesses et des investissements plus ou moins importants.

    Néanmoins, on peut voir l'Europe du Nord comme une sorte de laboratoire. Si on rapporte l'investissement récent en matière d'IA au PIB dans les pays nordiques, on peut constater qu'il est très fort. Ces pays ont moins d'acteurs de recherche, de start-up, etc. Il y a aussi une culture de la confiance envers le progrès et les institutions, envers les expérimentations, davantage qu’en Europe de l’Ouest. Cela permet d’avancer avec plus d'agilité.

    Justement, un an après la remise de votre rapport sur l'IA, en France, certains projets ont été initiés -comme le Health Data Hub- mais trouvez-vous que la stratégie se déploie assez vite?

    C.V.: Forcément, sur le sujet, je manque d'objectivité mais j'ai tendance à penser qu'on peut aller encore plus vite dans un domaine où les autres continents vont à toute allure. Il faut garder en tête que c'est une compétition et qu'elle est féroce aux Etats-Unis ou en Chine.

    En matière d'IA, il faut renforcer la coopération entre Etats européens et aller plus vite! Seule l’échelle européenne pourra nous donner la résonance économique, la force d’investissements et la pluralité des compétences nécessaires.

    Concernant l'IA en santé, la plateforme nationale du Health Data Hub est actuellement en cours de préfiguration. Pensez-vous que ce laboratoire de données de santé à la française puisse devenir un modèle de référence dans le monde?

    C.V.: Le Health Data Hub s'annonce comme l'une des plus grandes bases de données au monde et son succès dépendra des moyens techniques mis en oeuvre (un matériel adapté, des infrastructures à niveau, des bases de données intégrées nettoyées...) et d'une organisation administrative souple.

    J'ai plaidé pour un statut juridique de société par actions simplifiées (SAS), avec une majorité garantie pour l'Etat afin qu'il garde le contrôle, avec l'idée d'une gouvernance réactive qui laisse une chance aux expérimentations pour être à la hauteur des ambitions et de l'audace de nos start-up. Le groupement d'intérêt public (GIP) [option retenue par le gouvernement et validée en première lecture par l'Assemblée nationale, ndlr] est, j'en suis convaincu, une structure trop lente et trop bureaucratique.

    Par ailleurs, en matière de santé, l'une de nos plus grandes difficultés réside aussi dans le dialogue interdisciplinaire insuffisant entre médecins et algorithmiciens. Ce sont deux mondes qui ne se connaissent pas assez et manquent parfois de communication.

    Quelle est la solution pour faire communiquer tous les acteurs et positionner la France à l'avant-garde de l'IA?

    C.V.: Il faut continuer à marteler ce message: le partage et l'expérimentation sont les clés mais il faut aussi faire travailler tous ces gens ensemble, quitte à réorganiser les campus et revoir les formations.

    Une partie de ces enjeux se trouve dans l'organisation de la cité. Il faut redessiner les relations en ville, entre la ville et l'hôpital, avec l’école, les campus innovants, les laboratoires ouverts, etc.

    C'est notamment ce que je porte dans le cadre l'investiture LREM pour les municipales 2020 à Paris: la ville contribue à brasser les individus et les talents, notamment sur un sujet comme l’IA qui ne doit pas rester confiné aux experts.

    En matière d'IA en santé, croyez-vous que la nomination d'un pilote national de l'e-santé puisse accélérer son développement?

    C.V.: Non. Si l'on prend l'exemple des Etats-Unis ou d’Israël, ils n'ont pas une institution ou un personnage comme pilote de leur stratégie en IA ou en e-santé et pourtant, ils sont en pointe sur ces sujets. En revanche, en Israël, quelqu'un comme Ran Balicer a dépensé une énergie inouïe pour aider les communautés de la médecine et de l’algorithmique à se parler et à se comprendre.

    En France, on raisonne beaucoup trop en termes de gouvernance mais sans s'acculturer à ces sujets. Le pilote est important pour se porter garant des données et les fournir aux acteurs qui en auront un bon usage. En revanche, pour favoriser l'innovation, il faut laisser les acteurs développer leurs idées et aider leurs synergies.

    Cela viendra des contacts institutionnels, mais aussi de l'organisation dans l’espace, à l’échelle de la ville, de la métropole, de la région... Et cela viendra de la culture: la France, c'est le goût de l'audace et de l'universalisme, il faut préserver cela.

    Wassinia Zirar
    Wassinia.Zirar@apmnews.com

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