L’actualité numérique des industries de santé

    L’actualité numérique des industries de santé

    Acteurs

    Rémy Choquet (Roche): "Il faut investir sur des 'niches' où les données sont très rares"

    PARIS (TICpharma) - Rémy Choquet, directeur du centre de données médicales de Roche, a détaillé dans un entretien accordé à TICpharma les enjeux et les défis liés au traitement des informations médicales, pointant la nécessité d'investir "sur des 'niches' où les données sont très rares", comme l'oncologie.

    TICpharma: Que fait le centre de données médicales de Roche ?

    Rémy Choquet: Le centre de données médicales génère des données de preuve (evidence generation en anglais) de l'efficacité des traitements après la phase III des essais cliniques et surveille leur efficacité en vie réelle. A terme, il pourra identifier des sous-populations de patients qui répondent mieux aux traitements, tenter d'identifier chez eux des biomarqueurs puis créer des tests génétiques. On pourra inventer le test génétique de demain et identifier si un patient atteint d'un cancer du poumon qui a la bonne mutation sera plus réceptif à un traitement qui aura peut-être plus de chances de marcher que si on passait directement à une immunothérapie. Il fait aussi de la pharmacovigilance, notamment pour les autorisations temporaires d'utilisation (ATU), et des études environnementales. On en fait de plus en plus en parallèle des études en vie réelle. Elles permettent de mieux comprendre comment les prises en charge vont être impactées par l'introduction d'un nouveau médicament et de faire des projections médico-économiques.

    Rémy Choquet, directeur du centre des données médicales de Roche

    Quels sont les enjeux actuels pour le centre ?

    R.C.: Une priorité est de s'assurer que, dans certains domaines thérapeutiques comme l'oncologie, où des traitements vont arriver dans les prochaines années, on peut générer de la donnée à moindre coût et capitaliser tous ensemble sur cette donnée. Aujourd'hui, on estime entre 2.000 et 6.000 euros le coût pour générer et rendre exploitable la donnée par patient. Il faut investir sur des "niches" comme l'oncologie où les données sont très rares, et les partager. Une fois que la donnée est générée, elle doit pouvoir être réutilisée un maximum de fois.

    Aux journées de la recherche cliniques de l'Association française des sociétés de recherche clinique sous contrat (Afcros) le 30 janvier, vous avez participé à un atelier dont le thème était "Data science, machine learning, intelligence artificielle... Jarvis est encore loin, mais les briques sont là !" Quel était le message que vous vouliez faire passer ?

    R.C.: Aujourd'hui, beaucoup de nouvelles sources de données sont disponibles, les entrepôts de données de santé (EDS) des hôpitaux d'un côté et le système national des données de santé (SNDS) de l'autre. C'est une bonne évolution, on peut faire des choses qu'on ne pouvait pas faire hier, mais l'accès aux données ne suffit pas. Il faut pouvoir les traiter et les interpréter. J'ai également mentionné différents dispositifs mis en place grâce au machine learning: la détection de cancers, l'identification de marqueurs… Des outils qu'on peut développer en France aujourd'hui.

    Quelles sont vos attentes vis-à-vis du Health Data Hub ?

    R.C.: Le Health Data Hub est un bel outil qui permettra de faire plus facilement une partie de la science de demain et de fédérer les acteurs de la santé, de leur faire comprendre que l'enjeu n'est pas seulement d'avoir des données mais de les exploiter. Le hub était nécessaire, non pas pour remplacer tout ce qui est fait aujourd'hui, mais pour faciliter, accélérer un certain nombre de sujets qui étaient traités de manière disparate, comme l'information des patients en cas de réutilisation de données dans le cadre du RGPD [Règlement général européen relatif à la protection des données personnelles, ndlr]. Il devra faciliter l'interconnexion de bases de données complémentaires, constituées pour des objectifs qui ne sont a priori pas connectés, et permettre de les réunir pour de nouvelles recherches, sous de nouvelles finalités, tout en restant dans le cadre du RGPD. Enfin, l'accès aux données est un sujet d'attractivité économique et de recherche de la France. Quand on veut fabriquer un algorithme, il est compliqué d'aller chercher les données. Les start-up et les entreprises françaises vont chercher les données dans d'autres pays. Un grand groupe comme Roche choisit où investir du temps et de l'argent en fonction de sa capacité d'accès à des données et à mettre en place des projets de recherche pour générer de nouvelles connaissances.

    Travaillez-vous avec les entrepôts de données de santé hospitaliers ?

