L’actualité numérique des industries de santé

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    Innovations

    Promesses et réalité d'usage de la blockchain dans le secteur de la santé

    PARIS (TICpharma) - La technologie blockchain attise la curiosité des acteurs de santé pour ses apports en termes de sécurisation et de traçabilité des échanges de données. Si les cas concrets d'usage restent rares, les projets se multiplient en France et en Europe, a expliqué à TICpharma David Manset, animateur d'un groupe de travail sur le sujet au sein du think tank Healthcare Data Institute (HDI).

    "Une astuce cryptographique qui assure la traçabilité et la sécurité des échanges entre une chaîne de partenaires qui ne se font pas forcément confiance mais doivent partager de l'information pour créer de la valeur".

    Cette définition de la blockchain donnée par David Manset, CEO de la société Gnùbila spécialisée dans l'édition de logiciels pour la protection des données sensibles, en dit beaucoup sur le potentiel emploi de cette technologie dans le domaine de la santé.

    Parmi les "partenaires qui ne se font pas forcément confiance", les hôpitaux et centres de recherches, les patients, les laboratoires pharmaceutiques et plus largement tout industriel de la santé. L'information à partager, c'est la donnée de santé (dossiers médicaux, imagerie, données de vie réelle) et, du fait de sa sensibilité, la "sécurité" et la "traçabilité" permises par la blockchain sont d'un intérêt évident.

    "Il y a une curiosité forte, notamment de l'industrie pharmaceutique, vis-à-vis de cette technologie", a confirmé à TICpharma David Manset. C'est la raison pour laquelle le think tank HDI a monté à l'été 2016 un groupe de travail sur le sujet.

    On y retrouve des représentants de laboratoires pharmaceutiques (Ipsen, MSD, Sanofi), des entreprises IT (Intel, Quantmetry, Orange Healthcare) et des professionnels d'établissements de santé comme Mehdi Benchoufi, chef de clinique au département d'épidémiologie de l'Assistance publique-hôpitaux de Paris
    (AP-HP).

    "La première étape de notre travail a été de défricher la définition de la blockchain pour clarifier ce qu'elle recouvre avant de réfléchir aux usages", a expliqué David Manset.

    Rendue populaire en 2008 avec le développement du Bitcoin, monnaie virtuelle que la blockchain permet d'échanger en toute transparence, cette technologie consiste à inscrire dans une chaîne de blocs informatiques toute transaction d'un objet numérique.

    Décentralisation du tiers de confiance

    Lorsque deux entités A et B souhaitent échanger un objet, par exemple une donnée de santé, ils vont "signer" cet objet de leur identité numérique. Afin d'être enregistrée, la transaction doit être approuvée par les "nœuds" du réseau blockchain, à savoir des ordinateurs qui vont résoudre des problèmes cryptographiques afin d'approuver la transaction et la stocker au sein d'une chaîne de blocs, comparable à un gigantesque registre informatique public et transparent.

    "La décentralisation du tiers de confiance est l'un des apports les plus prometteurs de la blockchain", a estimé David Manset. "Il n'y a plus besoin d'une autorité centrale qui valide les transactions. Tout est automatisé, informatisé et approuvé par un ensemble de tiers de confiance délégués".

    L'utilisation de la blockchain en santé connaît encore des limites. Si elle fournit un moyen de gérer de façon transparente une transaction entre deux comptes, "elle ne permet pas d'authentifier ces comptes grâce à une identité électronique reconnue juridiquement au niveau européen", a noté le CEO de Gnùbila, précisant qu'elle devait pour cela être raccordée à un dispositif d'authentification comme la carte de professionnels de santé (CPS) ou la carte Vitale.

    Le rapport du groupe de travail du HDI, attendu pour le début 2017, s'attachera à présenter l'applicabilité règlementaire de la blockchain en santé, et formulera des recommandations aux industriels pour en développer des cas d'usage. "Il se présentera comme un document de guidage en amont des projets à destination des industriels et des acteurs de santé", a expliqué David Manset.

    Projet européen "My Health My data"

    Plusieurs membres du groupe monté au sein du HDI expérimentent déjà la blockchain. "Des expériences se développent sur l'utilisation de la sidechain, un espace rattaché à la blockchain où l'on peut stocker des informations supplémentaires, comme des commentaires sur une transaction", a indiqué David Manset. "Certains l'utilisent pour référencer les données de recherche utilisées dans des expérimentations scientifiques et en garantir la reproductibilité", a-t-il illustré.

    Signe d'un intérêt grandissant, un projet européen intitulé "My Health, My Data" (MHMD) a été lancé en novembre par un consortium réunissant 16 partenaires dont Siemens Healthcare, trois hôpitaux et plusieurs PME européennes du domaine de l'IT.

    Son objectif est de construire une plateforme d'échanges de données médicales dont les échanges seraient tracés et sécurisés grâce à la blockchain. Un moyen de faciliter la collecte de données pour la recherche clinique et de valoriser les données rétrospectives dormantes dans les établissements de santé.

    Doté de 3,5 millions d'euros de subventions dans le cadre du programme Horizon 2020 de la Commission européenne, le projet MHMD présentera une première preuve de concept (proof of concept, POC) fin 2017.

    Développement "à horizon de 10 ans"

    Les réflexions du régulateur et des producteurs de normes internationales avancent en parallèle. En mai 2016, le Parlement européen a validé la création d'un groupe de travail chargé de surveiller l'évolution de la blockchain et de réfléchir à son encadrement légal.

    A Paris, l'Association française de normalisation (Afnor) a lancé cette année sa première commission nationale de normalisation de la blockchain afin de réfléchir à la création de standards assurant l'interopérabilité entre différentes chaînes de blocs.

    Pour David Manset, le développement de cette technologie dans le secteur de la santé se fera "à horizon de 10 ans". "D'ici à 5 ans, tous les acteurs de moyenne et grande taille aujourd'hui engagés dans leur transformation digitale seront correctement équipés d'outil de big data pour valoriser leurs données. La prochaine étape sera l'échange de cette valeur et c'est là que la blockchain apportera des réponses", a-t-il anticipé.

    Raphael Moreaux
    raphael.moreaux@apmnews.com

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