L’actualité numérique des industries de santé

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    Jean-François Brochard (GSK): "Il faut confronter les leaders du laboratoire aux générations du digital"

    PARIS (TICpharma) - Le président de GlaxoSmithKline (GSK) France, Jean-François Brochard, explique dans un entretien à TICpharma comment le laboratoire pharmaceutique gère sa transformation numérique et décrit les impacts des technologies sur la recherche, la fabrication et la commercialisation des produits de santé.

    TICpharma.com: Le laboratoire GSK a organisé fin mars un hackathon avec les étudiants de l'école 42 et de l'Ecole supérieure de commerce de Paris (ESCP Europe) pour développer des solutions e-santé autour de la problématique du zona (voir encadré ci-dessous). Pourquoi avoir eu recours à ce marathon informatique?

    Jean-François Brochard: Ce hackathon répond à un vrai besoin de santé qui est de sensibiliser le grand public et les médecins à la pathologie du zona, encore mal connue. Il faut comprendre qu'un bon médicament ou vaccin ne vaut rien sans les informations qui l'accompagnent. Le recours au digital permet ici d'accélérer cette sensibilisation, grâce à des moyens plus rapides et réactifs pour informer les professionnels de santé et les patients potentiels. Mobiliser des étudiants de l'école 42 et de l'ESCP Europe répond aussi à la stratégie globale de GSK dans le numérique, visant à faire appel à d'autres compétences que celles immédiatement disponibles en interne. Une bonne stratégie digitale ne s'entend qu'avec ce type d'ouverture car nous savons que nos compétences sont encore parcellaires sur un domaine en constante évolution. Ce hackathon était aussi une sorte de test pour GSK et une occasion de confronter l'industrie pharmaceutique au monde du digital, alors que nous savons que notre secteur n'en est qu'au début de sa transformation.

    L'évènement a-t-il répondu à vos attentes ?

    J-F.B.: Trois membres du comité de direction étaient présents et ont pu découvrir le potentiel qu'offrent les outils digitaux en santé. J'ai été personnellement ébahi par ce que les équipes d'étudiants ont été capables de fournir avec des prototypes d'applications mobiles fonctionnelles développés en 48 heures. Je n'étais pas capable de l'imaginer auparavant. Cela témoigne sans doute de mon inculture sur le digital, et donc de l'intérêt de confronter les leaders du laboratoire à des générations plus compétentes pour engager notre transformation. Cela permet aussi de comprendre qu'en matière de numérique, la conduite de projet est radicalement différente avec des prototypes développés rapidement et une logique de tests et d'amélioration continue des solutions.

    Quels constats faites-vous sur la transformation des métiers dans l'industrie pharmaceutique avec le numérique ?

    J-F.B.: La révolution numérique a des impacts sur tous nos métiers, qu'il s'agisse de la recherche, de la fabrication ou de la commercialisation des produits de santé. La façon dont on mène les études cliniques est en train de changer. Nous faisons de plus en plus appel à une gestion totalement digitale des récoltes de données, ce qui permet d'accélérer le déroulement des essais, et d'avoir accès à des données inaccessibles par le passé, notamment via les dispositifs médicaux connectés. La gestion de la supply chain est aussi impactée. Nous avons de plus en plus d'outils globalisés pour suivre notre chaîne de production, alors qu'on utilisait auparavant des outils parcellaires, en fonction des différentes réalités des pays concernés. Il y a cinq ans, j'étais incapable de vous dire où j'en étais dans la phase de production d'un produit donné, aujourd'hui je peux quasiment le faire en quelques minutes en consultant mon smartphone.

    Qu'en est-il des impacts de la technologie sur la commercialisation des produits ?

    J-F.B.: C'est le secteur qui occupe la place la plus importante de la transformation numérique des industries de santé aujourd'hui car le digital apporte énormément en termes d'échanges d'informations avec un professionnel de santé, ou, lorsque c'est possible, un patient. En tant qu'entreprise, GSK a modifié ces dernières années son modèle commercial avec des évolutions importantes dans nos interactions avec les professionnels de santé. Ces décisions, qui ont pour point de départ un sens éthique, ont des conséquences directes sur notre transformation digitale, car c'est par cette transformation que nous arriverons à substituer aux pratiques des années 1990 celles du nouveau monde. Cela implique par exemple de renforcer notre capacité à proposer des solutions multicanal pour continuer à apporter l’information dont les professionnels de santé ont besoin, quand ils le souhaitent et par le canal qui leur semble le plus approprié.

    Où se situe GSK dans ces mutations aujourd'hui ?

    J-F.B.: De façon qualitative, on peut parler d'une sensibilisation très forte de l'entreprise sur l'envie d'aller de manière plus franche vers le digital. Il reste à accomplir l'étape de déploiement concret de cette stratégie. Nous en sommes encore aux balbutiements et aux phases de tests, mais l'ambition est bien là. Nous organisons par exemple de plus en plus de "Web Days Conference" à destination des professionnels de santé, nous disposons d'outils de formation des médecins sur certaines pathologies via une plateforme web, et nous avons davantage recours à des outils digitaux autour de l'utilisation appropriée de nos dispositifs d'inhalation. Sur un plan plus prospectif, nous avons aussi créé une co-entreprise avec Verily [filiale d'Alphabet, la maison-mère de Google, ndlr] pour le développement de traitements bioélectroniques.

