L’actualité numérique des industries de santé

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    Comment l'épidémie de Covid-19 a accéléré l'utilisation du cloud dans les entreprises de santé (Cedhys)

    PARIS (TICpharma) - Pierre-Yves Colin, président du Centre d'études dans les domaines de l'hygiène et de la santé (Cedhys), qui rassemble des directeurs informatiques du secteur de la santé, et DSI de Carmat, détaille dans un entretien à TICpharma les adaptations apportées par les équipes IT des entreprises de santé dans le contexte de crise sanitaire et remarque "l'effet d'accélérateur sur le cloud" induit.

    TICpharma.com: De façon générale, la crise sanitaire actuelle a-t-elle accéléré la transformation numérique des laboratoires pharmaceutiques?

    Pierre-Yves Colin: Je peux difficilement répondre "non". La crise actuelle s'avère être un formidable accélérateur pour la transformation numérique, et plus particulièrement de la mise en œuvre d’outils de travail, de communication et de partage en mobilité. La plupart des entreprises, si elles n’avaient pas encore les outils adaptés, ont dû se résoudre à les mettre en place dans la précipitation afin de poursuivre leur activité. Il ne fait pas de doute que lorsque cette crise sera terminée, les entreprises qui n’étaient pas prêtes prendront les dispositions nécessaires pour parer à toute nouvelle situation de ce genre.

    Pierre-Yves Colin, président du Cedhys

    Dans les entreprises pharmaceutiques, sur le plan de la mobilité, nous étions déjà bien équipés au niveau hardware (matériel informatique) mais aussi au niveau de l'accès aux logiciels à distance depuis plusieurs années. Cette crise nous a surtout permis de mesurer les avantages du cloud (informatique en nuage) en matière de réactivité et de flexibilité. De manière générale, cette crise va considérablement modifier l’organisation du travail dans la société et les entreprises qui n’avaient pas encore recours au télétravail seront désormais contraintes de le faire, ne serait-ce que pour conserver leurs talents.

    La situation actuelle n'est pas qu'un accélérateur de la transformation numérique, c'est un accélérateur de l'utilisation cloud en entreprise grâce aux avantages qu'il présente et à la possibilité d'activer des solutions à distance. Par exemple, si une entreprise de la pharma dispose d'infrastructures informatiques hébergées dans le cloud, les collaborateurs peuvent y accéder de manière virtualisée et sans mobiliser de ressources humaines.

    Comment s’organisent les DSI des laboratoires en cette période de confinement?

    P.-Y.C.: Pour les DSI de laboratoires, la situation actuelle ne présente pas beaucoup de changements: notre activité est plus forte, nous assistons nos utilisateurs et clients à distance mais nous travaillions déjà toute la journée devant des écrans. Il a fallu veiller à équiper tous nos collaborateurs pour qu'ils soient prêts à travailler à distance (avec des PC portables, des tablettes, de grands écrans, etc.) et tous mes collègues du Cedhys l'ont fait.

    Pour la maintenance de nos outils, c'est là que le cloud est intéressant: nous prenons tout en main à distance, mes collègues administrateurs de solutions travaillent chez eux sans être pénalisés par la situation. En cas de problème technique, nous programmons une visite avec une liste de tâches précises à effectuer mais seules les équipes d'exploitation peuvent être amenées à interagir physiquement avec la machine.

    Chez Carmat, à compter de la date de début du confinement nous avons dû gérer un afflux massif de connexions externes à nos serveurs et avons eu quelques difficultés dans les premiers jours, notamment liées à un bug éditeur sur notre solution VPN (virtual private network ou réseau virtuel privé, ndlr), mais qui a heureusement pu être solutionné en 72 heures.

    Quelles sont les interventions les plus courantes que vous avez à effectuer auprès de vos collaborateurs? Quel type d’assistance leur apportez-vous au quotidien?

    P.-Y.C.: Du jour au lendemain, la plupart de nos salariés ont été contraints de se connecter à distance et d’utiliser des outils de collaboration qu’ils ne maîtrisent pas toujours.

    Nous sommes aujourd'hui davantage sollicités pour du support à distance et pour accompagner nos collègues -qui sont tous en télétravail, sauf dans les usines de production- dans la sécurisation de leur connexion avec des VPN, par exemple, même si parfois nous nous retrouvons à gérer leurs problèmes de box internet et de wifi.

    La charge de travail a considérablement augmenté de notre côté: nous constatons +30% d'appels directement liés à des problèmes informatiques ou à des soucis de gestion d'outils collaboratifs (espaces de travail collaboratifs, outils de communication,...) que nos collaborateurs n'étaient pas habitués à utiliser.

    C’est d’autant plus vrai chez Carmat où nous avions lancé début 2020 un projet de migration vers Office365 (Microsoft) qui devait démarrer début avril. Les circonstances nous ont poussés à retarder légèrement ce projet -principalement pour avoir le temps d’organiser des formations à distance- mais nous avons décidé de maintenir un démarrage rapide pour permettre à nos équipes de gagner en efficacité dans cette période de confinement. De fait, nous avons pu aller au bout de ce projet et celui-ci s’avère être un succès, et la situation y a sans doute largement contribué.

    Qu’avez-vous mis en œuvre pour sécuriser vos systèmes d'information (SI) dans cette période particulière? Sont-ils plus sollicités qu'à l'ordinaire?

    P.-Y.C.: Nos SI ne sont pas plus sollicités qu'avant mais nous y accédons de manière différente. Nous passons par internet, par l'extérieur et non plus depuis des réseaux locaux, et il nous faut donc des liens sécurisés. Nous sommes dans un secteur qui, d’un point de vue sécurité informatique, est déjà assez mature, même si chaque société positionne le curseur à un niveau différent.

    Pour des raisons de protection et règlementaires, toutes les sociétés de notre secteur ont déjà implémenté des systèmes d’authentification plus ou moins forte, des VPN pour accéder aux données et/ou recourent à des solutions d’échange de données sécurisées. On remarque cependant que la crise actuelle a précipité les réflexions de certains de nos membres concernant la mise en œuvre de solutions de signature électronique.

    Quels enseignements pouvez-vous déjà tirer de la situation dans vos métiers informatiques? Quels axes d’amélioration avez-vous pu dégager?

    P.-Y.C.: Pour affronter une telle crise, si la DSI n'a pas déjà choisi de travailler sur le cloud -au niveau de ses infrastructures et de ses applicatifs-, tout est beaucoup plus compliqué. L'avantage du cloud, c'est la transparence qu'il offre et dans un contexte de télétravail, tout est rendu plus facile. Je pense que même les entreprises qui y étaient fermées y verront un intérêt.

    La période actuelle remettra aussi au centre des préoccupations la question des moyens informatiques dans nos sociétés. Dans l'industrie pharmaceutique, l'informatique n'apparaît pas comme stratégique et, comme partout, les investissements qui lui sont accordés doivent s’intégrer dans la stratégie globale d’investissement de l’entreprise, et font donc souvent l’objet d’arbitrage au profit d’autres postes d’investissement plus proches du produit ou des clients.

    Il est probable que les arbitrages budgétaires dans les années à venir profiteront davantage à l'informatique et à tout ce qui favorisera le travail en mobilité, la communication et le partage au sein de l’entreprise. Il est donc probable que cette crise modifie considérablement les méthodes et manières de travailler et qu'elle mette davantage en avant la notion de réseau de personnes et d’outils numériques, au dépend de celle d’organisations physiques, hiérarchiques ou géographiques.

    Wassinia Zirar
    Wassinia.Zirar@apmnews.com

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