L’actualité numérique des industries de santé

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    Ethypharm prévoit d'investir "des dizaines de millions d'euros" dans les thérapies numériques

    SAINT-CLOUD (Hauts-de-Seine) (TICpharma) - Le laboratoire pharmaceutique Ethypharm prévoit d'investir "des dizaines de millions d'euros dans les prochaines années" dans les thérapies numériques (digital therapeutics, DTx), a déclaré son PDG, Bertrand Deluard, lors d'un entretien avec TICpharma le 21 avril.

    Ethypharm a annoncé le 6 avril avoir acquis les droits exclusifs pour les thérapies numériques Deprexis et Vorvida, développées par l'entreprise allemande Gaia, rappelle-t-on.

    Destinées à combattre respectivement la dépression et la dépendance à l'alcool, ces deux thérapies numériques sont acquises par Ethypharm dans quatre pays européens: la France, le Royaume-Uni, l'Italie et l'Espagne.

    Crédit : Ethypharm

    Ce lancement sur le marché des DTx est un "complément stratégique, pas un tournant", a indiqué le PDG.

    Ethypharm est spécialisé dans les soins d'urgence et le système nerveux central (SNC), avec des traitements de la douleur réfractaire, de l'addiction et de la dépression. Pour ces deux dernières pathologies, "certaines thérapies numériques ont aujourd'hui démontré cliniquement leur efficacité", a avancé le dirigeant.

    "Il existe encore des besoins médicaux insatisfaits par les produits actuels, qui ne permettent pas de traiter tous les patients ou de les traiter correctement. Les DTx ont atteint une maturité clinique, et la vaste majorité de la population européenne a accès à un ordinateur ou un téléphone, ce qui permet leur diffusion. Tous les composants sont réunis pour permettre l'émergence de ces alternatives", a-t-il développé.

    Ces thérapies "sont développées sur le même modèle que les molécules et font l'objet d'études cliniques randomisées", a-t-il indiqué. Il conviendrait de parler de "clinical digital therapeutics" et pas seulement de "digital therapeutics" pour "faire la différence avec les applications de bien-être, plus grand public, qui permettent de suivre la maladie mais n'ont pas vocation à la traiter", a-t-il souligné.

    Deprexis a fait l'objet "de plus de 10 études" et est remboursé en Allemagne.

    Avant de conclure ce partenariat avec Gaia, Ethypharm "a fait un screen mondial des entreprises qui ont des programmes de développement clinique de DTx", et retenu "celles qui avaient une capacité de diffusion, de maintenance, et une conformité totale avec la sécurité des données".

    "Ces acteurs sont très peu nombreux, et un seul émerge véritablement: Gaia", a constaté Bertrand Deluard. "Gaia n'a pas fait de numérique adapté à la santé, mais de la santé par le numérique. Ce sont des cliniciens, pas des gens du numérique", un critère primordial pour "ce partenariat important et de long terme".

    "Nous apportons nos compétences sur les pathologies et notre connaissance du secteur, et Gaia ses compétences numériques et de développement."

    Ethypharm a écarté deux options avant de se lancer sur le marché des DTx.

    La première, qui a été "travaillée mais écartée assez vite", était "de tenter d'acquérir en interne les compétences digitales".

    "Cela demanderait énormément de temps, et ce n'est pas l'ADN d'Ethypharm. Nous n'avons pas vocation à devenir une société digitale. Nous sommes un laboratoire pharmaceutique dont la mission est d'adapter les meilleures solutions thérapeutiques."

    La deuxième est le rachat de start-up, "qui n'est pas la meilleure façon de faire car nous n'avons pas vocation à devenir une société digitale, et les start-up qui ont des compétences dans le numérique n'ont pas nécessairement la fibre de la santé. Il faut penser le produit via un prisme pharmaceutique et pas un prisme numérique".

    Le groupe français n'exclut cependant pas de travailler avec des start-up, et construit "un réseau d'entreprises du numérique avec lesquelles discuter, travailler, et potentiellement développer des projets, mais sans investir".

    Interrogé sur le fait que la tendance dans l'industrie est au développement de compétences numériques, à l'incubation et la prise de participation dans des jeunes pousses, Bertrand Deluard a répondu que le partenariat avec Gaia est un "atout indéniable", et que "le temps nous dira" si ce positionnement à contre-courant était le bon.

    "II faut être efficace, pragmatique et travailler en collaboration. Aujourd'hui, les laboratoires qui sont efficaces en R&D ont une équipe interne, mais travaillent très largement en collaboration avec des institutions publiques et privées, des start-up, des chercheurs dans le monde entier. On accepte qu'on n'ait pas toutes les compétences, et ce n'est pas un problème."

    Demande d'inscription au remboursement "avant l'été"

    "C'est aussi une question de temps, pour donner accès le plus rapidement possible aux thérapies", a-t-il ajouté. "Nous avons une plateforme, un produit, des études" qui laissent présager une prochaine éligibilité au remboursement.

    Un dossier doit être déposé en France "avant l'été", et au Royaume-Uni, en Italie et en Espagne "d'ici la fin de l'année". "Grâce à ce scénario [de partenariat], nous avons rencontré peu d'écueils jusqu'ici.

    Les challenges sont à venir: faire connaître ces technologies au corps médical et au grand public, solidité des essais cliniques à l'appui; prendre en compte les retours des autorités de santé, des politiques et des payeurs, notamment les assurances privées; et trouver les bons profils pour la business unit."

    Ethypharm crée une unité commerciale consacrée aux DTx, baptisée Ethypharm Digital Therapy, qui rassemblera "des compétences spécifiques au numérique, dans les affaires médicales, l'accès au marché, les questions liées aux DM et au numériques, et une compréhension du marketing et des technologies des DTx".

    A court terme, 50 personnes se consacreront à "ce travail de fond, différent de celui des molécules conventionnelles", et "le reste du groupe sera en support".

    Le recrutement de sa dirigeante doit être officialisé "dans les prochains jours". "C'est quelqu'un qui a un profil d'entrepreneure avec un fort background en pharmacie", a indiqué Bertrand Deluard sans plus de détails.

    L'unité commerciale sera notamment chargée du co-développement, avec Gaia, d'un programme dans de nouvelles applications et de "l'analyse des besoins". "On ne peut pas attendre de Gaia une compréhension fine des besoins médicaux", a ajouté le PDG.

    A l'heure actuelle, Ethypharm n'a qu'un seul partenariat, avec la société allemande, mais est "ouvert" à d'autres "partenariats complémentaires".

    Le marché mondial des DTx sera de 20 milliards de dollars en 2030, et dans les indications autour du SNC, de 1,5 milliard à 2 milliards en Europe, selon des chiffres avancés par l'industriel. Ethypharm "sera probablement leader sur ce marché européen dans les prochaines années", a-t-il avancé.

    LĂ©o Caravagna
    leo.caravagna@apmnews.com

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