L’actualité numérique des industries de santé

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    Covid-19: les données de traçage au secours de la lutte contre l'épidémie

    PARIS (TICpharma) - Alors que le gouvernement travaille à une application de traçage par Bluetooth qui permettrait de "limiter la diffusion du virus en identifiant des chaînes de transmission", les initiatives des entreprises pour mettre les données de leurs utilisateurs à disposition des institutions de recherche publique se multiplient.

    L'application du gouvernement, baptisée StopCovid, permettrait "de prévenir les personnes qui ont été en contact avec un malade testé positif afin de pouvoir se faire tester soi-même, et si besoin d’être pris en charge très tôt, ou bien de se confiner", ont annoncé le ministre des solidarités et de la santé, Olivier Véran, et le secrétaire d'Etat au numérique, Cédric O, dans un entretien publié le 8 avril par Le Monde.

    "L’application est installée volontairement; lorsque deux personnes se croisent pendant une certaine durée, et à une distance rapprochée, le téléphone portable de l’un enregistre les références de l’autre dans son historique. Si un cas positif se déclare, ceux qui auront été en contact avec cette personne sont prévenus de manière automatique", a-t-il complété.

    StopCovid ne communiquera pas d'informations personnelles sur les cas positifs croisés. Elle "vous informera simplement que vous avez été dans les jours précédents en contact avec quelqu’un identifié positif". Elle reposera sur le Bluetooth et le secrétaire d'Etat au numérique a exclu le recours à d'autres technologies comme le GPS.

    Cette méthode de suivi de l'épidémie, appelée contact tracing, est notamment utilisée à Singapour. Le 23 mars, le gouvernement singapourien a rendu accessible à tous le code de son application, appelée TraceTogether, afin d'aider à la lutte contre la pandémie.

    Pas d'échéance pour la disponibilité de l'application

    Une task force française "composée de chercheurs et développeurs du public et du privé", pilotée par l'Institut national de recherche en sciences et technologies du numérique (Inria) et placée sous la supervision du gouvernement, "est au travail depuis plusieurs jours".

    Le Bluetooth est également "au centre d’un projet européen mené à la fois par l’Allemagne, la France et la Suisse", a indiqué Cédric O au Monde, sans préciser la nature de ce projet européen ni comment il s'articule avec StopCovid.

    Les deux ministres n'ont pas mentionné de date de disponibilité de l'application, ne sachant pas "s’il nous faudra trois ou six semaines pour le développer". "Nous ne sommes pas certains de réussir à franchir toutes les barrières technologiques car le Bluetooth n’a pas été prévu pour mesurer des distances entre les personnes. Nous ne déciderons que plus tard de l’opportunité de déployer ou non une telle application", a expliqué le secrétaire d'Etat.

    A l'heure actuelle, "aucune décision n'est prise", a enchéri Olivier Véran. "Il faut être prêt à pouvoir faire bénéficier les Français [des moyens technologiques de lutte contre l'épidémie], si les scientifiques nous disent que cela peut nous aider à lutter contre la propagation de l’épidémie."

    "Il faut se garder du fantasme d’une application liberticide", a poursuivi Cédric O. "Les données seraient anonymes et effacées au bout d’une période donnée. Le code informatique sera public, 'auditable' par n’importe qui, et compatible avec d’autres pays. Nous veillons à associer étroitement la Cnil (Commission nationale de l’informatique et des libertés): la version finale de ce projet lui sera évidemment soumise", a-t-il assuré.

    Cette annonce faite au quotidien Le Monde intervient alors que plusieurs responsables gouvernementaux ont tenu des propos dissonants au sujet du traçage numérique après l'installation du Comité analyse recherche et expertise (Care) le 24 mars. Le premier ministre, Edouard Philippe, a laissé ouverte l'hypothèse d'un engagement volontaire des personnes concernées le 1er avril, rappelle-t-on.

    Le Comité consultatif national d'éthique (CCNE) a recensé le 7 avril de nombreux "points d'alerte sur les enjeux d'éthique du numérique en situation de crise sanitaire aiguë", en particulier concernant le suivi numérique de l'épidémie.

