L’actualité numérique des industries de santé

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    "Numérique, DM et santé": le think tank du Snitem s'inspire des initiatives internationales

    PARIS (TICpharma) - Le think tank "Numérique, DM et santé", initié par le Syndicat national de l'industrie des technologies médicales (Snitem), a présenté le 29 septembre la synthèse de ses premiers travaux en vue de "proposer des pistes concrètes et pertinentes pour poursuivre la digitalisation de notre système de santé", en s'inspirant notamment de "ce qui se fait hors de nos frontières".

    Créé en 2018, le think tank "Numérique, DM (dispositifs médicaux) et santé" a choisi de concentrer son travail et sa réflexion sur l’apport des transformations générées "par les expériences prometteuses ou réussies hors de nos frontières", a expliqué le 29 septembre lors d'une conférence de presse en ligne, François-Régis Moulines, directeur des affaires gouvernementales du Snitem et coordinateur du think tank.

    Le document de 24 pages est le fruit de 18 mois de réflexions de trois groupes de travail thématiques:

    • "transformation du parcours patient: accès, organisation et suivi assistĂ©s par le numĂ©rique", pilotĂ© par Antoine Groheux (Medtronic France) et Jacqueline Hubert (Vivalto SantĂ©)
    • "l’évaluation des soins par les patients: utiliser les DM connectĂ©s pour lancer l’expĂ©rimentation", pilotĂ© par Lucile Blaise (Resmed) et Alain-Michel Ceretti (France Assos SantĂ©)
    • "l'efficience du système de santĂ©: le numĂ©rique comme outil de supervision et de pilotage", pilotĂ© par Carlos Jaime (InterSystems), Jean-Pierre Thierry (France Assos SantĂ©) et Christophe Lala (GE Healthcare France et Benelux).

    L'objectif de ces travaux est de "mieux comprendre et faire comprendre les apports du numérique en santé" et "échanger avec les pouvoirs publics sur les solutions qui pourraient utilement être mises en œuvre en France en s’inspirant de ce qui a pu être fait ailleurs", a expliqué le think tank du Snitem dans son document.

    "Même si l'on sait la France friande de solutions maison, il n’est parfois pas nécessaire de réinventer la roue. Il existe aussi ailleurs de bonnes idées à repérer et à étudier. Quitte à les adapter et à les améliorer", a précisé François-Régis Moulines.

    Plusieurs recommandations pour "avancer"

    Les pilotes du premier groupe de travail ont tenté de répondre à la question "comment les applications numériques vont-elles aider les acteurs dans le parcours de soins?" en observant "des solutions déployées dans d’autres pays pour transformer et améliorer l’expérience des patients et des soignants autour du parcours de soins ainsi que de l’accès aux soins primaires", ont-ils détaillé.

    Pour cela, Antoine Groheux et Jacqueline Hubert se sont penchés sur deux solutions britanniques: Lumeon, pour le suivi du patient en temps réel à l'hôpital, et Babylon Health pour l'accès au premier recours par chatbot.

    "Lumeon permet d’orchestrer la coordination des soins entre équipes pluridisciplinaires. Chaque intervenant sait ce qu’il doit faire et se voit affecter sa tâche au bon moment. La plateforme aide tout simplement à décloisonner les différents services de l’hôpital et de fluidifier les parcours", ont-ils noté, incitant les pouvoirs publics tricolores à s'inspirer de la solution.

    Concernant Babylon Health, Antoine Groheux et Jacqueline Hubert ont mis en exergue un service capable de "faire face aux enjeux actuels de l’accès aux soins primaires, à savoir, la désertification médicale, l’engorgement des services d’urgence par manque de réponse de proximité".

    "La crise de la Covid-19 a démontré que les acteurs du système étaient prêts -bien plus qu’espéré- à adopter les outils numériques et à revoir leur organisation... À condition que ces évolutions fassent sens, apportent une amélioration réelle au service du soin et à la prise en charge des patients."

    Saluant la Coalition innovation santé (CIS), "un accélérateur de changement à la française à pérenniser", les pilotes de ce groupe de travail thématique ont formulé plusieurs recommandations pour, justement, "continuer à accompagner le changement".

    Pour rappel, la CIS, créée le 25 mars dernier sous l’impulsion du Digital Pharma Lab, de France Biotech, AstraZeneca, des associations France digitale et MedTech in France, avec les soutiens de l'Assistance publique-hôpitaux de Paris (AP-HP), Bpifrance, du réseau EIT Health et de France Assos Santé, a pour missions de contribuer à désengorger le système de soins et permettre aux patients atteints de maladies chroniques de continuer à être pris en charge, en dépit de l'épidémie de Covid-19.

    Ainsi, ces recommandations sont "la mise en place de politiques d’acculturation des décideurs à l’importance et à l’impact de ces solutions digitales sur les soins, l’expérience patient et les résultats cliniques et médico-économiques"; "des campagnes de formation des utilisateurs (médecins, soignants mais aussi patients) à l’utilisation des nouvelles technologies en santé"; "des programmes d’accompagnement des équipes de terrain à l’intégration de ces nouveaux outils dans leurs pratiques et protocoles"; "des propositions de modèles économiques viables et soutenables pour un établissement de santé"; "la possibilité de rendre fongibles les enveloppes de ville et les enveloppes hospitalières"; "l’introduction d’une culture du retour sur investissement (ROI)" et "la consolidation du cadre de confiance autour de l’usage de la donnée de santé".