    R.C.: Les hôpitaux ont besoin de travailler sur leurs données pour comprendre comment ils prodiguent des soins, soigner différemment voire améliorer la qualité des soins. Ils créent des entrepôts qui coûtent très cher, mais les laboratoires pharmaceutiques les utilisent très peu car nous n'avons n'a pas les interfaces humaines ou contractuelles avec les hôpitaux. Or il est compliqué pour nous d'avoir des données sur un type de cancer précis qui touche 300 patients par an quand les données sont disséminées dans 150 établissements. Il est parfois plus rapide de faire une étude cohorte ou registre. Un autre enjeu du Health Data Hub est donc de permettre un accès plus rapide à des données plus précises pour certaines pathologies. Il y a une opportunité avec les EDS, qui pourraient servir différemment. Entre les deux grands projets actuels que sont le Health Data Hub d'un côté et les EDS de l'autre, il faut arriver à travailler ensemble et se dire qu'il n'y a pas que la recherche académique. La recherche industrielle est là aussi.

    En 2019, Roche a mis fin au développement de Zemy, un "compagnon digital" pour le suivi personnalisé et à distance des patients traités pour un cancer du sein, en partenariat avec l'éditeur Voluntis. Pourquoi avoir arrêté ce projet ?

    R.C.: Roche n'a pas arrêté le développement de ce projet parce qu'il n'était pas efficace. Quand on introduit une solution digitale classée dispositif médical, il faut prouver son efficacité, avoir un business model pour la mettre sur le marché et poursuivre son développement, et s'assurer que l'organisation médicale du système de santé est capable de recevoir cette innovation. On a travaillé 4 ans sur cette solution, et on s'est rendu compte qu'on pouvait répondre à la première question, mais les deux autres étaient plus compliquées. Il n'y avait pas de modèle économique ni de modèle organisationnel pour une solution digitale du côté du système de santé.

    Est-ce la fin des partenariats numériques pour Roche ?

    R.C.: Non ce n'est pas la fin. Un partenariat peut avoir beaucoup de valeur avec un éditeur qui a déjà pignon sur rue et qui sait comment il va s'insérer sur le marché. Il faut bien choisir les bons partenaires avec les bons véhicules. On maîtrise le métier du médicament. La mise en œuvre dans le monde réel d'une solution digitale n'est pas le même métier.

    Les laboratoires parlent beaucoup du numérique et des données, ils investissent dans ces domaines, mais pour quel modèle économique ?

    R.C.: Roche développe une approche transverse de la médecine personnalisée et participe au développement de nouveaux produits digitaux. Nous restons promoteurs de tout ce qui permet d'accélérer et d'améliorer la prise en charge. Nous n’avons pas toujours de business model en tant que tel, nous regardons d’abord ce qui peut être apporté au patient. Notre cœur d'activité reste le médicament, mais nous investissons dans le numérique et la donnée parce qu'il faut accompagner le système de santé dans sa transformation et que les données permettent de faire de la recherche et de mieux comprendre les maladies. Il faut qu'on puisse continuer de collaborer avec le système de santé pour qu'il puisse gagner en efficience et en rapidité de la prise en charge de certaines pathologies comme le cancer. Enfin, le centre des données médicales de Roche génère des données qui permettent de mieux comprendre l'épidémiologie des maladies, les prises en charges, et de mieux documenter en amont le patient, et parfois des données qui pourront aider à développer les biomarqueurs de demain.

    Léo Caravagna
    leo.caravagna@apmnews.com

    À suivre

    Epilepsie: l'enregistrement vidéo des crises sur smartphone utile pour améliorer la pose du diagnostic

    Acteurs

    Le cercle de réflexion de Pfizer signe cinq propositions sur l'e-santé

    PARIS (TICpharma) - Le Cercle P, cercle de réflexion créé par Pfizer en 2016, a présenté le 17 septembre un manifeste avec cinq propositions pour "apporter des solutions concrètes, réalistes et facilement applicables aux enjeux de l’e-santé et de la prise en charge du patient".

    0 797

    Acteurs

    Déficitaire en 2018, Voluntis croit aux "perspectives porteuses" des thérapies digitales

    PARIS (TICpharma) - Voluntis, société spécialisée dans le développement de solutions numériques pour l'accompagnement des traitements chroniques, a enregistré une perte nette de 15,9 millions d'euros en 2018 mais compte sur les "perspectives porteuses" des thérapies digitales pour redresser la barre en 2019, selon ses résultats annuels publiés le 21 mars.

    0 918

    Vos réactions

    Anti-spam : Veuillez saisir le résultat de ce calcul S.V.P
    2 + 6 =