L’actualité numérique des industries de santé

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    Des partenaires et une bonne gouvernance, la recette d'AstraZeneca pour faire de l'IA

    GÖTEBORG (Suède) (TICpharma) - Chatbots, usine connectée... le laboratoire anglo-suédois AstraZeneca fait sa mue digitale et prend le virage de l'intelligence artificielle (IA) en s'appuyant sur "un dialogue multi-partenarial et une bonne gouvernance", ont expliqué deux de ses représentants à TICpharma.

    Près de 20 ans après la fusion des laboratoires Astra (Suède) et Zeneca (Grande-Bretagne) et plusieurs exercices financiers compliqués, le groupe biopharmaceutique a annoncé en février avoir renoué avec la croissance en 2018 et qu'il compte poursuivre sur cette lancée en 2019.

    Pour cela, il pourra compter sur ses activités historiques de fabrication de médicaments... et peut-être bientôt sur ses projets liés à l'IA?

    Le 2 avril, à Göteborg, sur la côte ouest suédoise, le groupe participait à une conférence franco-suédoise consacrée à l'intelligence artificielle. La rencontre, introduite par Cédric Villani, député La République en Marche (LREM) de l'Essonne et mathématicien, a été l'occasion pour AstraZeneca de partager sa vision du sujet.

    "Pour nous, 2019 est une année charnière en matière d’IA. Nous nous inspirons du modèle suédois qui met l’accent sur le dialogue trans-industriels et nous considérons qu’il faut travailler de manière partenariale et en n’étant pas au centre", a expliqué Philippe Mourouga, directeur des affaires publiques, économiques et juridiques d'AstraZeneca France.

    A Paris, la filiale française du groupe s’est -un temps- interrogée sur la pertinence de répondre seule à l’appel à projets lancé dans le cadre du Health Data Hub, cette future plateforme hexagonale de données de santé.

    "Aujourd’hui, nous considérons que nous serons plus forts si nous y allons ensemble. La gouvernance est importante dans la réussite d’un projet", a plaidé Carole Manducher, directrice de la communication d’AstraZeneca France.

    L'entreprise a ainsi préféré prendre part au projet de plateforme de données en oncologie mené par l'Alliance pour la recherche et l’innovation des industries de la santé (Ariis) et l'Institut national du cancer (Inca) dans le cadre du nouveau contrat stratégique de filière industries et technologies de santé signé le 4 février.

    L’Ariis a répondu à l’appel d’offres du Health Data Hub avec ce projet.

    Le Hub est loué par les deux responsables de la filiale française d'AstraZeneca, qui y voient "un signal positif" et le symbole d'une "forte volonté politique". "Depuis 18 mois, l’Etat a créé les conditions pour parvenir à faire de l'IA et à innover. Désormais, à nous d’avancer de manière collaborative", a déclaré Philippe Mourouga.

    Par ailleurs, en coulisses et avec "plusieurs partenaires", AstraZeneca prépare "un projet autour de l’IA", qui sera, lui, dévoilé en juin et éventuellement soumis au Health Data Hub lors d'un prochain appel à projets.

    "Nous travaillons déjà avec des start-up en biotech et medtech en France. Nous scannons régulièrement l'écosystème pour nouer les bons partenariats", a souligné le directeur des affaires publiques, économiques et juridiques de l'entreprise.

    Une usine connectée et un département dédié à l'innovation

    En interne, AstraZeneca poursuit sa mue digitale et pour la dircom' de la filiale française, le numérique était "une nécessité pour réinventer le secteur".

    "Il a permis de décloisonner la pharma et il a levé des barrières en matière de recherche autour du médicament, d'accompagnement du patient mais aussi pour la recherche prédictive en immuno-oncologie, par exemple. Il a fait émerger une vision plus holistique des pathologies."

    "L'IA et la data permettent d’anticiper les pathologies et de requalifier les métiers. Les technologies remettent l’humain au cœur du soin, elles permettent de faire un meilleur suivi et dans nos usines, la main-d'oeuvre est plus qualifiée et l'IA offre un contrôle qualité et une optimisation plus performants", a expliqué Carole Manducher.

    Le 21 janvier, le groupe a inauguré l'extension de son site de production de Dunkerque (Nord), qui accueille la première ligne d'assemblage et de conditionnement des dispositifs d'inhalation associés aux molécules issues du rachat de la biotech américaine Pearl Therapeutics, en 2013.