    "Les technologies numériques concourent aux objectifs de santé publique et à la gestion de la crise sanitaire", mais "la gestion de la crise se retrouve en tension avec le respect des libertés fondamentales", a-t-il constaté dans un bulletin de veille.

    Facebook fournit des données à des instituts de recherche français

    En parallèle aux initiatives gouvernementale, le géant du numérique Facebook a annoncé le 6 avril la mise à disposition de l'université PSL (Paris sciences et lettres) et de ses partenaires, le CNRS, l'Inserm et l'Inria, des outils basés sur les données de ses utilisateurs "afin de contribuer aux efforts sanitaires".

    Les partenaires de recherche travaillent "sur différentes actions, notamment des modèles de stratégies de déconfinement pour aider à la prise de décisions publiques sur cette question", a-t-il indiqué sans plus de précisions. "Ce partenariat repose sur le partage d’ensembles de données anonymisées et agrégées dans un cadre garantissant la protection de la vie privée des utilisateurs", a-t-il ajouté.

    Les données sont disponibles via le programme "Data for Good" de Facebook, créé en 2017 pour structurer l'accès des organisations humanitaires aux données du réseau.

    "Data for Good" fournit depuis début mars "des cartes sur les mouvements de population que les chercheurs et les organisations à but non lucratif utilisent déjà pour comprendre la crise du coronavirus" à des organisations à but non lucratif et des institutions de recherche, telles que la Harvard School of Public Health, l’université nationale TsingHua à Taïwan, l’université de Pavie en Italie, la Fondation Bill et Melinda Gates et la Banque mondiale.

    Ces institutions ont créé le Covid-19 Mobility Data Network, "une coalition mondiale visant à fournir des informations en temps réel à partir des outils Data for Good de Facebook" qui "soutient déjà activement la réponse dans le monde entier", a vanté le réseau social.

    Facebook a également annoncé le 6 avril fournir aux chercheurs "trois nouveaux types de cartes de prévention des maladies pour aider à éclairer les efforts de prévision des maladies et les mesures de protection":

    • des "cartes de regroupement" ("co-location maps"), qui "révèlent la probabilité que des personnes d’une région entrent en contact avec des personnes d’une autre région, ce qui permet de mettre en lumière les endroits où des cas de Covid-19 peuvent apparaître ensuite"
    • des "tendances en matière d’amplitude de mouvement" qui montrent "si les gens restent près de chez eux ou s’ils visitent de nombreux quartiers de la ville"
    • un "indice de connectivité sociale" ("social connectedness index"), qui "montre les liens d’amitié [sur le réseau social, ndlr] entre les États et les pays, ce qui peut aider les épidémiologistes à prévoir la probabilité de propagation de la maladie, ainsi que les zones les plus touchées par le Covid-19 qui pourraient demander de l’aide."

    Concernant la protection des données personnelles des utilisateurs, Facebook a assuré "prendre des mesures supplémentaires pour masquer l’identité des personnes". "Nos ensembles de données peuvent afficher des informations au niveau d’une ville ou d’un comté, et non les caractéristiques des individus."

    Selon le média spécialisé Journal du Net, Facebook comptait 2,5 milliards d'utilisateurs actifs chaque mois dans le monde, et 37 millions en France, à la fin de l'année 2019.

    Les opérateurs téléphoniques prennent leur part

    Les opérateurs téléphoniques Orange et SFR ont eux aussi mis à disposition de l'Inserm et de l'Inria, dans deux programmes de recherche distincts, des données agrégées de déplacements des populations afin de lutter contre l'épidémie.

    L'Inserm et Orange ont annoncé le 27 mars une collaboration pour "étudier la diffusion du coronavirus et l'impact du confinement en exploitant des données agrégées issues des téléphones portables". Cette étude s’appuiera des données de mobilité anonymisées fournies par l’opérateur.

    "Nous allons analyser des données quantitatives anonymisées qui rendent compte de la mobilité entre zones géographiques grâce à la localisation des antennes relais qui gèrent le signal de communication (appel, texte), qui font état du nombre de déplacements effectués d’un canton à l’autre en France", a déclaré le chercheur et membre du projet, Eugenio Valdano, dans un communiqué de l'Inserm.

