L’actualité numérique des industries de santé

    L’actualité numérique des industries de santé

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    Un fonds de dotation, des partenaires et une plateforme d'IA: Amgen veut transformer l'essai digital

    PARIS (TICpharma) - La filiale française du laboratoire Amgen prend le virage du numérique en santé et accélère en s'appuyant notamment sur son programme Amgen Innovations, ses partenariats avec des start-up et sa plateforme d'intelligence artificielle (IA), ont expliqué deux de ses représentants, lors d'un entretien à TICpharma le 29 octobre .

    Nommé responsable "innovation" d'Amgen France en avril 2019, Thibault de Chalus doit notamment la création de sa fonction à "l'arrivée Corinne Blachier-Poisson à la direction générale du laboratoire au 1er janvier 2019", dont le "premier objectif" a été de lancer le programme Amgen Innovations, a-t-il expliqué.

    Programme phare d'Amgen France pour accélérer dans sa démarche d'innovation, il s'articule autour de "trois piliers": des partenariats avec des start-up en santé, l'accompagnement des équipes de recherche et une "réflexion de type think tank sur l'impact de l'innovation sur les soignants", a détaillé le responsable "innovation" d'Amgen France.

    Le premier "pilier" évoqué par Thibault de Chalus a notamment donné lieu à plusieurs partenariats ou soutiens à des start-up récemment.

    Ainsi au printemps, Amgen avait fait le choix de rejoindre la Coalition innovation santé.

    Créée le 25 mars dernier sous l’impulsion du Digital Pharma Lab, de France Biotech, AstraZeneca, des associations France digitale et MedTech in France, avec les soutiens de l'Assistance publique-hôpitaux de Paris (AP-HP), Bpifrance, du réseau EIT Health et de France Assos Santé, elle s’est constituée pour contribuer à désengorger le système de soins et permettre aux patients atteints de maladies chroniques de continuer à être pris en charge, en dépit de l'épidémie de Covid-19.

    Dans le cadre de la Coalition innovation santĂ©, le 9 juin, l'application de soins de support Ă  distance pour les patients atteints de cancer, "Bulle", dĂ©veloppĂ©e par la start-up myCharlotte, avait pu bĂ©nĂ©ficier du soutien de plusieurs laboratoires pharmaceutiques, dont Amgen, rappelle-t-on

    La filiale française d'Amgen a également choisi de participer à la saison 2 du programme d'accélération de la pharmatech Digital Pharma Lab, en avril. Elle a donc travaillé avec la start-up Codoc autour de la plateforme de data science DrWarehouse de la jeune pousse pour proposer une solution permettant d’automatiser le dépistage de l’ostéoporose, notifier l’équipe de soins et proposer un accompagnement pour le patient dans le cadre des filières fractures.

    "Toujours dans le cadre de ce premier pilier, nous avons été amenés à lancer l'assistant digital Romy pour la prise en charge du myélome multiple", a rappelé Thibault de Chalus.

    Ce projet, inscrit dans le cadre du programme d'investissement Amgen Innovations, est né du partenariat avec une association de patients, des hématologues et la société Observia. Il a abouti à la mise à disposition de cette application digitale en juin, rappelle-t-on.

    Enfin, un partenariat industriel a été noué avec la jeune pousse spécialisée en IA en santé, Owkin autour du machine learning (apprentissage machine) et de la recherche à partir des données en vie réelle pour prédire le risque de survenue d’un deuxième événement cardiovasculaire chez les patients à très haut risque.

    Owkin collabore, par ailleurs, avec plusieurs établissements de santé dans le cadre de ses recherches. La start-up a annoncé le 19 octobre avoir conclu un partenariat de recherche en oncologie utilisant l'IA avec le CHU de Nantes, avec lequel travaille aussi Amgen.

    Cette collaboration -axée sur la recherche- s'articule aussi avec le deuxième pilier évoqué par le responsable "innovation" d'Amgen France, qui s'appuie notamment sur un fonds de dotation de 2,6 millions d'euros, a-t-il précisé.

    Pour son premier appel à projets, visant à ouvrir de "nouvelles frontières en oncologie et onco-hématologie", pour une dotation totale de 600.000 euros, le fonds a reçu "137 candidatures" et a récompensé 9 lauréats.

    Aux côtés de Thibault de Chalus, "quatre personnes travaillent sur l'innovation", a-t-il précisé.

    "Notre fonctionnement est transverse. Nous n'avons pas vocation à être l'alpha et l'oméga de tous les projets digitaux de l'entreprise mais nous essayons de faire avancer les projets d'innovation grâce à notre compréhension de l'écosystème."

    Une plateforme d'IA comme fer de lance

    Outre son travail aux côtés de start-up "matures et déjà structurées", Amgen mise aussi sur l'IA pour accélérer dans sa transformation digitale.

    "Je ne sais pas si Amgen est précurseur dans l'IA mais on essaie de se poser des questions: de quoi ont besoin nos patients? Comment peut-on aider les médecins à rendre leur vie plus simple et leur travail plus efficace? Et, comment peut-on aider le système de santé?", a expliqué David Dellamonica, responsable de la santé numérique et des partenariats (digital health lead) d'Amgen Europe et fondateur de la plateforme d'IA du laboratoire.

    "Les laboratoires pharmaceutiques ne fournissent pas que des médicaments, ils essaient aussi de se poser toutes les questions qui sont autour et c'est là que l'IA est arrivée avec une approche autour du changement par les données, la capacité de calcul des ordinateurs et les évolutions réglementaires", a-t-il ajouté.