    Comment le pilotage du sujet numérique se traduit-il dans l'organigramme de GSK ?

    J-F.B.: Nous n'avons pas fait le choix de la centralisation qui consiste à confier à une seule personne la responsabilité du pilotage de la stratégie numérique. Le danger de cette option était selon moi de décharger les autres membres du comité de direction de cette question. Je préfère donc sensibiliser l'ensemble du comité tout en allouant des responsabilités claires dans certaines équipes. Nous avons monté une "cellule" dédiée, sorte de pôle de compétences composé de 5 personnes qui ont une solide expérience de la transformation numérique d'autres industries, et qui ont une responsabilité opérationnelle sur certaines gammes de produits. Le marketing et le médical peuvent y puiser des compétences et apporter du contenu pour alimenter le canal numérique.

    Lorsqu'on parle de transformation numérique des entreprises, on évoque souvent les changements induits dans les méthodes de travail, les relations entre différents services et niveaux hiérarchiques. Ces changements sont-ils à l'œuvre chez GSK ?

    J-F.B.: Il est encore un peu tôt pour le dire mais j'ai le sentiment que oui. Nous préparons actuellement un déménagement de GSK prévu pour le mois de juillet. Nous allons passer de bureaux assez compartimentés à des espaces plus ouverts sur lesquels on fera davantage appel aux outils digitaux pour dialoguer et travailler de façon collaborative, avec une meilleure gestion des interdépendances entre métiers qui sont fondamentales sur notre secteur. Nous ne sommes plus à l'époque où le marketing et les ventes faisaient l'essentiel de la valeur ajoutée d'une entreprise pharmaceutique. Aujourd'hui, vous avez les affaires réglementaires, le contrôle de la publicité, la pharmacovigilance, le médical, le marketing, les ventes, les finances, qui interagissent avec chacun un apport dans une chaîne de valeur. Le digital permet de relier tous ces maillons plus efficacement.

    L'engagement de l'industrie pharmaceutique dans le digital est-il à relier à l'évolution du cadre réglementaire et juridique porté par les pouvoirs publics, comme la création du système national des données de santé (SNDS) ou l'entrée en vigueur de règlement général européen sur la protection des données (RGPD) par exemple ?

    J-F.B.: C'est un peu la poule et l'œuf. Qu'est ce qui crée la contrainte et l'action ? J'ai le sentiment que les pouvoirs publics ont aujourd'hui un demi-pied dans cette révolution. Il y a encore des doutes, parfois idéologiques, pour savoir si elle va dans le bon sens. J'ai l'impression que c'est surtout le contexte technologique qui évolue et qui pousse les entreprises de santé à rattraper leur retard, dans un contexte fortement réglementé, et qui doit le demeurer. Le digital a de grandes vertus mais contient aussi en lui des dangers qui nécessiteront de plus en plus une responsabilisation des acteurs. Il faudra s'assurer du respect de principes en termes de respect de la vie privée par exemple, et prendre garde à ne pas trop légiférer dans tous les sens. Je pense qu'il faut se diriger vers les modèles scandinaves, où l'on règlemente assez peu mais où l'on sanctionne davantage lorsqu'on constate des écarts au règlement. C'est aussi l'esprit du RGPD.

    Que penser des autorités de santé qui ont encore du mal à déterminer des critères d'évaluation de thérapies associant dispositif médical connecté, médicament, application mobile ou logiciel thérapeutique ?

    J-F.B.: En tant qu'industriels, c'est notre rôle de faire en sorte que les autorités anticipent mieux ces questions. Demain, le produit de santé à évaluer ne serait plus seulement un médicament, mais un médicament associé à un service qui apportera plus de valeur ajoutée en termes de résultats et d'indicateurs de santé pour le système de soins. Au-delà de l'efficience que le digital apporte, s'il y a une révolution à attendre de ces outils, c'est celle de l'accès à des données en vie réelle pour l'évaluation. Cela implique une rémunération de la valeur qui n'est plus fixée une fois pour toute sur la base d'études rétrospectives mais en continu dans la vie du médicament, et qui peut varier à la hausse comme à la baisse. A nous de nous adapter à ces évolutions et de sensibiliser les autorités.

    Bilan du hackathon GSK – école 42 – ESCP Europe
    Le hackathon organisé par GSK s'est déroulé les 27 et 28 mars 2017 dans les locaux de l'école 42 à Paris. Le défi posé aux 92 étudiants participants répartis en 16 équipes était de créer un outil numérique de sensibilisation du grand public et des professionnels de santé au zona, maladie virale provoquant des éruptions cutanées douloureuses. A l'issue de 48 heures de développement, trois équipes ont été distinguées par le jury:
    • 1er prix (3.000€) : "Zona 360", plateforme unique rassemblant de l'information pour les proches des personnes âgées, les personnes âgées et les professionnels de santé
    • 2ème prix (1.500€): "Map Mon Zona", jeu évolutif permettant de tester ses connaissances sur le zona et de visualiser son incidence sur une carte de France interactive
    • 3ème prix (500€): "Zona Swipe", application mobile de sensibilisation sur le zona ciblant les patients en salle d'attente et utilisant la technique du "swipe", balayage latéral de l'écran mobile avec le doigt pour répondre à une question ou faire défiler des contenus.
    Raphael Moreaux
    raphael.moreaux@apmnews.com

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