    Pour répondre à la problématique de l'évaluation des soins, Lucile Blaise et Alain-Michel Ceretti se sont penchés sur le travail de l’International Consortium for Health Outcomes Measurement (ICHOM) à propos des indicateurs PROMs (Patient Reported Outcomes Measures) et PREMs (Patient Reported Experience Measures) et leurs applications en Suède et aux Pays-Bas.

    "À ce jour, l’ICHOM a établi près d’une quarantaine de référentiels et de nombreux autres sont en cours. Ils concernent des maladies ou pathologies aiguës et chroniques. Leurs usages ont trait à la fois aux soins hospitaliers et aux soins de ville. Des pays comme les Pays-Bas ou la Suède utilisent ces indicateurs avec succès", ont expliqué les pilotes dans leur synthèse.

    "Contrairement à ceux en cours en France aujourd’hui, ils ne mesurent pas les moyens mis en place pour les soins mais les résultats de ces soins. Autres originalité et force de ces indicateurs, ils intègrent les résultats concrets pour le patient et son vécu du soin", ont-ils poursuivi.

    Lucile Blaise et Alain-Michel Ceretti ont déploré que la France ne soit "pas assez engagée dans l’évaluation par les patients au regard d’indicateurs internationaux" et proposent donc une expérimentation PROMs sur l'apnée du sommeil, pour laquelle "l'écosystème apparaît plutôt favorable".

    "Avant de lancer l’expérimentation, il est toutefois nécessaire de lever les quelques freins existants et parfaitement identifiés: sélectionner les référentiels et les indicateurs pertinents en adoptant ou en s’appuyant sur le travail réalisé par l’ICHOM; compléter les applications et les logiciels de monitoring embarqués dans les machines en introduisant des fonctions de collecte et de transmission d’évaluation patient; mettre en place le circuit de remontée des données (PROMs) collectées à partir de cohortes homogènes de patients; sélectionner une première cohorte cohérente de patients, informer, sensibiliser et former les professionnels de santé et les patients et mettre en place un financement de cette évaluation pour rendre possible le déploiement du dispositif", ont recommandé les pilotes du groupe de travail.

    Les plateformes numériques comme vecteur de transformation du système

    Enfin, les pilotes du groupe de travail relatif à "l'efficience du système de santé: le numérique comme outil de supervision et de pilotage" se sont concentrés sur l'étude des plateformes numériques via trois cas d'étude: l'Etat de New-York qui gère 18 millions de patients actifs sur la plateforme Healthix, la solution Coordinate My Care (CMC) qui permet de prendre en compte la volonté des patients londoniens lors des prises en charge urgentes et l'Electronic medical record adoption model (Emram), l'indicateur de l'organisation américaine Healthcare information and management systems society (Himss) qui mesure la maturité des acteurs de santé vis-à-vis de l’adoption du dossier médical informatisé.

    "Le numérique en santé peut être un moyen d’accélérer les transformations, d'aider au décloisonnement et d'offrir aux autorités sanitaires les outils de pilotage indispensables. Des exemples mis en œuvre dans certains pays offrent de beaux retours d’expériences susceptibles de donner à nos gouvernants des idées de bonnes pratiques sur lesquelles s’appuyer afin de passer une étape décisive où performance et qualité des soins iraient de pair", ont souligné Carlos Jaime, Jean-Pierre Thierry et Christophe Lala.

    "Les trois cas contribuent à la transparence et au partage de l’ensemble des données médicales. Ils favorisent l’interopérabilité et le déploiement d’outils structurants (DMP, portail, services numériques, plateformes). Enfin, ils permettent de positionner les patients et les aidants au cœur du système de santé et de son organisation. Chacun à leur manière, ces trois outils apportent une réponse aux grandes orientations définies par 'Ma santé 2022' sur le plan du numérique en santé."

    Ainsi, afin "d’accompagner la transformation de notre système de santé avec les outils numérique en santé, il y a des préalables nécessaires à satisfaire", ont souligné les pilotes de ce troisième groupe de travail. Ils en ont identifié cinq: la formation des futurs professionnels de santé aux usages du numérique; la formation et le recrutement des ingénieurs et des personnels qui assurent les ressources techniques et fonctionnelles pour pouvoir répondre aux besoins des acteurs de l’écosystème de santé français; un programme de sensibilisation pour les usagers du système de santé; des ressources financières suffisantes pour accompagner la transformation numérique des structures de santé, publiques et privées et une constance dans l'application cohérente et volontaire de la feuille de route pour le numérique en santé, adoptée en juin 2019, "afin de maintenir, voire d'intensifier encore son application".

    "Parler d’efficience de notre système de santé, c’est aujourd’hui parler de son imprégnation par le numérique en santé. Il ne s'agit pas d'une couche supplémentaire qui vient compléter le système existant. Comme dans tous les secteurs de la société, le numérique vient modifier les organisations, les cultures professionnelles et les connaissances. Le rôle de l’État est donc essentiel quant aux prérequis à garantir pour que notre pays soit compétitif sur le sujet", ont-ils expliqué.

    Pour "capitaliser" sur le boom des usages numériques pendant la crise sanitaire du Covid-19 et s'aligner sur les objectifs du Ségur de la santé et la feuille de route numérique de la loi "Ma santé 2022", les participants du think tank entendent désormais ouvrir "un dialogue constructif et concret" avec les autorités publiques, ont-ils fait savoir.

    Wassinia Zirar
    Wassinia.Zirar@apmnews.com

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