L’actualité numérique des industries de santé

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    Olalla Grau (MSD): "Nos innovations doivent s’intégrer dans un parcours de soins"

    PARIS (TICpharma) - Directrice du département Innovation et Solutions clients chez MSD France, Olalla Grau a expliqué dans un entretien à TICpharma comment le laboratoire intègre les enjeux d'innovation numérique pour se moderniser et développer de nouvelles solutions contribuant à l'efficience du système de soins.

    TICpharma: L'offre digitale de MSD s'est enrichie ces derniers mois avec le lancement des sites Medelli, à l'attention du grand public, et MSD Connect pour les professionnels de santé. Quelle stratégie poursuivez-vous sur ces plateformes ?

    Olalla Grau: Depuis plus de dix ans, MSD investit dans des outils et services digitaux destinés à accompagner les professionnels de santé dans la prise en charge ou à favoriser leur coordination, avec par exemple le réseau social Comuniti et la plateforme de dialogue médecin-patient Docvadis. Alors que le système de santé entend donner plus d'autonomie au patient, le site Medelli est la suite logique de ces initiatives, cette fois-ci en direction des patients. Ils peuvent y avoir accès à une information vérifiée sur la prise en charge et la prévention ou prendre un rendez-vous en ligne avec un médecin. MSD Connect devient en parallèle le portail de référence des professionnels de santé afin de moderniser leurs relations avec nous, qu'il s'agisse d'accéder à de l'information sur nos services et nos médicaments ou d'organiser un rendez-vous avec nos représentants.

    Quels sont les premiers retours d'utilisation ?

    O.G.: Les premiers résultats sont très encourageants. Depuis le lancement de Medelli fin mai, nous avons enregistré un million de visiteurs uniques. Nous avons l'objectif ambitieux d'atteindre plusieurs millions de visiteurs pour la première année.

    Au-delà de ces sites, MSD a développé plusieurs applications mobiles comme DiabetoPartner, IChemoDiary, ou Mon Journal Positif dans la prise en charge du VIH. Peu intégrées aux prises en charge des patients, ces solutions "holistiques" ou "intégrées" pâtissent d'un manque de modèle économique. Comment y remédier ?

    O.G.: Il faut aller vers un modèle intégrant davantage l'ensemble des acteurs de santé et des solutions, médicamenteuses ou non. L'apport de MSD est de mettre l'innovation sur la table en s'assurant de leur cohérence avec le parcours de soins. Nous sommes prêts à passer de la phase de test à un modèle plus large pour maximiser les bénéfices pour les patients mais cela nécessite des discussions pour s'assurer que l'ensemble des acteurs de santé sont alignés sur des objectifs communs. On entend de plus en plus parler de modèles de rémunération sur la performance. Je pense que c'est l'un des éléments sur lesquels nous devons nous pencher pour adapter le modèle de soins.

    Comment expliquez-vous le retard pris par le secteur pharmaceutique dans la révolution numérique ?

    O.G.: Le secteur doit d'abord faire preuve d'une nécessaire rigueur. En santé, on ne peut pas s'aventurer à changer les pratiques et les prises en charge sans avoir la certitude du bénéfice d'une nouvelle solution. Je pense toutefois qu'on a sous-estimé au départ l'opportunité que représentait l'innovation numérique. Le système de santé souffrant d'un déficit chronique, elle a pu apparaître comme un luxe ou une charge supplémentaire qu'on ne voulait pas financer. Je suis persuadée qu'en réalité c'est l'inverse: la transformation numérique est l'un des principaux leviers pour apporter de l'efficience au système et de la valeur aux patients.

    Contrairement à d'autres laboratoires, MSD a peu mis en avant des partenariats avec des sociétés spécialisés dans les technologies comme Google ou Qualcomm. Pour quelles raisons ?

    O.G.: Le parti pris de MSD est de communiquer davantage sur les résultats, sur l'apport réel d'une innovation auprès du patient, que sur des intentions de prime abord, même si les projets existent, notamment au sein de la filiale spécialisée en e-santé, Aptus Health. Notre cœur de métier doit rester l'amélioration de l'état de santé des patients, tout en diversifiant l'offre et en la rendant plus globale.

    Comment la transformation numérique de l'industrie et ses impacts sur l'innovation se concrétise-t-ils dans la gouvernance de MSD ?

    O.G.: Au sein de la direction de l'innovation, nous avons fait le choix de structurer une équipe d'une cinquantaine de personnes d'horizons très différents, alliant les compétences nécessaires pour accélérer et renforcer dans l'organisation la volonté d'apporter des innovations aux parcours des patients. Cette équipe est en relation continue avec les différentes activités stratégiques de MSD qui la questionnent et lui proposent de nouveaux terrains d'investigation.

    Quelles sont ces "compétences nécessaires" ?

    O.G.: Nous recherchons et cultivons d'abord un esprit d'entreprenariat et une créativité qui permettent de voir le futur avec des lunettes différentes de celles du passé. Il faut aussi avoir une bonne connaissance du système de santé pour comprendre ce que l'innovation peut délivrer comme valeur réelle au système. J'insiste car ces solutions ne doivent pas arriver de façon isolée, elles doivent s'intégrer aux parcours des patients. Il faut donc une compétence d'analyse médico-économique pour comprendre où est la valeur. En termes de méthode de travail, il faut aussi être en capacité d'associer autour de la table les compétences qui font que collectivement, on est plus intelligents. C'est moins dans l'expertise individuelle que dans la co-construction collective que nos succès se bâtissent.

    Arrivez-vous également à recruter des profils plus techniques comme des développeurs ou des datascientists ?

    O.G.: Ces profils ne sont pas faciles à trouver et parfois assez réticents à intégrer un secteur qui peut être perçu comme très contraint du fait de la réglementation, et pas suffisamment agile. MSD a réussi à en attirer car le groupe a bien compris que c'est par la capacité à traduire les innovations dans une réalité qu'on apporte une vraie valeur au système.

    La France est-elle suffisamment dynamique sur le segment du numérique en santé ?

    O.G.: Je suis convaincue de la capacité d'innovation et de la créativité dont la France fait preuve dans le domaine de l'offre digitale en santé. L'enjeu actuel est de pouvoir passer de la phase de pilotes éparpillés à un modèle sanitaire, social et industriel intégré. Aujourd'hui il n'y a pas de référentiel d'évaluation de l'efficacité des initiatives digitales, ce qui explique en partie l'absence de modèle de financement. Il faudra répondre à ces questions pour garantir que les pépites françaises demeurent sur le territoire et ne s'exportent pas ailleurs pour être pérennes.

    Raphael Moreaux
    raphael.moreaux@apmnews.com

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