L’actualité numérique des industries de santé

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    Lucine lève 5,5 millions d'euros pour combattre les douleurs chroniques grâce aux thérapies digitales

    BORDEAUX (TICpharma) - La start-up bordelaise Lucine développe une application pour mesurer et soulager les douleurs chroniques, "en se positionnant sur les thérapies numériques et en s'appuyant sur les neurosciences", a expliqué le 24 novembre à TICpharma sa fondatrice Maryne Cotty-Eslous.

    Les thérapies numériques ou digital therapeutics (DTx) utilisent des logiciels fondés sur des preuves et évalués cliniquement pour traiter, gérer et prévenir un large éventail de maladies et de troubles comportementaux, mentaux et physiques.

    Elles connaissent un essor considérable ces dernières années et comptent près de 300 start-up spécialisées à travers le monde.

    Si elles sont essentiellement basées aux Etats-Unis, l'une de ces jeunes pousses, Lucine, est née à Bordeaux en mars 2017 et compte bien répondre au besoin de mesurer et soulager les douleurs chroniques grâce aux DTx.

    La douleur chronique affecte 25% de la population mondiale et est résistante aux traitements usuels. Elle est traitée notamment par la prescription d’opioïdes dont l’abus est responsable de plus de 500 000 décès dans le monde selon l’Organisation mondiale de la santé (OMS).

    L'histoire de Lucine est intimement liée à celle de sa fondatrice, Maryne Cotty-Eslous, "atteinte d’endométriose et du syndrome d’Ehlers-Danlos", a-t-elle confié à TICpharma.

    Dès 2012, l'entrepreneuse scientifique de 31 ans avait creusé les fondations de sa start-up en structurant son projet sur la prise en charge de la douleur par les thérapies numériques et, pour y parvenir, elle a croisé plusieurs disciplines comme les neurosciences, l'expérience utilisateur (UX) ou encore la psychologie.

    "En utilisant les neurosciences à travers les DTX, on va se retrouver avec une solution hybride qui se situe entre le dispositif médical (DM) et le traitement médicamenteux. On va avoir une partie de la définition du DM: à savoir être une solution technologique capable d'avoir une action mécanique sur l'organisme, mais notre action, elle, n'est pas mécanique, elle est chimique et/ou métabolique, comme un médicament et nous pouvons le démontrer avec des études", a détaillé Maryne Cotty-Eslous.

    Concrètement, dès l’apparition des symptômes, le patient peut, via l’application mobile Lucine et le système de reconnaissance faciale utilisant la caméra du smartphone, mesurer l’ampleur de sa douleur.

    "Dans notre DTx, on a un module d'identification de la douleur qui nous permet de comprendre comment vous avez mal. On le fait en utilisant de la reconnaissance faciale, vocale et posturale. On peut récolter entre 10 et 60 paramètres différents pour cela", a expliqué la fondatrice de la start-up.

    La mesure et l'analyse des informations recueillies passent par le deep learning.

    "Je ne veux pas parler d’intelligence artificielle (IA) car la labellisation passe par l'être humain, par notre travail. On n'utilise pas de procédé dit de 'boîte noire'. Ce sont des calculs précis que nous faisons et qui vont nous permettre de comprendre la nature de votre douleur, qui est forcément subjective", a fait savoir Maryne Cotty-Eslous.

    La solution mobile propose sur la base de cette mesure des procédures thérapeutiques personnalisées de type thérapies cognitivo-comportementales.

    L'application mobile fait appel à un smartphone pour l'utilisation de sa caméra et peut nécessiter le recours à d'autres outils comme des casques de réalité virtuelle notamment, si des "procédés immersifs" sont requis pour la thérapie numérique.

    Un modèle économique à définir

    Lucine, qui compte 40 salariés, a annoncé le 18 novembre avoir bouclé une levée de fonds de 5,5 millions d'euros auprès de Kurma Partners, Bpifrance (via son fonds Patients Autonome), BNP Paribas Développement, Aquiti Gestion et Irdi Soridec.
    Héméra, actionnaire historique, reste au conseil d'administration.