    Vantant "le terreau" français, fertile pour l'IA, David Dellamonica a souligné les deux axes de travail d'Amgen en IA: la recherche et l'optimisation "de choses existantes". "Peut-on, grâce à l'IA, rendre les mammographies moins douloureuses et plus intelligentes? Peut-on, grâce à l'IA, optimiser les parcours de soins, mieux traiter les patients et apporter quelque chose à la communauté?", a-t-il poursuivi.

    Start-up, entreprises, chercheurs… Amgen s'entoure d'alliés aussi pour avancer en IA.

    "Seul, nous n'y arriverions pas et notre stratégie est de travailler avec d'autres partenaires, main dans la main, pas de les sponsoriser. Nous avons de l'expertise et nous souhaitons construire des choses avec ces gens et valoriser cette expertise", a souligné son digital health lead.

    Baptisée "Deep" (pour Detect, engaged, evaluate and protect), la plateforme d'IA d'Amgen -"lancée il y a deux ans et demi"- est ouverte aux partenaires mais elle doit d'abord permettre de "créer un système de connaissances dans l'entreprise pour répondre à des questions, scientifiques ou sur les process", a détaillé David Dellamonica.

    "La technologie est toujours un moyen mais pas une finalité. Nous utilisons différents types de machine learning mais nous nous appuyons d'abord sur les données de nos essais thérapeutiques pour tester des hypothèses, c'est notre trésor", a-t-il tempéré.

    En deuxième phase, les données en vie réelle entrent en jeu et l'IA permet alors de vérifier et de valider des hypothèses. Identification de cibles thérapeutiques, expérimentations in silico, analyses prédictives, l'IA "perce dans l'entreprise", a fait savoir David Dellamonica.

    "Aujourd'hui en France, nous avons des projets dans le cancer du poumon, dans le myélome multiple et dans le cardio-vasculaire", a-t-il précisé, citant son travail avec Owkin, principal partenaire en IA du laboratoire.

    Douze projets ont été lancés dans le cardio-vasculaires et sept en oncologie, sur cette plateforme, a-t-on appris.

    Le numérique en santé boosté par la "volonté politique française"

    Qu'il s'agisse des expérimentations de prise en charge de la télésurveillance relevant de l'article 51, de la création du Health Data Hub ou de la constitution de bases de données en vie réelle, toujours plus nombreuses, la santé numérique tricolore s'appuie aujourd'hui sur "une volonté politique française qui a eu conscience de ces enjeux, parallèlement à l'amélioration de nos capacités technologiques et à la maturité de l'écosystème", a souligné Thibault de Chalus.

    "Les maladies deviennent de plus en plus chroniques et nous avons besoin de savoir ce qui se passe en dehors de l'hôpital. Il y a un besoin de pouvoir suivre le patient chez lui ou en médecine de ville. Pour cela, il y a le programme Etapes dans la télésurveillance ou des programmes mis en place dans le cadre de l'article 51, qui permettent de le faire et d'analyser de plus en plus de données", a relevé le responsable "innovation" d'Amgen France.

    "L'enjeu est de réussir à transformer la promesse technologique en promesse médicale, en prouvant la valeur ajoutée [de la technologie] et en travaillant avec les administrations publiques de santé, pour être, à terme, capable d'évaluer les innovations en santé et les faire rembourser", a-t-il détaillé.

    Citant le logiciel Moovcare poumon (Sivan) dans la télésurveillance médicale des patients atteints d'un cancer du poumon, devenu le premier logiciel de télésurveillance à obtenir un remboursement de droit commun en France ou la solution Diabeo (Sanofi/Voluntis), première application mobile à avoir obtenu un avis favorable au remboursement auprès de la Haute autorité de santé (HAS), Thibault de Chalus a fait savoir que son laboratoire ne pouvait pas "rester à côté de toutes ces innovations, qui ont un vrai impact sur le parcours de soins".

    Investir dans l'innovation et "les hommes qui la comprennent"

    Pour atteindre son objectif de transformation digitale, Amgen France "investit à peu près 4% de son chiffre d'affaires annuel dans la recherche et développement (R&D)", a indiqué David Dellamonica.

    "En Europe, les investissements dans l'innovation représentent plusieurs millions d'euros et dans l'IA, nous investissons aussi massivement", a-t-il complété.

    "Pour le programme Amgen Innovations, nous prévoyons d'investir 5 millions d'euros sur trois ans et le fonds de dotation repose sur un budget de 2,6 millions d'euros", a ajouté Thibault de Chalus. "Nous avons des budgets très significatifs, au niveau de la filiale, sur ces sujets liés à l'innovation et au digital."

    La "stratégie à moyen terme" d'Amgen France est "de renforcer sa capacité à comprendre les technologies -comme l'IA-pour permettre au système de santé de tirer profit des gains de productivité et du potentiel qu'elles lui apportent", a insisté David Dellamonica.

    "Notre industrie de santé va devoir réfléchir. Il lui faut de nouveaux leaders. Elle doit investir dans des hommes qui comprennent l'environnement digital et trouver des partenaires, c'est le nerf de la guerre. Au-delà de tout cela, il y a d'autres enjeux, plus larges: il faut faire évoluer la réglementation sur l'accès aux données ou la régulation des dispositifs médicaux", a commenté le digital health lead d'Amgen Europe.

    Un point de vue partagé par Thibault de Chalus qui appelle à relever le "défi" de la définition du business model de la santé numérique et à travailler à la résolution du casse-tête de la "valeur médicale" des innovations en santé.

    Wassinia Zirar
    Wassinia.Zirar@apmnews.com

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