L’actualité numérique des industries de santé

    L’actualité numérique des industries de santé

    Acteurs

    Servier: la stratégie de WeHealth pour devenir le leader français de l'e-santé

    PARIS (TICpharma) - David Guez, directeur de la filiale du laboratoire Servier consacrée à la santé connectée, WeHealth, a détaillé à TICpharma sa stratégie de partenariats et de financements de start-up du domaine médical, poursuivant l'ambition de devenir "le leader français de l'e-santé dans les 3 ans".

    Repérer une centaine de start-up par an, en évaluer une cinquantaine pour nouer des partenariats et co-développer de nouveaux produits de santé avec 15 d'entre elles: voilà l'objectif que s'est fixé WeHealth, filiale du deuxième laboratoire pharmaceutique français officiellement créée en janvier 2017 pour investir le champ de la santé connectée.

    Tout a commencé deux ans auparavant, au cours d'une réunion d'un groupe de travail monté par Servier pour réfléchir à la diversification de ses activités. David Guez, alors en charge de la R&D, y évoque le sujet des objets connectés pour "faciliter la vie des patients" et "changer les rapports avec les professionnels de santé", a-t-il relaté à TICpharma.

    Parmi les trois idées de développement retenues à l'issue de la réunion, figure celle d'un électrocardiographe (ECG) portable et connecté.

    Quelques mois plus tard, David Guez découvre au détour d'une recherche sur internet la start-up BioSerenity, qui met au point une combinaison dotée de capteurs pour le diagnostic des symptômes de l'épilepsie. Il est intéressé par le dispositif, mais pour une application en cardiologie.

    Un partenariat entre le laboratoire et la jeune pousse est signé, et permet le développement du prototype "CardioSkin" présenté en septembre 2016 au congrès de la Société européenne de cardiologie (ESC). C'est la première pierre d'une stratégie d'expansion de Servier dans le domaine du numérique à travers la signature de "partenariats de co-développement", concrétisée par la création de WeHealth.

    "Il s'agit d'être des partenaires de long terme pour nous impliquer dans le développement de produits, sans forcément penser au départ à une entrée au capital", a assuré David Guez.

    En plus d'une expertise médicale, juridique, réglementaire, et de la gestion de projet, le laboratoire apporte des financements, limités à 10 millions d'euros sur deux ou trois ans, avec une première avance comprise entre 200.000 et un million d'euros au début du projet. Le reste des investissements est versé au fur et à mesure de l'atteinte d'objectifs dans le développement.

    En échange, le laboratoire pharmaceutique obtient une licence exclusive de distribution des produits.

    Des produits développés en moins de 3 ans

    "L'objectif est de couvrir tout le champ des produits d'e-santé: des capteurs à la récupération de données générées en passant par leur analyse", a détaillé le directeur de WeHealth, évoquant le cas des dispositifs médicaux connectés, des logiciels, ou de "l'alliance entre dispositif, software et service médical".

    Le tout dans les principaux domaines thérapeutiques de Servier, la cardiologie, le diabète, l'oncologie et la neurologie.

    "On ne cherche pas les prochains blockbusters des produits de santé, mais des marchés suffisamment importants pour qu'il y ait un retour sur investissement", a poursuivi David Guez.

    En plus d'un marché rentable, la conception d'un produit qui puisse arriver sur le marché en moins de trois ans figure parmi les critères de choix des start-up partenaires du laboratoire.

    L'intérêt de ces produits doit être de modifier les rapports entre le patient et son médecin, ou d'être utilisés "en post ou pré-marketing pour disposer de données de vie réelle et proposer la solution aux sociétés d'essai cliniques", a détaillé David Guez.

    "Equipe d'intrapreneurs"

    Pour mener à bien cette stratégie, WeHealth rassemble 6 personnes recrutées chez Servier, présentées par le directeur de la filiale comme "une équipe d'intrapreneurs" choisis pour "leur capacité à développer à l'intérieur de l'entreprise des projets issus de l'externe".

    "Ce sont des experts des usages numériques, du business et de la logistique qu'il nous faut pour mener à bien des projets e-santé qui sont des sortes de legos industriels", a-t-il souligné.

    Le choix de rester sous l'égide de l'entreprise Servier, plutôt que de créer une entité totalement séparée, correspond à une volonté de pouvoir profiter des ressources du laboratoire, tout en provoquant, de l'intérieur, un "changement de mentalités".

    WeHealth permet aussi à Servier d'"anticiper les nouveaux métiers qui se développent dans le monde du numérique et de la santé" et d'"étudier les modèles économiques" liés aux produits d'e-santé, a ajouté David Guez.

    Si la filiale ne visait initialement que des start-up françaises, elle a pour ambition d'arriver à une équipe d'une quinzaine de personnes et d'assurer une présence à l'international.

    Processus de sélection des start-up

    Pour repérer les jeunes pousses que WeHealth peut prendre sous son aile, David Guez est de tous les évènements phares des nouvelles technologies, à l'instar du Consumer Electronic Show (CES) de Las Vegas, et fonctionne au bouche-à-oreille.

    Il profite aussi de partenariats noués entre Servier et des accélérateurs de start-up comme le Scientipole à Paris-Saclay. Dernier exemple en date: un partenariat de 3 ans signé avec la plateforme Plug and Play Health & Wellness, incubateur de la Silicon Valley, a été annoncé fin juin.

    Une fois les start-up repérées, WeHealth fait appel à des sociétés extérieures pour une analyse stratégique de leur positionnement concurrentiel et de leur modèle économique. Des contacts avec des associations de patients et des professionnels de santé sont également pris pour recueillir leur avis.

    Les dossiers passent ensuite devant un comité d'investissement qui décide de financer ou non la structure.

    A l'heure actuelle, 7 start-up ont passé cette étape. Si BioSerenity a déjà signé pour le co-développement du t-shirt CardioSkin, d'autres jeunes pousses sont en cours de discussion avec WeHealth, comme CardioRenal, structure qui conçoit un boîtier détectant à partir d'une goutte de sang les signes d'un problème cardiaque, ou Imalink Medical, fournisseur de solutions de télémédecine.

    Raphael Moreaux
    raphael.moreaux@apmnews.com

    À suivre

    La pharma à la peine dans l'univers des applications mobiles de santé (étude)

    Innovations

    Servier lance Cardioskin, son t-shirt connecté pour surveiller l'activité cardiaque

    PARIS (TICpharma) - WeHealth by Servier, la direction e-santé du groupe français, a annoncé le lancement en France de Cardioskin, son t-shirt connecté qui permet d’enregistrer en continu l'activité cardiaque de son porteur, le 16 janvier à l'occasion des journées européennes de la Société française de cardiologie (JESFC).

    0 870

    Acteurs

    CES 2019: la santé connectée confirme sa place de choix à Las Vegas

    PARIS (TICpharma) - La santé connectée fera partie des secteurs phares du millésime 2019 du Consumer Electronics Show (CES), le salon international de la tech, qui se tiendra du 8 au 11 janvier à Las Vegas (Nevada).

    0 823

    Vos réactions

    Anti-spam : Veuillez saisir le résultat de ce calcul S.V.P
    4 + 5 =