    C'est la première levée de fonds de la jeune pousse, qui enregistre 2 millions d'euros de chiffre d'affaires et a, jusqu'alors, financé sa solution "grâce à des codéveloppements avec des laboratoires comme Ipsen et Servier", a indiqué Maryne Cotty-Eslous.

    L'argent frais doit lui permettre de poursuivre l'élaboration d'études scientifiques et cliniques utilisant des logiciels propriétaires de deep learning et "de passer de start-up à PME".

    Le modèle économique de la société n'est, lui, "pas encore défini" et sera "dépendant des résultats des études" qui seront menées, a-t-elle fait savoir.

    "Forcément, si les résultats sont exceptionnels, la solution économique sera plus facile à définir. Il y a plusieurs business models possibles, 80% des DTx sont aujourd'hui distribuées par les laboratoires pharmaceutiques, par exemple", a-t-elle complété.

    En attendant de le trouver, Maryne Cotty-Eslous sait ce qu'elle veut: "J'ai monté une entreprise pour faire de l'argent que je pourrai réinvestir et pour créer des solutions accessibles à tous, inclusives et les moins invasives possibles".

    Pour répondre à la problématique de l'inclusion, "quatre personnes chez Lucine travaillent exclusivement sur ces questions".

    Cap sur des Ă©tudes Ă  plus grande Ă©chelle

    Si la fondatrice de Lucine décrit le niveau de maturité de sa société comme "léger", elle a "de fortes présomptions que cela va marcher".

    "On a fait des études exploratoires et de premières études cliniques sur des cohortes relativement légères (10 à 50 patients) et on a eu des résultats sur des prototypes fonctionnels déjà labellisés, qui sont des DM d'apprentissage", a-t-elle expliqué.

    "La première pathologie sur laquelle nous avons travaillé est l'endométriose et, plus largement, les douleurs féminines intimes, pour arriver à avoir une indication sur la douleur chronique", a-t-elle exposé.

    Désormais Lucine voit plus grand et la DTx sera "l'une des premières" à mener des études multicentriques sur plusieurs milliers de patients, dans plusieurs pays. Concernant le recrutement des patients, "aujourd'hui, on détermine nos choix. On a pris un peu de retard à cause de la crise sanitaire", a fait savoir la dirigeante de la start-up.

    "On va faire en sorte d'avoir au moins deux établissements en France, deux ou trois au Québec et on va essayer d'ouvrir à l'Allemagne et au Brésil. On est en train de les sélectionner actuellement pour avoir un démarrage des études en 2021."

    "Le 'produit endométriose' sera fini, fonctionnel et avec toutes les autorisations de mise sur le marché d'ici 18 mois. Concernant le produit relatif à l'indication de douleur chronique, c'est plus compliqué mais on a une fourchette qui se situe entre 2023 et 2025 car recruter 3.000 patients n'est pas si facile", a détaillé Maryne Cotty-Eslous.

    "Je ne veux pas donner de faux espoirs aux patients, c'est un secteur dans lequel susciter de l'espoir est très facile et créer de la déception encore plus mais les résultats sont très prometteurs", a-t-elle confié.

    "Depuis que l'information sur la levée de fonds est sortie, j'ai énormément de patients et de praticiens qui m'ont contacté pour savoir comment obtenir la solution ou la prescrire. Malheureusement, nos temps sont longs mais on travaille à un cycle de conférences en ligne, avec des experts, pour pouvoir leur donner des choses issues de nos recherches parce qu'on ne veut pas leur dire 'rendez-vous en 2025' mais les accompagner", a-t-elle ajouté.

    Au premier trimestre 2021, le nouveau site internet de la jeune pousse répertoriera, par ailleurs, l'ensemble des études menées et "les patients pourront alors contacter les centres référents, s'ils souhaitent participer aux études".

    Wassinia Zirar
    Wassinia.Zirar@apmnews.com

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