L’actualité numérique des industries de santé

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    Innovations

    CES 2020: l'évaluation scientifique des innovations en santé reste la grande absente à Las Vegas

    PARIS (TICpharma) - Si l'e-santé s'est encore taillée la part du lion au Consumer Electronics Show (CES), qui s'est tenu la semaine dernière à Las Vegas, elle a souffert du manque d'évaluation clinique de ses innovations, ont déploré plusieurs experts du secteur auprès de TICpharma.

    Plus de 4.400 sociétés exposantes, 250 sessions de conférences, 170.000 visiteurs issus de 160 pays et 11 sites officiels étendus sur plus de 250.000 m2 d'exposition, le cru 2020 du CES n'a pas fait mentir sa réputation de grand-messe de la tech.

    Au travers de ses 36 catégories de produits, l'e-santé figurait, cette année encore, comme le deuxième secteur le plus représenté à Las Vegas, avec la "smart city" (ou ville intelligente).

    Pourtant, la question de l’évaluation scientifique des solutions exposées était, elle, rarement avancée. Expliquer les approches développées pendant la construction d'un outil numérique est nécessaire pour démontrer sa fiabilité scientifique et clarifier son usage.

    Alors que les dispositifs médicaux -tels que définis par la Haute autorité de santé (HAS)- sont soumis à des prérequis et conditions encadrant leur mise sur le marché, les objets connectés de santé qui ne sont pas classés comme étant des dispositifs médicaux et, a fortiori, ceux présentés sur les étals du CES, ne sont contraints à aucune obligation d'évaluation, quand bien même l'innovation impacte la prise en charge thérapeutique des patients ou l'exercice des praticiens.

    La sleep tech (ou technologie du sommeil), tendance phare en e-santé pendant cette édition 2020 du CES, a particulièrement retenu l'attention du Pr Pierre Philip, praticien hospitalier et responsable d’unité à la clinique du sommeil du CHU de Bordeaux, présent à Las Vegas.

    "La question du sommeil intéresse beaucoup le consommateur mais il y a un fort besoin de validation scientifique des solutions. Si le marché et les consommateurs veulent des produits validés, l'évaluation scientifique sera réalisée par les fabricants, ce sont eux qui impulseront la dynamique", a-t-il expliqué.

    "Il faut rester vigilant, le CES peut être un miroir aux alouettes, certains produits 'validés', ne font pas non plus ce qu'ils prétendent. Beaucoup d'acteurs ont l'ambition de passer du bien-être à la santé mais le gap est énorme et la validation scientifique est indispensable. Le patient qui s'intéresse aux produits liés à la santé du sommeil se soucie du sujet du soin, il veut des réponses à un problème de santé", a détaillé le Pr Philip.

    Un point de vue partagé par Tristan Piron, chef de file du collectif "Smart santé" du village francophone à Las Vegas. "Le bien-être est très présent au CES mais si nous voulons parler d'innovations en santé: celles-ci doivent avoir été conçues en lien avec des professionnels de santé et être évaluées", a-t-il argué.

    "La nouvelle montre connectée de Withings propose de réaliser un électrocardiogramme (ECG) mais après, que fait-on de ces données? A qui les adresse-t-on? Les usages et la relation avec les professionnels de santé doivent être pensés dès la conception", a-t-il souligné.

    "Les outils numériques en santé doivent être des services rendus aux patients et leur permettre d'être mieux suivis par les professionnels de santé." "Dans la littérature scientifique américaine en 2017, on a dénombré 3.748 publications mais seulement 1,52% concernait des études scientifiques portant à la mise en œuvre des objets connectés de santé", a-t-il relevé.

    Un focus sur la régulation

    Le Digital Health Summit, cycle de conférences dédié à l'e-santé pendant le CES, n'a pas davantage fait de place à la question de l'évaluation scientifique lors de ses échanges, préférant se concentrer sur les tendances de 2020: la sleep tech, la voice tech (ou technologie de la voix), les impacts de la 5G sur la santé connectée (très centrée sur les Etats-Unis où elle est déjà déployée) et la régulation des données de santé.

