L’actualité numérique des industries de santé

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    La HAS présente son "ambitieuse" stratégie données

    PARIS (TICpharma) - La Haute autorité de santé (HAS) a mis en place une stratégie données "ambitieuse", a expliqué son responsable, Pierre-Alain Jachiet, à TICpharma le 25 mai.

    Pierre-Alain Jachiet est arrivé à la HAS en septembre 2020 pour définir cette stratégie car les données sont "un enjeu transversal et majeur" pour l'institution, a-t-il expliqué.

    Après une phase de développement de septembre à novembre 2020, elle est aujourd'hui "mise en œuvre" selon quatre grands axes, trois concernant les métiers et un l'organisation.

    Le premier axe porte sur "les données produites par la HAS, leur usage, la culture de l'usage et les compétences".

    "La HAS a un patrimoine de données de très riche et un outillage hétéroclite, ce qui entraîne une sous-valorisation des données dommageable", a constaté Pierre-Alain Jachiet.

    L'idée est de "valoriser les connaissances produites par nos systèmes d'information [SI], par exemple en analysant les certifications d'établissements, pour piloter ce travail". Cette montée en compétences sur l'utilisation des données est "un socle pour faire ce travail d'analyse de données à l'extérieur" de la HAS, a-t-il ajouté.

    Le deuxième axe, "central", concerne les donnĂ©es de vie rĂ©elle, c'est-Ă -dire les donnĂ©es de santĂ© observationnelles et pas celles issues de la recherche clinique. "Nous avons Ă  notre disposition une importante panoplie de donnĂ©es, dont celles du Système national des donnĂ©es de santĂ© [SNDS] et d'Ă©tablissements de santĂ©. Quel impact peuvent-elles avoir dans notre organisation ? Quels usages peut-on faire ?"

    Plusieurs usages se dégagent.

    Le premier consiste à "contextualiser les travaux de la HAS". Par exemple, dans le cas d'un dispositif médical (DM), il s'agit de savoir "quel est son volume de ventes, quelles populations il concerne, ce qui peut avoir des conséquences pour les négociations au Comité économique des produits de santé" (CEPS). Aujourd'hui, ce travail "se fait de façon assez hétérogène".

    Le deuxième usage est "la production de connaissances" Ă  partir de ces donnĂ©es, notamment "sur les pratiques de terrain: les recommandations sont-elles suivies? Quel impact ont-elles sur les pratiques? Et sur les indicateurs de qualitĂ© et de sĂ©curitĂ© des soins ?"

    Il serait intéressant de croiser les données du SNDS et du SI Vaccin Covid pour mesurer l'efficacité des vaccins contre le Covid-19, mais la HAS "n'est pas en mesure de le faire", a-t-il indiqué à titre d'exemple.

    La HAS "fait faire ce travail [d'analyse de données] aux industriels pour les produits de santé ou à des partenaires sur des projets scientifiques. Il y a un enjeu de montée en compétences, pour savoir mobiliser les bons acteurs et être capable de contre-expertiser les données", a-t-il insisté.

    Le troisième usage concerne "les sources de données et les méthodes". La HAS "exploite déjà beaucoup le SNDS", mais "doit être prête à migrer plus vite sur le Health Data Hub, et investiguer d'autres sources de données, dont celles des hôpitaux".

    Concernant cet axe des données de vie réelle, l'accent est mis sur le développement des compétences en interne, c'est-à-dire "être capable d'aller plus loin sur certains aspects stratégiques car on ne peut pas uniquement demander à l'externe chaque fois qu'on a besoin, les sujets évoluent trop vite".

    L'idée n'est pas non plus de "systématiser les contre-expertises", mais d'être en capacité de faire ou de faire faire, a résumé Pierre-Alain Jachiet. "Il faut savoir bien faire sur nos données pour être prêts à faire la même chose sur des données d'autres sources par la suite."

    Le texte, "une donnée comme les autres"

    Le troisième axe de la stratégie données de la HAS vise les connaissances textuelles.

    "Dans cette stratégie, par données, il faut comprendre des informations stockées numériquement. Ce sont des tables de données, des bases de données mais aussi des textes", a expliqué le responsable.

