L’actualité numérique des industries de santé

    L’actualité numérique des industries de santé

    Politique

    Le numérique en santé en manque d'une gouvernance claire et cohérente

    PARIS (TICpharma) - Si le ministère des solidarités et de la santé a multiplié les initiatives en matière de numérique dans le cadre de sa stratégie "Ma santé 2022", une gouvernance claire et cohérente de l'e-santé au niveau national fait encore cruellement défaut, ont déploré des représentants des éditeurs et fournisseurs de services numériques en santé auprès de TICpharma.

    Relance du dossier médical partagé (DMP), création du Health Data Hub et de l'espace numérique de santé, nouveaux programmes de financement de la "digitalisation" des soins e-Hop et Hop'En, ou encore expérimentation de l'e-prescription: les chantiers en matière de transformation numérique de santé ne manquent pas.

    "Un élan est en train de se créer" mais il n'y aura pas de "grand soir" du numérique en santé, ont prévenu Dominique Pon et Laura Létourneau, membres de la task force sur le sujet mise en place au ministère des solidarités et de la santé et adeptes d'une stratégie "pragmatique", dans un entretien à TICsanté (site du groupe APM International, dont fait partie TICpharma).

    "On n'attend pas d'avoir une gouvernance claire et arbitrée pour commencer à dérouler les projets", ont-ils ajouté.

    Par essence transverse, la gouvernance de l'e-santé est aujourd'hui répartie entre plusieurs directions centrales du ministère, comme la direction générale de l'offre de soins (DGOS), la direction générale de la santé (DGS), la direction générale de la cohésion sociale (DGCS), mais aussi la délégation à la stratégie des systèmes d'information en santé (DSSIS) et l'Agence des systèmes d'information partagés de santé (Asip santé).

    Signe d'une période transitoire qui n'en finit pas, la DSSIS et l'Asip santé sont toutes les deux dirigées par intérim, respectivement depuis juin 2017 et mars 2018, à la suite des départs de Philippe Burnel et de Michel Gagneux.

    On note par ailleurs que l'Asip santé n'a pas de nouveau contrat d'objectifs et de performance (COP), depuis son dernier contrat avec l'Etat couvrant la période 2016-2018.

    "Il y a enfin une vision stratégique du numérique en santé qui semble se dégager dans la stratégie 'Ma santé 2022', mais on voit bien l'incapacité des pouvoirs publics à gouverner ce sujet", a pointé Francis Mambrini, président de la Fédération des éditeurs d'informatique médicale et paramédicale ambulatoire (Feima) et vice-président de CompuGroup Medical (CGM), contacté par TICpharma.

    Il a déploré une "incapacité des directions centrales du ministère à fonctionner en bonne cohésion", une "dichotomie assurance maladie-ministère qui continue à persister", des "agences dans tous les coins" et plus généralement "une incapacité de la fonction nationale à piloter avec un peu de cohérence et de fermeté les politiques territoriales".

    Il a notamment regretté que le comité stratégique du numérique en santé (CSNS), créé dans le cadre de la stratégie "e-santé 2020" présentée sous le quinquennat précédent, soit au "point mort" depuis octobre 2017, date de sa dernière réunion.

    "Il ne se passe plus rien", a appuyé Francis Mambrini, expliquant avoir l'impression que les pouvoirs publics ont perdu "deux ans" en ne s'attaquant pas au "sujet primordial" de la gouvernance. "Le seul point de stabilité est notre relation très construite et structurée avec l'assurance maladie sur ces questions", a-t-il précisé.

    Hypothèse d'une direction centrale chargée du numérique

    Cette perte de temps est d'autant plus étonnante que le rapport Pon/Coury, des noms des pilotes du chantier numérique de la stratégie "Ma santé 2022" Dominique Pon et Annelore Coury, a mis en évidence un déficit de lisibilité dans la gouvernance de l'e-santé, et préconisé dès l'automne 2018 une nouvelle gouvernance "forte, resserrée et dotée d'un bras armé effecteur".

    Quelques mois auparavant, la création d'une "mission unique e-santé" au sein du ministère, au moment du lancement des chantiers de la stratégie de transformation du système de santé, avait finalement été annulée.