    Ce site, AstraZeneca veut en faire "un centre d'excellence".

    "L'usine est connectée, il y a un processus d'automatisation des tâches qui a fait naître de nouveaux métiers", a précisé le directeur des affaires publiques, économiques et juridiques d'AstraZeneca France.

    "Tout cela s’est accompagné d'une formation des employés à la robotique et a permis d'optimiser la production et de le stockage notamment. Cette révolution numérique sur notre site de Dunkerque a aussi robotisé les tâches difficiles et dangereuses et requalifié les métiers pour notre personnel", a-t-il souligné.

    Outre ce "centre d'excellence", AstraZeneca s'est également doté en France d'une équipe dédiée à l'innovation. Lancée en novembre 2018 et encore en cours de déploiement, celle-ci est chargée de porter l'innovation et mise sur le "Beyond the pill" pour proposer de nouveaux services "au-delà du médicament", en s'appuyant sur les nouvelles technologies.

    Au menu des réflexions menées par ce département: repenser le parcours patient, déterminer comment l'IA et la data influent sur la manière de soigner et d'interagir avec le patient et entre professionnels de santé, et définir, avec "l'écosystème" -toujours- comment le laboratoire peut accompagner ces changements inhérents aux nouvelles technologies "de manière vertueuse".

    Vaste programme pour cette nouvelle équipe d'une trentaine de personnes chargées de transformer l'essai, mais le groupe n'a pas attendu leurs premiers retours pour initier des projets numériques.

    Quelques projets en cours

    En plus du projet de plateforme de données en oncologie auquel il participe aux côtés de l'Ariis, plusieurs autres initiatives ont déjà été lancées.

    En 2017, AstraZeneca a par exemple dévoilé son site internet "Vivre avec". Objectif: améliorer le quotidien des patients qui souffrent d’un cancer du poumon, de l'ovaire et du sein et celui de leurs proches. Vidéos, témoignages, communauté de patients en ligne (notamment via les réseaux sociaux Facebook et Twitter), le site fournit également des informations sur la maladie et ses évolutions.

    Par ailleurs, sur la page Facebook de "Vivre avec le cancer du poumon", les patients et proches aidants peuvent échanger avec chatbot (agent conversationnel) pour mieux connaître la maladie.

    Un autre mini-site est développé depuis 2018. Baptisé Eazylife, il s'adresse aux adolescents atteints d'asthme, dans l'objectif de les renseigner sur leur maladie et de les aider à être mieux observants. En parallèle, un projet de chatbot dans l'asthme est "en cours de développement", a indiqué AstraZeneca.

    Nerf de la guerre dans l'univers biopharmaceutique, les données de vie réelle constituent un axe de travail déjà abordé par AstraZeneca.

    "Les données de vie réelle nous intéressent, notamment quand nous commençons à réfléchir à la conception d'un produit ou à sa mise sur le marché", a expliqué Philippe Mourouga. "Nous sommes toujours en recherche de nouveaux partenaires, comme des start-up, pour travailler sur ces données."

    Ainsi, en novembre 2017, ce n'est pas vers une start-up qu'AstraZeneca s'est tourné mais vers la fédération des centres de lutte contre le cancer (CLCC) Unicancer. Ensemble, les deux structures ont noué un partenariat pour rassembler des données de vie réelle dans le cancer du poumon.

    Ce projet permet la création d'une plateforme ESME (pour "épidémio-stratégie médico-économique") dans le cancer broncho-pulmonaire afin de décrire l'impact des nouvelles thérapies (notamment les immunothérapies) sur l'évolution de la prise en charge thérapeutique du cancer du poumon.

    Ce travail s'effectue à partir des données disponibles dans 36 établissements référents et spécialisés dans la prise en charge du cancer broncho-pulmonaire, parmi lesquels des CLCC, des CHU, des centres hospitaliers (CH) et des établissements privés.

    En 2017, AstraZeneca précisait avoir avoir investi "près de 13 millions d'euros" dans les différentes plateformes ESME lancées par Unicancer depuis le début du programme en 2014.

    Cette fois-ci, les deux responsables de la filiale France ont tu les montants injectés pour mener à son terme la révolution numérique du groupe et assurent "continuer le travail, sans se presser".

    Wassinia Zirar
    Wassinia.Zirar@apmnews.com

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