    "C'est un sujet majeur car on manipule énormément de connaissances sous forme de textes. On a des dossiers d'industriels qui font des milliers de pages, des commentaires de patients, etc."

    Aujourd'hui, l'analyse de ces textes "se fait essentiellement à la main". Il faut donc "structurer l'ensemble et les parties". Cela permettrait "en amont, de chercher plus efficacement l'information, par exemple extraire des données des commentaires [de l'indicateur de la satisfaction des patients] E-satis. En aval, on a besoin de structurer la masse de connaissance de la HAS issues des rapports, avis, synthèses, etc., pour augmenter leur impact."

    Pour ce faire, "on donne accès aux productions via des API [interfaces de programmation] et on doit structurer les connaissances, par exemple, sous forme d'arbres de décisions ou de synthèses de littérature". La commission de la transparence (CT) pourrait ainsi avoir accès plus facilement à des informations plus structurées pour guider ses décisions.

    Il y a eu "un saut d'échelle sur les outils de traitement du texte il y a deux ou trois ans", qui fait que "le texte est aujourd'hui une donnée comme les autres", a-t-il commenté.

    Enfin, le quatrième axe est "l'organisation interne et le lien avec l'écosystème". La HAS "a déjà des connaissances et des compétences en interne. Il s'agit de faire monter les services en compétence, afin de faire passer les prestations [externes] à l'échelle sur des projets qui embarquent les services métiers."

    Concernant l'écosystème, l'idée est "d'être en lien avec les producteurs et réutilisateurs de données", ce qui passe par de la communication, des partenariats et une participation active aux réseaux déjà existants. Une équipe data, en cours de constitution, sera structurée comme un "pôle de compétences internes, qui peut aider les équipes mais ne peut pas tout faire".

    Un référent a été recruté pour chaque axe de la stratégie, coordonnée par Pierre-Alain Jachiet. D'ici à la fin de l'année, l'équipe comptera 4,5 postes.

    De "gros investissements" ont été réalisés, pour un montant qui n'a pas été communiqué.

    Une "plateforme data" a été développée afin de "rassembler un ensemble de fonctionnalités permettant de traiter les données de façon adéquate". "Il ne s'agit pas de créer un entrepôt de données de santé", ni de création ou d'achat de plateforme clé en main, mais "de montée en compétences sur certains projets", a souligné le responsable.

    L'enjeu est "de savoir exploiter nos données, les enrichir automatiquement et les décrire", afin de les exploiter en interne "via des tableaux de bord et des analyses", et d'en publier en open data.

    Plusieurs projets en cours

    Plusieurs chantiers ont déjà débuté, dont la refonte du site sur la qualité des soins Scope santé, et le projet Adex, qui doit faciliter l'identification d'experts extérieurs et leurs potentiels conflits d'intérêts.

    Interrogé sur les difficultés rencontrées dans l'élaboration et la mise en place de la stratégie, Pierre-Alain Jachiet a estimé qu'il fallait "savoir prioriser les sujets, car elle est ambitieuse".

    Les critères retenus ont été "l'impact, la complexité de mise en œuvre et les ressources nécessaires". Des arbitrages ont été nécessaires afin de lancer plusieurs projets en parallèle, a-t-il souligné.

    De plus, "la stratégie a convaincu sur le principe, donc elle doit donner des résultats rapidement".

    Une autre "difficulté pratique" est que "les institutions publiques n'ont pas la culture du numérique". Des difficultés de recrutement avaient été anticipées mais n'ont pas été rencontrées alors qu'il est "difficile d'attirer des profils techniquement compétents et capables de mener des projets" dans les institutions publiques.

    Enfin, "nous ne serons jamais assez gros pour tout faire tout seuls, donc il faut mutualiser pour ne pas développer en silo" et adopter des démarches open source, a estimé le responsable.

    Ce n'est "pas facile", mais la HAS entretient des relations avec le Health Data Hub et l'Agence du numérique en santé (ANS) dans ce but.

    LĂ©o Caravagna
    leo.caravagna@apmnews.com

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