L’actualité numérique des industries de santé

    L’actualité numérique des industries de santé

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    Les Etats-Unis, un "faux eldorado" pour les start-up françaises de la santé connectée (Bpifrance)

    PARIS (TICpharma) - Alors que le Consumer Electronics Show (CES), qui s'est tenu du 8 au 11 janvier à Las Vegas (Nevada), a encore fait le plein cette année de start-up françaises de la santé connectée, la directrice du fonds Patient autonome de Bpifrance, Chahra Louafi, a pointé dans un entretien à TICpharma les particularités de ce marché, estimant que les Etats-Unis sont un "faux eldorado" pour les jeunes entreprises innovantes du secteur.

    TICpharma.com: Quel bilan tirez-vous après un an à la direction du fonds Patient autonome de Bpifrance (lire dépêche du 16 avril 2018)?

    Chahra Louafi: Le constat qui a motivé la création du fonds est toujours valable: les coûts de santé explosent, le régulateur exerce une pression sur les prix et essaye de circonscrire au maximum les marchés des produits de santé, le temps médical est de plus en plus rare et le patient de plus en plus autonome grâce au digital. Le marché de la santé numérique est quant à lui extrêmement morcelé, notamment en termes de modèles économiques. Mais ce qui reste encore compliqué à évaluer lorsqu'on doit faire des choix d'investissement est le temps que prendra l'usage d'un nouvel outil digital à s'installer dans les pratiques. C'est la seule inconnue qu'on peut avoir, et qui nécessite que tout le reste soit extrêmement bien encadré.

    C'est-à-dire?

    Chahra Louafi, directrice du fonds Patient Autonome
    C.L.: Il faut que la société qui développe un outil ait une équipe très expérimentée, à la fois sur les volets technique et médical, et qu'elle ait bien analysé ses besoins de financement jusqu'à la commercialisation de son produit ou service. Inclure très en amont les futurs clients du produit, comme les professionnels ou les établissements de santé, est aussi un excellent signe dans ces modèles où le client va tirer l'usage. On voit de plus en plus de profils de 'médecins geeks' et entrepreneurs. C'est un bon signal car cela démontre que le besoin auquel répond la technologie n'est pas adressé dans la pratique quotidienne.

    Comment anticiper les futurs usages du numérique qui s'installeront dans la pratique médicale?

    C.L.: Nous pensons que la liberté de choix ou d'action des professionnels de santé et des patients sera la première source de valeur pour les outils de la santé connectée: la liberté de choisir son médecin par exemple sur une plateforme de prise de rendez-vous, ou la liberté pour un médecin d'exercer dans telle clinique qui propose davantage de services mobiles et dématérialisés. D'où l'intérêt d'intégrer ces futurs clients très en amont d'un projet, notamment pour avoir des informations sur leur stratégie prospective, et intégrer cette stratégie à sa propre feuille de route pour réduire au maximum l'incertitude sur la façon dont l'usage d'un outil va pouvoir perdurer.

    Quid des partenariats entre entreprises du numérique en santé et industries pharmaceutiques, qui se multiplient?

    C.L.: L'industrie pharmaceutique peut avoir deux types d'attitude face à la santé numérique: multiplier les partenariats pour un montant faible, qui permet essentiellement d'observer un nouveau marché, ou bien lorsqu'on a des preuves des impacts en vie réelle d'un outil sur les patients, aligner plusieurs millions d'euros pour procéder à une acquisition ou créer un nouvelle entité.

    Comment Bpifrance réduit-elle le risque lié à chaque investissement décidé par le fonds?

    C.L.:Sur un marché encore naissant, le risque existe toujours. Ce qu'il faut, c'est l'évaluer de la façon la plus exhaustive pour le circonscrire au maximum en y apportant des réponses d'ordre juridique, en intégrant de nouvelles compétences dans l'entreprise, ou en apportant des données chiffrées sur la valeur potentielle de l'innovation. Notre partenariat avec la Caisse nationale d'assurance maladie (Cnam) nous est très précieux, notamment car l'assurance maladie nous apporte des données très précises sur les coûts de santé, la prise en charge, et donc l'usage possible d'une innovation dans le système de soin actuel.

    Quels critères guident vos choix d'investissement?

    C.L.: Nous n'avons pas souhaité mettre une contrainte thématique au fonds Patient autonome, si ce n'est que les projets financés doivent avoir une forte valeur médicale, justement parce qu'il s'agit d'un marché complètement nouveau. Ce qui va différencier réellement les projets, ce n'est donc pas l'expérience mais la pratique métier, le leadership du dirigeant et la connaissance du produit. Nous avons choisi d'investir en 2018 dans les sociétés Invivox [plateforme de compagnonnage pour la formation des médecins] et Doctoconsult [opérateur de téléconsultation en psychiatrie] parce qu'elles portent des innovations de rupture qui transforment les pratiques médicales et répondent aux enjeux cruciaux de la formation des médecins et de l'accès à une consultation en psychiatrie.

    Quelles sont les particularités du marché de la santé numérique, par rapport aux fournisseurs de produits de santé plus classiques?

    C.L.: Une des difficultés est qu'on apprend tous un peu en même temps, alors qu'en principe, quand on investit, on n'est pas là pour apprendre. Dans le domaine de la santé connectée, cette incertitude est la règle du jeu. Depuis un an, le paysage a déjà beaucoup changé: les start-up prennent davantage de risques, notamment dans le domaine réglementaire, elles sont moins captées exclusivement par des fonds d'investissement spécialisés dans le digital, qui leur conseillaient souvent de ne pas viser les professionnels de santé, mais de tester d'abord leurs outils auprès du consommateur final, le patient.

    Les start-up françaises en santé étaient très présentes au CES de Las Vegas. Plusieurs d'entre elles ont souligné la difficulté à trouver un modèle économique soutenable de la santé numérique en France et visent le marché américain pour se développer. Partagez-vous ce constat?

    C.L.: Il faut prendre le meilleur là où il est. En France, nous avons un seul régulateur et, en cas de remboursement, un accès immédiat à l'ensemble du territoire, contrairement aux Etats-Unis où le marché est très morcelé. Certaines entreprises qui ne souhaitent pas entrer dans une logique de remboursement et dans des études réglementaires peuvent penser qu'il sera plus facile de se développer outre-Atlantique, notamment du fait d'une régulation plus souple, mais c'est un faux eldorado car la compétition y est en réalité bien plus rude. Une question qui se pose souvent en France est de savoir si un patient sera prêt à payer pour une application ou un objet connecté de santé. Mais l'absence de modèle économique au départ n'est pas un point de blocage selon nous. Nous souhaitons aider les entrepreneurs à construire leur modèle.

    Quels conseils donneriez-vous à une start-up du secteur?

    C.L.: La santé numérique comprend une multitude de modèles de développement différents, c'est un monde en soi dans l'univers de la santé. On ne peut donc pas avoir un conseil et un discours unique. Il faut rester ouvert, avoir une vraie vision tactique de son développement, travailler très en amont avec ses potentiels clients et engager des levées de fonds significatifs, plutôt que de morceler les tours de financement, afin de financer l'entreprise jusqu'à la commercialisation du produit.

    Raphael Moreaux
    raphael.moreaux@apmnews.com

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