L’actualité numérique des industries de santé

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    La Cnil n'exclut pas la transmission de données de santé détaillées aux complémentaires santé

    PARIS (TICpharma) - La Commission nationale de l'informatique et des libertés (Cnil) n'exclut pas la transmission aux complémentaires santé de données de santé détaillées par l'assurance maladie, dans un courrier préalable à l'adoption d'un avis adressé au directeur général de la Caisse nationale de l'assurance maladie (Cnam), daté de fin avril, et publié le 20 mai par l'Ouïe magazine.

    La Fédération nationale de la Mutualité française (FNMF) avait indiqué à APMnews (site du groupe APM International dont fait partie TICpharma), début mars, qu'une question concernant la transmission des données aux organismes complémentaires d'assurance maladie (Ocam) avait été posée par la Cnam à la Cnil dans le cadre de la réforme du 100% santé.

    La réforme du 100% santé (ex-"reste à charge zéro" - RAC 0), vise à proposer aux assurés, pour les audioprothèses, les prothèses dentaires et l'optique, des paniers de soins sans reste à charge, après remboursements de l'assurance maladie obligatoire et des complémentaires santé, rappelle-t-on.

    Dans un courrier du 20 avril mis en ligne par l'Ouïe magazine (que la Cnam et la Cnil, sollicitées jeudi, n'ont pas souhaité transmettre à APMnews), la Cnil précise que la question porte sur la "compatibilité de la transmission par la Cnam, dans le cadre de la mise en oeuvre de la réforme du '100% santé', des codes affinés [et non plus uniquement des codes de regroupement, NDLR] aux organismes complémentaires avec les dispositions de la réglementation sur la protection des données à caractère personnel".

    Elle évoque "le principe de minimisation des données", posé par le règlement général de la protection des données (RGPD), selon lequel les données à caractère personnel transmises doivent être adéquates, pertinentes et limitées à ce qui est nécessaire au regard des finalités pour lesquelles elles sont traitées. Selon la Cnil, ce principe "doit s'appliquer de manière stricte pour identifier la granularité des données de santé à caractère personnel susceptibles d’être transmises" aux Ocam.

    Actuellement, les complémentaires n'ont qu'un accès limité aux données de remboursement des assurés. Ainsi, alors que la classification commune des actes médicaux (CCAM) technique comporte près de 8.000 actes, les complémentaires n'ont accès qu'à six codes de regroupement. Elle avait toutefois obtenu en 2013 16 codes de regroupement pour la CCAM bucco-dentaire.

    La question est donc de savoir si les codes détaillés ou "affinés", auxquels les Ocam n'ont aujourd'hui pas accès, sont "strictement nécessaires" à l'exercice de leur mission. La commission distingue deux situations.

    La question du 100% santé a priori réglée

    S'agissant du panier 100% santé, la Cnil estime que "sous réserve des quelques ajustements nécessaires auxquels la Cnam a indiqué pouvoir rapidement procéder pour l’audiologie (création prochaine de deux codes de regroupement supplémentaires), l’application de ce principe amène à considérer, au vu des éléments transmis, que la transmission des codes regroupés semble suffisante pour permettre aux Ocam de liquider les dépenses de santé".

    En dehors du 100% santé, la mise en oeuvre du principe de minimisation des données implique de "réfléchir, au cas par cas, à l’étendue des données à transmettre aux fins de prise en charge des frais de santé, en prenant en compte les clauses contractuelles 'fines' qui pourraient être inscrites au contrat de chacun des assurés" et de "s’interroger sur le bien-fondé d’un dispositif qui conduirait à transmettre de manière systématique certaines données de santé à caractère personnel aux Ocam (notamment des codes affinés, prescriptions médicales, devis, etc.)", souligne la Cnil.

    Dans une telle hypothèse, il faudrait alors réfléchir aux garanties de protection des droits et libertés des assurés, et examiner "en partenariat avec le ministère des solidarités et de la santé et les Ocam, […] l’opportunité de maintenir l’actuelle demande des Ocam d’obtenir des pièces complémentaires au titre de l’exécution des garanties contractuelles".