    Les chercheurs "pourront néanmoins avoir accès à ces données regroupées par tranche d’âge, ce qui leur permettra d’avoir une idée un peu plus précise du profil démographique des personnes à l’origine des déplacements d’une zone géographique à l’autre", a indiqué l'institut.

    Ces données doivent être utilisée de deux manières. Dans un premier temps, les chercheurs "vont analyser la mobilité avant et après le confinement", en "s'intéressant notamment aux changements spontanés dans la mobilité des personnes, apparus avant même la mise en place du confinement" afin "de mieux appréhender comment les personnes changent elles-mêmes leurs comportements en réponse à une épidémie".

    Par ailleurs, "l’étude des données de mobilité enregistrées suite au confinement permettra de mieux comprendre l’impact de celui-ci sur l’évolution de la pandémie, et d’évaluer la manière dont il est respecté par la population", a souligné l'Inserm.

    Dans un second temps, "les données seront aussi intégrées dans des modèles de diffusion de la pandémie développés par l’équipe, afin de mieux prévoir la propagation du virus en tenant compte de la mobilité des personnes mais aussi d’identifier les régions à risque de devenir un foyer épidémique et de modéliser l’impact sur le système sanitaire". "Il ne s’agira en aucun cas d’étudier les données personnelles de chaque individu ou de retracer les déplacements au niveau individuel", a assuré l'institut de recherche.

    SFR a pour sa part mis à disposition de l'Inria et de l'Assistance publique-hôpitaux de Paris (AP-HP) "des données de flux de déplacements de la population" pour leur permettre "d'affiner leurs modèles de prévision" de l'épidémie, a-t-il fait savoir le 3 avril. L'objectif de l'Inria et de l'AP-HP est d'améliorer "leurs modèles de prévision de charge attendue sur les hôpitaux de Paris, ainsi que sur l’ensemble du territoire français", a-t-il expliqué.

    L'opérateur a fourni "plusieurs jeux de données permettant de mesurer et de représenter les déplacements entre l’Ile-de-France et les autres régions françaises sur le mois de mars" et va continuer de fournir des données "pour une représentation plus précise à l’échelle du territoire et étendre les périodes d’observation".

    Ces données "sont des indicateurs statistiques agrégés et donc 'anonymisés'" qui ne doivent permettre "en aucune façon de localiser des individus mais de connaître le nombre de personnes qui se sont déplacées sur le territoire français, entre deux zones observées et à une date donnée", a-t-il ajouté.

    Une "boîte à outils" européenne

    La Commission européenne a quant à elle adopté le 8 avril une recommandation incitant les ministres chargés de la santé des Etats-membres à se coordonner et à se réunir afin d'établir un cadre de traçage commun et respectant la réglementation européenne, en particulier concernant le respect de la vie privée.

    Une "boite à outils" définissant des standards techniques communs doit être publiée le 15 avril.

    Par ailleurs, huit opérateurs téléphoniques, dont Orange, ont accepté de partager les données de géolocalisation issues des téléphones portables des utilisateurs de leurs réseaux avec la Commission européenne afin "d’analyser la densité de population dans le temps pour voir le lien entre les mesures de confinement et la propagation du virus, avec comme objectif clair d’anticiper les pics de contamination".

    Le Comité européen de protection des données (CEPD) a indiqué que la réglementation européenne de protection des données "est suffisamment flexible pour autoriser différentes mesures de lutte contre les épidémies" dans un courrier adressé à la Commission et publié sur son site.

    Il recommande toutefois d'anonymiser et d'agréger les données, d'en "limiter l'accès aux données aux experts autorisés en épidémiologie spatiale, protection des données et science des données" et d'en prévoir la suppression dès la fin de l'épidémie.

    Les autres opérateurs téléphoniques ayant accepté de fournir leurs données sont Vodafone, Deutsche Telekom, Telefonica, Telecom Italia, Telenor, Telia, et A1 Telekom Austria.

    Léo Caravagna
    leo.caravagna@apmnews.com

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