L’actualité numérique des industries de santé

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    Marc Berrebi (eDevice): "La France ne peut pas encore créer des géants de la santé connectée"

    PARIS (TICpharma) - Le co-fondateur de la société eDevice, dont le rachat par le fabricant américain d'objets connectés iHealth (groupe Andon) a été annoncé début septembre, a regretté dans une interview à TICpharma le manque de dynamisme du marché français de la santé connectée, malgré l'excellence des start-up et entreprises innovantes du secteur.

    TICpharma: Le rachat d'eDevice par iHealth est-il le symbole de l'incapacité du secteur industriel français de la santé connectée à maintenir ses capitaux dans l'Hexagone ?

    Marc Berrebi: Du point de vue de l'entrepreneur, c'est une excellente nouvelle. Avec iHealth nous allons pouvoir diffuser plus largement nos technologies au bénéfice des patients avec un meilleur accès aux marchés étrangers et une gamme plus complète de prestations. Il n'en reste pas moins que cela pose une question cruciale: pourquoi les entreprises françaises les plus innovantes sont-elles rachetées par des groupes étrangers? Nous sommes la quatrième société à avoir été vendue pour plus de 100 millions de dollars après Capsule technologies [rachetée par Qualcomm Life], Withings [Nokia] et MedTech [Zimmer]. Cela dit clairement que nous sommes les meilleurs du monde en France en matière de technologies innovantes dans le domaine de la santé mais qu'on ne peut pas encore créer de géants dans ce domaine, ce qui peut paraître paradoxal au vu de la qualité de notre tissu de start-up.

    Pour quelles raisons ces géants n'émergent-ils pas en France ?

    M.B.: Le marché de la santé connectée français manque cruellement de dynamisme. Nous sommes encore à faire des expérimentations pour réussir à prouver que ce qui fonctionne ailleurs fonctionnera aussi ici. J'appelle à la fin des essais et à un passage au réel. Si vous prenez l'exemple du suivi post-opératoire, l'American Medical Association (AMA) a estimé que l'on pouvait éviter 78% des retours aux urgences en suivant à distance les patients à leur sortie de l'hôpital. Il y a des espaces énormes pour des actions à mener dans l'intérêt des patients, des médecins et du système de santé dans son ensemble. Il faut se pencher de façon urgente sur ces questions si l'on veut développer une filière technologique de santé où la France excelle.

    Le rapport Pipame publié en début d'année par Bercy a souligné l'importance de faire émerger une offre française en matière d'e-santé. Quel est le risque aujourd'hui pour les industries de santé qui ne s'engageront pas dans cette voie ?

    M.B.: En l'absence de marché dynamique, les entreprises qui n'offrent pas de réelles innovations vont vivoter grâce à une combinaison de crédits impôts recherche, de subventions régionales et européennes, sans créer une vraie expérience du marché de la santé connectée. Celles qui au contraire auront fait le choix de l'e-santé vont devoir se tourner vers les marchés étrangers, tout comme eDevice qui exporte à 99,8%. Elles se retrouveront dans quelques années en position d'entreprise dysgéographique: elles seront présentes physiquement sur un espace par lequel elles n'auront pas de marché. Cette position n'est pas tenable à terme et, si rien n'est fait, ces structures noueront des alliances ou se feront inexorablement acheter par des groupes étrangers.

    La ministre de la santé Marisol Touraine a présenté une stratégie e-santé 2020, lancé une consultation sur le Big data en santé, nommé un délégué ministériel à l'innovation en santé… Cela présage-t-il un futur plus propice au développement du marché?

    M.B.: Il y a beaucoup de communication mais on en reste toujours au stade des expérimentations. J'ai quand même l'impression qu'il y a une vraie volonté politique et que nous ne sommes pas loin d'une réelle transformation du système de santé. Peut-être pâtissons-nous de l'inconvénient d'un système centralisé qui est la lenteur dans la prise de décision. Mais on pourra bénéficier de l'avantage de ce même système, c’est-à-dire la capacité à mettre en œuvre de façon massive sur le territoire une solution nouvelle, comme ça a pu être le cas avec le déploiement des lignes de trains à grande vitesse. On peut donc espérer qu'il y a eu retard à l'allumage mais que les derniers discours de Marisol Touraine sur sa stratégie e-santé 2020 permettront d'avancer rapidement vers la construction d'un marché européen dynamique.

    Quelles différences avez-vous pu constater à la tête d'eDevice entre les approches françaises et américaines de l'innovation?

    M.B.: Aux Etats-Unis, les différents directeurs de l'innovation que nous avons pu rencontrer nous ont paru plus à l'écoute et plus ouverts. Ils comprennent l'intérêt de rencontrer des interlocuteurs qui peuvent leur apporter quelque chose de nouveau et permettre à leur entreprise d'aller plus loin dans leur activité. En France on a parfois l'impression de déranger lorsque l'on toque à la porte d'un directeur de l'innovation, c’est un vrai problème. Ces directeurs ont souvent 30 ans de maison derrière eux. J'invite les industriels à plutôt aller chercher ces profils dans les start-up pour trouver des personnes plus à même de secouer l'ordre établi.

    Quelles autres actions les industries de santé françaises pourraient-elles mettre en œuvre pour ne pas se laisser distancer?

    M.B.: Si j'avais un message à transmettre aux industriels de santé, c'est de créer des pôles d'innovations communs aux quatre coins du globe. Il nous faudrait un consortium qui réunisse Air Liquide, Orange Healthcare, Sanofi et d'autres laboratoires, et qui mette en place des espaces de co-working en Asie et aux Etats-Unis pour héberger des entreprises innovantes dont la créativité bénéficiera à tous. Ce brassage est indispensable pour que de nouvelles solutions se créent. On ne peut pas créer et innover sans apport extérieur.

    Propos recueillis par Raphaël Moreaux

    Raphael Moreaux
    raphael.moreaux@apmnews.com

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