    Ce dernier point a occupé une grande place dans les débats et les industriels veulent en faire le point de départ de l'ère de la médecine dite des "4P" (prédictive, préventive, personnalisée, participative).

    Mais le développement de cette médecine ne sera rendu possible qu'après "le déverrouillage des données de santé" dans la décennie 2020, ont insisté les représentants de l'industrie présents à Las Vegas.

    Cette question, aussi centrale que polémique avec l’essor de l’intelligence artificielle (IA) et du big data, a également fait s'interroger Tristan Piron, qui a appelé à la retenue. "Quand les industriels demandent à libérer les données, il faut veiller à ce que cela se fasse dans le respect du règlement européen relatif à la protection des données personnelles (RGPD) et dans le sérieux scientifique qui incombe aux données de santé", a-t-il défendu.

    Intervenant justement lors du Digital Health Summit, Amy Abernethy, vice-commissaire à la Food and Drug Administration (FDA), a fait part des efforts que le gendarme américain des produits de santé compte engager en 2020 pour une meilleure régulation des données de santé. Elle a annoncé une concertation publique en mars destinée à "recueillir les contributions de toutes les parties prenantes" (acteurs de santé, industriels, patients...).

    Le CES de la maturité

    Malgré le peu de place réservé à la recherche scientifique et les débats sur la régulation des données de santé, l'e-santé était le premier secteur représenté parmi les jeunes pousses emmenées par les délégations françaises (French Tech et Business France) à la conquête de Las Vegas.

    Sur 300 start-up tricolores (contre 420 en 2019), 50 étaient estampillées e-santé, des chiffres similaires à ceux de 2019, alors que l'édition 2020 du CES comptait pourtant un tiers de start-up françaises en moins.

    "Le CES entre dans sa phase de maturité", a expliqué à TICpharma Sébastien Montusclat, responsable sectoriel "numérique" au sein de la direction de l’expertise-innovation de Bpifrance. "Le salon évolue, il n'est plus le salon de l'électronique mais celui des dernières innovations numériques et les simples objets connectés n'en sont plus les vedettes, ce sont les objets connectés intégrant de l'intelligence artificielle (IA) ou des services qui sont intéressants, notamment en e-santé."

    Pour le responsable de Bpifrance, "il faut continuer dans cette direction" avec "moins de gadgets", même s'il a regretté un CES "sans rupture technologique".

    "Il ne peut pas y avoir une rupture technologique à chaque édition du CES, c'est cyclique et cela demandera peut-être encore quelques années, en attendant, les entreprises qui y vont, elles, doivent bien savoir pourquoi elles y vont", a-t-il souligné. "Ce salon est d'un tel gigantisme qu'il ne laisse aucune place à l'improvisation", a-t-il ajouté.

    C'est dans cette optique que la French Tech et l'organisation Business France ont choisi de réorganiser leur délégation en allégeant leur flotte et en organisant les entreprises par région.

    Si une organisation "thématique" aurait facilité la visite parmi les rangs de la French Tech, celle-ci n'est pas "souhaitable car il ne faut pas tuer les initiatives régionales", a jugé Tristan Piron. "Conformément au virage marqué par la French Tech l'année dernière, les régions n'exposent plus chacune sur son îlot mais elles se sont rangées sous le même étendard pour plus de visibilité à l'international et plus de convergence", a-t-il détaillé.

    Le chef de file de l'e-santé du village francophone a noté un CES "mature et sans grande rupture technologique" mais il y a aussi vu une "forme d'essoufflement". "Cet essoufflement s'explique par l'absence de grands acteurs chinois, notamment à cause de la guerre commerciale entre les Etats-Unis et la Chine", a-t-il estimé.

    Wassinia Zirar
    Wassinia.Zirar@apmnews.com

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