L’actualité numérique des industries de santé

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    Etudes

    Premiers résultats encourageants pour la plateforme eNephro de télésuivi des malades rénaux chroniques

    NANTES (TICpharma) - La télésurveillance médicale des patients atteints de maladie rénale chronique tend à diminuer la durée cumulée sur un an des hospitalisations non programmées et à réduire les coûts pour l'assurance maladie, selon les premiers résultats de la plateforme eNephro présentés le 8 octobre au congrès virtuel de la Société française de néphrologie, dialyse et transplantation (SFNDT).

    Le Pr Michèle Kessler du CHU de Nancy, présidente du réseau Néphrolor, a présenté ces données lors d'un symposium organisé par Pharmagest (groupe La Coopérative Welcoop) et sa filiale Diatelic, qui édite la solution eNephro évaluée dans la télésurveillance des malades rénaux chroniques.

    Il s'agit des premiers résultats du volet greffe d'une étude médico-économique de la télésurveillance des patients atteints d'une maladie rénale chronique. Initiée en 2015, cette étude évalue la solution eNephro dans les trois anciennes régions Lorraine, Nord-Pas-de-Calais et Aquitaine, avec la participation des CHU de Nancy, Lille et Bordeaux, des associations de soins à domicile Altir, Santélys et Aurad, de l'école d'ingénieurs IMT Atlantique et de Pharmagest.

    La plateforme est un outil partagé entre le patient -qui peut entrer lui-même ses données à son domicile-, l'équipe néphrologique, l'unité de dialyse, le médecin généraliste, le pharmacien d'officine et le laboratoire d'analyses biologiques. Une infirmière de coordination assure l'interface.

    Cette étude pragmatique, prospective, multicentrique randomisée et contrôlée, vise à démontrer l'efficience d'un système de télésurveillance par rapport à la prise en charge habituelle de patients atteints d'une insuffisance rénale chronique à différents stades de la maladie, aux stades 3-4, lors de la dialyse et après la greffe.

    Les premières données recueillies proviennent des patients transplantés, qui présentent un risque permanent de dégradation de la fonction du greffon et de complications. L'hypothèse est que la télésurveillance permet d'identifier précocement des anomalies et, en conséquence, de réduire les hospitalisations non programmées au centre de transplantation et ce, à un coût acceptable pour l'assurance maladie, a indiqué le Pr Kessler.

    Dans l'étude, 248 patients ont été inclus, 126 suivis de manière habituelle et 122 par télémédecine. Les données économiques ont pu être recueillies pour respectivement 121 et 111 patients et une analyse per protocole a été réalisée sur les patients suivis à 12 mois et s'étant connectés plus d'une fois.

    Sur le critère d'efficacité, la durée moyenne cumulée des hospitalisations non programmées était de 4,2 jours pour les patients télésuivis contre 4,5 jours pour ceux qui étaient suivis de manière habituelle, une différence qui n'était pas statistiquement significative.

    Pour l'analyse des coûts du point de vue de l'assurance maladie, le coût total moyen par patient par an était de 51.161 € avec la télésurveillance, contre 60.099 € avec la prise en charge traditionnelle. L'économie réalisée, de près de 9.000 € par patient, n'était pas non plus considérée comme significative.

    "On observe toutefois des baisses nettes dans la consommation de certains soins", comme le recours aux médecins de garde et d'astreinte, avec un coût de 8,50 € en moyenne pour un patient télésuivi, contre 21 € pour un patient suivi traditionnellement, les coûts hospitaliers liés aux urgences (6.930 € vs 8.032 €) et les dépenses hospitalières (39.657 € vs 47.404 €).

    Les coûts liés aux transports étaient en revanche plus élevés dans le groupe télésurveillance, de 3.585 € par patient, contre 2.786,5 € dans le groupe contrôle, alors qu'une baisse était attendue pour ce poste de dépense. "C'est probablement lié à quelques malades au parcours très compliqué", a observé le Pr Kessler, ajoutant que l'analyse détaillé des données était encore en cours.

    Selon l'analyse des données du point de vue de la société, qui tient compte d'un forfait de télémédecine à 583 €, le coût total moyen par patient télésuivi est de 51.744 €, contre 60.099 € avec le suivi classique, avec une différence encore non significative.

    Le Pr Kessler a par ailleurs souligné que la majorité des patients étaient satisfaits du système de télésurveillance (88,6%). Ils étaient 87,8% à considérer qu'il permettait un meilleur suivi par les professionnels de santé et 86,9% que l'outil facilitait leur communication avec eux, 88,5% à considérer eNephro comme "un bon complément" à leur prise en charge habituelle, sans qu'il ne la remplace (91%).

