L’actualité numérique des industries de santé

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    Comment Janssen numérise son site de production de Val-de-Reuil

    VAL-DE-REUIL (Eure), PARIS (TICpharma) - La définition des processus en amont de leur mise en place et l'accompagnement des collaborateurs ont été les clés de la numérisation du site de production de Janssen (groupe Johnson & Johnson, J&J) à Val-de-Reuil, ont expliqué le directeur de l'usine, Marc Spiniella, et la directrice du centre d'excellence digital et data de Janssen, Céline Chevrier, à TICpharma le 31 mars.

    "On ne fait pas de la digitalisation pour se faire plaisir", a insisté Marc Spiniella. "Il ne suffit pas de mettre une tablette dans la main d'un collaborateur pour dire qu'on est digital, il y a un gros travail d'accompagnement et de formation à fournir."

    Janssen a déployé des tablettes dans son site pour faciliter le partage de données et d'informations, utilisant l'application canadienne Poka, progressivement mise en production depuis un an et demi.

    Elle permet d'accéder à "un outil collaboratif pour toutes les équipes, dont la production, la maintenance et la sécurité, afin de partager les informations". Elle "remplace les cahiers de consignes", et permet de gagner en fluidité de l'information, un gain important pour ce site fonctionnant en 3x8.

    Elle intègre également des paramètres de réglage et des vidéos de formation, réalisées par les équipes de l'usine, par exemple de modifications de pièces. C'est un "catalogue de bonnes pratiques", selon une analogie du directeur.

    Les tablettes servent notamment Ă  la formation. Photo: Janssen France

    Le site, qui produit des cosmétiques (formes topiques) et des médicaments de prescription ou non (formes orales), a également mis en place un "plant cockpit" qui présente, sur des écrans visibles de tous, des visualisations de données relatives à la performance du site.

    Un autre outil, accessible sur les tablettes, permet de surveiller le taux de rendement synthétique, "c'est-à-dire l'efficacité de la ligne, grâce à une vision en temps réel de sa performance", a-t-il expliqué. Cela permet d'ajuster la production en temps réel, notamment en se référant aux vidéos.

    Ces outils ont été très bien accueillis, "les équipes sont même en attente", s'est félicité le directeur.

    La moyenne d'âge est supérieure à 50 ans sur le site, a-t-il indiqué.

    Comme dans tous les projets numériques, il est nécessaire de "bien travailler les processus en amont et accompagner les collaborateurs" afin que les outils soient adoptés et "mis en routine", a expliqué Céline Chevrier.

    "Il y a toujours des résistances, mais elles ne sont pas forcément dues à l'âge ou à la culture", a-t-elle ajouté. "Il faut créer un langage commun, démontrer la valeur que les outils ont pour le travail quotidien et ce qu'ils vont apporter comme simplification."

    Concernant le processus, "on va d'abord le dessiner pour voir ce qu'on va gagner, que ce soit en productivité, en main-d'œuvre ou en confort", a souligné Marc Spiniella.

    "On a essayé de digitaliser les dossier de lots sur nos lignes pharma. Il n'y a pas eu de gain. On a arrêté car le projet était mal défini", a-t-il ajouté.

    Ces exemples font partie d'un axe de travail de la numérisation du site de production de Val-de-Reuil que le directeur a défini comme du "data management". Il s'agit "d'avoir des systèmes pour savoir ce qui se passe en temps réel", et éviter que "l'information soit quelque part, mais qu'elle ne soit pas connectée", a-t-il résumé.

    Ils correspondent également à un axe de travail, "l'agilité". Celle-ci "permet de servir le client d'une meilleure manière, de répondre à une demande qui évolue", c'est-à-dire "être capable d'encaisser ses variations en pilotant les niveaux de stocks, en sourçant les matières premières et le packaging partout dans le monde" en amont de la production.

    En production, "le digital permet de piloter la performance réelle par rapport à la performance attendue" et d'ajuster en temps réel. Ces informations sont disponibles sur les tablettes, qui permettent aussi aux salariés "de se passer les consignes, de passer d'un produit A un produit B" facilement, améliorant ainsi "le confort de travail".

    De manière générale, "on abandonne le papier", a souligné le directeur.

    Autre axe de travail pour numériser le site, "se protéger". "On a des cyberattaques toutes les semaines. De toute façon, on n'est jamais assez protégé", a-t-il estimé.

    Enfin, dernier axe: le développement durable.

    Un système connecté de building management system (BMS, gestion technique du bâtiment -GTB) a été installé "pour le pilotage énergétique du site". Des capteurs assurent "le suivi de la consommation d'eau, d'énergie, les émissions de carbone…"

    "Plus de 50 applicatifs différents"

    Interrogé sur les difficultés rencontrées pendant la mise en place de ces processus, Marc Spiniella a indiqué que "la complexité est présente, comme dans tous les grands groupes".

    "A Val-de-Reuil, on a beaucoup de systèmes. Plus de 50 applicatifs différents. Certains nous viennent du corporate, on doit les utiliser même s'ils n'ont pas forcément été pensés pour l'utilisateur final. Pour d'autres, on a une marge de manœuvre, on peut s'en affranchir. On est obligé de jongler entre différents systèmes."

    L'important est de "bien définir le besoin", a-t-il souligné.

    Pour cela, l'usine a depuis 2020 un responsable de la transformation numérique, entièrement consacré au site.

    "Sa mission est de créer la roadmap de la digitalisation" de l'usine. Il est ainsi chargé "d'améliorer les processus, de choisir les solutions dans le catalogue corporate, de négocier les prix, de valoriser les gains et de planifier la mise en place des systèmes", a énuméré le directeur.

    Il a également évoqué "la robotisation" et "de nouvelles applications" comme pistes de travail.

    Par ailleurs, "le site est entièrement sérialisé" et produit des codes agrégés, a-t-il indiqué. Un système intégrant des cryptocodes destinés au marché russe est en cours de mise en place.

    Enfin, le site de Val-de-Reuil a pour ambition de décrocher le label Lighthouse du Forum économique mondial, qui récompense les usines utilisant les avancées technologiques. Il deviendrait le deuxième site du groupe J&J à l'obtenir, après l'usine de Helsingborg (Suède).

    Au 15 mars, 69 sites avaient reçu le label, selon le site du Forum économique mondial. Parmi ceux-ci, des usines d'Alibaba, GE Healthcare, GlaxoSmithKline (GSK), Novo Nordisk, Renault et Siemens situées sur plusieurs continents.

    LĂ©o Caravagna
    leo.caravagna@apmnews.com

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