    La Cnil appelle à réfléchir à "la sécurisation de l’échange des données de santé nécessaires à la mise en oeuvre de la réforme du '100% santé'", à réaliser "un travail sur les codes affinés qui seraient trop signifiants en ce qu’ils pourraient révéler une pathologie qui n’est pas en lien direct avec la prise en charge en optique, audiologie ou dentaire" ou encore à encadrer strictement les "finalités de l’utilisation des codes affinés par les Ocam". "Cet encadrement pourrait prendre la forme d’un référentiel, d’un guide, d’un code de conduite, etc.", précise la Cnil.

    Elle préconise enfin de réfléchir à restreindre la durée de conservation des données, à limiter leur accès aux seules personnes en charge de la liquidation des prestations et organiser des procédures d'audit.

    Deux solutions peu satisfaisantes

    La Cnil esquisse deux solutions: une transmission des données de santé "directement par l'assuré", avec son consentement "libre, spécifique, éclairé et univoque", ou une transmission des codes affinés par la Cnam elle-même.

    Dans le premier cas, la Cnil observe que le consentement de l'assuré paraît plus délicat à démontrer dans le cadre des contrats collectifs d'entreprise.

    Dans le second cas, la Cnil dégage deux options, aux conséquences "peu satisfaisantes".

    La première serait que "les codes affinés [soient] transmis par la Cnam aux Ocam, au cas par cas, en prenant en compte les clauses contractuelles inscrites au contrat de chacun des assurés", dans la limite des "informations strictement nécessaires" aux Ocam". La solution serait est toutefois "complexe à mettre en oeuvre d’un point de vue opérationnel" et "semble peu réalisable en pratique".

    La seconde serait que "les codes affinés [soient] transmis de manière systématique aux Ocam, sous réserve de strictes garanties permettant de n’exploiter et conserver effectivement, dans des conditions à garantir, que les codes nécessaires".

    Cette option se concilie difficilement avec le principe de minimisation car "elle présente l’inconvénient majeur de transmettre aux Ocam des données de santé qui pourraient, selon la nature des garanties prévues aux contrats, ne pas être strictement nécessaires à l’exécution de ces derniers", avertit la Cnil.

    Selon la commission, "quelle que soit l’option retenue, ces codes, compte tenu de la nature des informations qu’ils véhiculent et du contexte de leur collecte, sont protégés par le secret médical". Elle rappelle que "les dérogations à la règle du secret médical doivent être prévues par un texte de nature législative ou en être, selon la jurisprudence du Conseil d’Etat, la conséquence nécessaire".

    La commission avance que les dispositions du décret du 3 avril 2015 autorisant les traitements de données à caractère personnel par les organismes gestionnaires des régimes obligatoires de base de l’assurance maladie "pourraient" fournir "un fondement juridique à la transmission des codes affinés aux Ocam", dans la mesure où elles "semblent constituer le cadre normatif de la transmission aux Ocam des codes regroupés."

    En conclusion, la commission considère que le cadre juridique applicable à la transmission des données de santé à caractère personnel aux Ocam devrait être clarifié, voire consolidé".

    La Mutualité française surprise

    Dans un communiqué diffusé le 26 mai, Albert Lautman, directeur général de la Mutualité Française, avance que "les données techniques détaillées sont indispensables aux mutuelles pour permettre un remboursement à leurs adhérents conforme aux règles du 100% santé (respect des prix limites de vente notamment) et pour appliquer les garanties des contrats d’assurance santé souscrites".

    "Ces données sont également nécessaires pour éviter les erreurs, les abus ou les fraudes", a-t-elle plaidé.

    Pour la FNMF, "si la Cnam ne pouvait pas transmettre les données techniques détaillées aux organismes complémentaires, les mutuelles pourraient être contraintes, à terme, de demander systématiquement elles-mêmes ces informations directement à leurs adhérents". Cela aurait, selon la Mutualité française, "pour conséquence un alourdissement des démarches pour les adhérents comme pour les mutuelles".

    Les complémentaires santé militent de longue date pour obtenir des données de remboursement plus précises sur leurs assurés. Sur la base d'un rapport de Christian Babusiaux, elles avaient obtenu en 2007 de pouvoir expérimenter un accès à des jeux de données anonymisées, généralisé par la suite dans le cadre de l'institut national des données de santé (INDS, désormais Health Data Hub).

    Aurelie Franc
    Vincent Granier

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