    "Il faut une direction centrale du numérique clairement identifiée au sein du ministère, avec un rattachement qui lui permette de faire face à d'autres directions centrales puissantes comme la DGOS", a défendu Francis Mambrini.

    Cette hypothèse fait partie des deux scénarios de gouvernance esquissés par le rapport Pon/Coury, mais elle semble perdre du terrain au sein du ministère.

    "On a compris que l'installation de cette direction prenait du temps, et quand cela prend du temps c'est toujours mauvais signe", a abondé Isabelle Zablit, coprésidente du comité santé du Syntec numérique, syndicat professionnel des entreprises de services du numérique, des éditeurs de logiciels et des sociétés de conseil en technologies.

    "Avec le CSNS, nous avions enfin un lieu de confrontation et d'alignement des projets du numérique en santé, mais cela reste un organe consultatif qui n'a pas vocation à être décideur [...] On a passé la première, maintenant il faut passer la seconde voire la troisième", a-t-elle insisté, tout en voyant un "signe positif" dans les nominations de Dominique Pon et Laura Létourneau au ministère.

    Repositionner l'Asip santé

    Pour Isabelle Zablit, une gouvernance du numérique en santé "forte et lisible" est un "élément clé de succès" des projets qui sont actuellement lancés par les pouvoirs publics.

    Une première façon d'avancer sur la question serait de nommer "un délégué interministériel au numérique en santé qui pourrait s'appuyer sur l'Asip santé et couvrirait des enjeux économiques autant que sanitaires", a-t-elle proposé.

    Le rapport Pon/Coury a mentionné parmi les scénarios possibles de gouvernance la création d'une "mission" pilotée par l'Asip santé, rappelle-t-on.

    L'Asip santé est "absolument essentielle" mais elle doit "se recentrer sur ses réels éléments de valeur ajoutée, à savoir tout ce qui touche la sécurité et l'interopérabilité des systèmes d'information de santé", a pour sa part estimé Francis Mambrini.

    "Il ne faut pas un pilotage politique de l'agence, comme on a pu le connaître parfois, mais un vrai pilotage opérationnel qui exécute les orientations définies par une direction centrale du numérique", a-t-il complété.

    Il a appelé à "protéger" l'Asip santé des "commandes multiples et diverses qu'on peut lui faire et qui risquent de l'emboliser", citant l'exemple de la refonte du système d'information et de télécommunication des services d'aide médicale urgente (Samu).

    Malgré une forte impatience sur le sujet de la gouvernance, les représentants de la Feima et du Syntec numérique ont tous les deux salué le positionnement d'"Etat plateforme" défendu par Dominique Pon et Laura Létourneau, consistant pour les pouvoirs publics à définir le cadre général d'urbanisation des systèmes d'information de santé et à en garantir l'éthique, tout en laissant le développement de services à valeur ajoutée aux acteurs privés.

    Raphael Moreaux
    raphael.moreaux@apmnews.com

    À suivre

    Au bord de la faillite, Cellnovo cesse la commercialisation de sa micro-pompe à insuline connectée

    Politique

    Dominique Polton plaide pour une "gouvernance unifiée" des bases de données de santé

    PARIS (TICpharma) - Dominique Polton, présidente de l'Institut national des données de santé (INDS) et pilote de la mission de préfiguration du Health Data Hub, a plaidé le 11 septembre pour une "gouvernance unifiée" des différentes bases de données existantes en France afin de simplifier leur utilisation.

    0 470

    Solutions

    Sérialisation du médicament: la France sera connectée à la base de données européenne à compter du 5 septembre

    PARIS (TICpharma) - La France sera connectée à la base de données européenne créée dans le cadre de la mise en oeuvre de la sérialisation du médicament à partir du mercredi 5 septembre, a indiqué l'organisme France MVO (France Medicines Verification Organisation) dans une lettre datée du 6 juillet.

    0 791

    Vos réactions

    Anti-spam : Veuillez saisir le résultat de ce calcul S.V.P
    6 + 1 =