    Pour 83,6%, le système leur a permis de s'investir plus activement dans leur santé, 78,7% considèrent avoir gagné du temps (moins de consultations) et autant se sentent moins inquiets pour leur santé. Seulement 4% ont estimé que le dispositif portait atteinte à leur vie privé et 6% s'inquiétaient de la confidentialité des données transmises.

    Globalement, ces données valident l'hypothèse de départ, a estimé le Pr Kessler. Elle a fait observer que la plateforme a évolué tout le long de l'étude pour répondre aux besoins des patients, et estimé qu'avec la version la plus récente, sur l'ensemble de l'étude, les résultats auraient pu être significatifs.

    Plus de 100 patients inclus dans le programme Etapes

    Par ailleurs, la solution eNephro a permis au CHU de Nancy de mettre en oeuvre facilement et rapidement une télésurveillance médicale des patients transplantés dans le cadre du programme national Etapes (Expérimentations de financement de la télémédecine pour l'amélioration des parcours en santé), a-t-elle ajouté.

    Le Pr Luc Frimat du CHU de Nancy a présenté des données pour 104 patients inclus à mai (72 hommes et 32 femmes, 50,7 ans en moyenne), avec un délai post-greffe de 19,3 mois en médiane et une durée moyenne de suivi de 8,9 mois (plus de 6 mois pour 73%). "Les inclusions ont débuté en novembre 2018 et 124 patients sont suivis à ce jour, avec une accélération liée à l'épidémie de Covid-19, c'est-à-dire sept patients inclus précocement avant les six mois post-greffe initialement prévus".

    "L'acceptabilité des patients est bonne mais il y a un biais car l'inclusion est validée par l'équipe médicale et paramédicale. Le télésuivi ne convient pas à tous les patients qui doivent s'impliquer, renseigner des informations au jour le jour. Le télésuivi n'est qu'un support et il ne doit pas générer d'angoisse, ce qui souligne aussi l'importance de l'éducation thérapeutique", a commenté le Pr Frimat. Pour lui, "avec 10 à 15% d'arrêts, l'adhésion globale est bonne".

    Il a également souligné que les professionnels se sont bien appropriés l'outil grâce notamment à l'infirmière de coordination, et que la solution a été mise en place rapidement, avec un effet facilitateur de l'étude médico-économique, puis du programme Etapes.

    La télésurveillance n'a pas augmenté la charge de travail. "Au contraire, elle a diminué avec des visites plus espacées. En outre, la réduction aussi des transports participe à une amélioration de la qualité de vie des patients."

    Mise en production d'eNephro prégreffe d'ici fin 2020

    Le Dr Carole Ayav du CHU de Nancy a présenté le module eNephro prégreffe, qui vise à "optimiser le parcours du patient, à la fois son orientation, son bilan prégreffe et le délai d'inscription sur liste d'attente". "C'est à la fois un outil de gestion, de notification et d'alerte pour le centre demandeur, le centre transplanteur et l'équipe de coordination pour suivre le parcours du patient."

    Elle a expliqué notamment qu'outre une partie administrative, le système prévoyait plusieurs formulaires cliniques à renseigner sur la maladie rénale, les antécédents médicaux et les comorbidités, ce qui permet de générer automatiquement une fiche d'orientation au centre demandeur.

    Le centre transplanteur rédige la partie conclusion du formulaire d'orientation: si elle est justifiée, le patient est dirigé vers une première consultation en vue de finaliser le bilan prégreffe mais si elle est discutée, des avis ou des examens complémentaires peuvent être demandés.

    L'outil prévoit une partie pour la discussion des situations complexes et après consultation au centre de transplantation, les patients peuvent ensuite être inscrits en contre-indication temporaire ou sur liste active.

    Pour la finalisation du bilan prégreffe, une interface "parcours personnalisé de soins" liste les examens à réaliser et leur fréquence selon les recommandations de la Haute autorité de santé (HAS). Un code couleur est prévu, orange lorsque la date approche, et rouge quand elle est dépassée, avec en plus une notification.

    "Les premiers tests ont été réalisés avec un transfert des dossiers vers eNephro greffe et la mise en production est prévue d'ici à la fin de l'année. Des travaux sont encore en cours pour notamment assurer l'interopérabilité avec les dossiers informatiques utilisés au CHU", a indiqué le Dr Ayav.

    La solution développée par Pharmagest doit comporter également un module dialyse, note-t-on.

    Luu Ly Do Quang

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