L’actualité numérique des industries de santé

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    "Voluntis profite des effets d'échelle du marché américain"

    PARIS (TICpharma) - Pierre Leurent, président du directoire et co-fondateur de la société Voluntis spécialisée dans les logiciels thérapeutiques, détaille dans un entretien à TICpharma les axes de développement de son entreprise qui prépare pour 2017 la commercialisation des solutions Diabeo et Insulia aux Etats-Unis et en Europe.

    TICpharma: L'année 2016 a été marquée pour Voluntis par l'avis favorable de la Haute autorité de santé (HAS) au remboursement de sa solution Diabeo, développée avec Sanofi, et l'obtention de l'agrément de la Food and Drug Administration (FDA) et du marquage CE pour l'application Insulia. Comment s'est traduite cette année charnière sur la santé économique de votre entreprise ?

    Pierre Leurent: Notre chiffre d'affaires a plus que triplé l'an dernier en franchissant la barre des 10 millions d'euros. C'est en partie dû à notre développement international puisque, pour la première fois, la majorité de nos revenus viennent de l'Amérique du Nord où nous sommes présents à Boston, ville qui bénéficie d'un écosystème très innovant sur la santé numérique. Nous avons aujourd'hui sept fonds d'investissement à notre capital, et nous étudions l'opportunité d'une nouvelle augmentation de capital cette année pour catalyser notre développement outre-Atlantique.

    Comment cette forte croissance s'est-elle traduite au niveau des ressources humaines de l'entreprise?

    P.L.: Nous comptons 120 collaborateurs aujourd'hui chez Voluntis, et ces effectifs progressent, notamment à Boston où nous continuons à renforcer nos équipes. Nous avons aussi recruté des profils médicaux car nous sommes à la convergence entre deux mondes: celui du numérique et celui des produits de santé. Du fait de son positionnement sur le segment des logiciels compagnons thérapeutiques, Voluntis est structurée comme une entreprise des sciences de la vie. Nous avons ainsi étoffé notre direction règlementaire, en lien avec le renforcement actuel des exigences portant sur la sphère des medtech et la nouvelle directive européenne sur les dispositifs médicaux.

    Quels sont vos axes stratégiques de développement pour 2017 ?

    P.L.: Notre développement concerne principalement les aires thérapeutiques du diabète et de l'oncologie, sur lesquelles nous visons le leadership mondial en termes de logiciels compagnons. Le diabète représente aujourd'hui les deux tiers de l'activité de Voluntis et la part de l'oncologie progresse fortement. Cette année marquera le démarrage de la commercialisation des deux côtés de l'Atlantique des solutions Diabeo et Insulia, prioritairement en direction du corps médical puisqu'elles sont délivrées sur prescription.

    Quelles sont les différences entre les solutions Diabeo et Insulia ?

    P.L.: Diabeo concerne les patients diabétiques de type 1 ou 2 traités par multi-injections et calcule en temps réel les apports d'insuline nécessaires tout en permettant un suivi à distance des patients. Insulia fait partie de la même famille de logiciels compagnons mais concerne les diabétiques de type 2 traités par insuline basale. Nous sommes les premiers à obtenir l'approbation de la FDA aux Etats-Unis pour ce type de solutions. Nos interfaces utilisateurs sont ajustées en fonction des profils de patients et des professionnels de santé. Par exemple, Insulia va être largement utilisé par les médecins généralistes tandis que Diabeo est principalement dédié aux diabétologues.

    Cette forte dynamique est-elle le signe d'un intérêt grandissant des industriels de santé et des pouvoirs publics pour les solutions logicielles ?

    P.L.: Les effets d'échelle du marché américain, qui est aujourd'hui le plus grand du monde pour ce type de solutions, facilitent la croissance de notre activité au sens large. Nous y observons des tendances de marché extrêmement fortes qui vont de fait inciter à de nouveaux modèles de contractualisation entre acteurs, fondés sur le value-based care, c’est-à-dire le paiement en fonction des résultats des soins. C'est le cas entre les payeurs et l'industrie pharmaceutique, entre lesquels se développent ce que l'on appelle des "outcomes-based contracts". Nos solutions ont ici un rôle important à jouer puisqu'elles visent à optimiser la valeur des traitements en vie réelle, en agissant positivement sur l'observance des patients par exemple. En oncologie, nous sommes axés sur la question de la tolérance des produits afin d’améliorer la gestion des effets secondaires qui impactent fortement la qualité de vie du patient. Nos outils sont aussi des moyens de mesure de la performance en vie réelle des produits de santé, de plus en plus étudiée par les autorités et les payeurs.

    Qu'en est-il des partenariats noués avec les laboratoires pharmaceutiques dans le domaine de l'oncologie ?

    P.L.: Nous achevons avec le laboratoire Roche le développement d'une solution compagnon thérapeutique pour les patientes atteintes d'un cancer du sein afin de les aider à mieux gérer leurs symptômes. Notre objectif est de commencer les études cliniques cette année. Notre collaboration avec AstraZeneca progresse aussi avec le démarrage des études cliniques l'été dernier aux Etats-Unis [ce partenariat porte sur une solution digitale d'accompagnement des femmes atteintes d'un cancer de l'ovaire dans le cadre d'études cliniques évaluant l'association des molécules cediranib et olaparib dans le traitement de la maladie, ndlr]. Les premiers patients ont été inclus au Dana-Farber Cancer Institute à Boston dans le cadre d’un partenariat tripartite avec le National Cancer Institute (NCI) américain.

    Comment réagissez-vous aux doutes parfois formulés par les pouvoirs publics sur la difficulté à évaluer l'efficacité d'algorithmes en médecine et sur le manque de transparence de ces derniers ?

    P.L.: Il faut bien faire attention à distinguer de façon fine plusieurs types d'algorithmes. Ceux que nous utilisons pour Diabeo et Insulia sont précisément décrits dans leur fonctionnement et s'appuient sur de l’évidence clinique. Dans ce cadre, on parle plutôt de "moteurs de règles". C'est bien différent des nouvelles logiques qui existent dans l'intelligence artificielle avec le deep-learning et le machine-learning qui sont plus difficiles à appréhender pour les autorités et pourraient s'apparenter pour elles à des boîtes noires dont on ne connaît pas la façon de raisonner.

    Raphael Moreaux
    raphael.moreaux@apmnews.com

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