L’actualité numérique des industries de santé

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    Comment Docaposte accélère dans l'e-santé

    PARIS (TICpharma) - Think tank consacré à l'e-santé, projets territoriaux autour de la santé, acquisitions stratégiques... Docaposte "accélère dans l'e-santé et veut devenir leader pour faire émerger une filière e-santé de référence en France", ont expliqué à TICpharma plusieurs dirigeants de la filiale du groupe La Poste.

    Docaposte (ex-Docapost), filiale numérique du groupe La Poste, n'en est pas à ses premiers pas en e-santé mais elle a indéniablement changé de tempo ces dernières années.

    Hébergeur des données du dossier pharmaceutique (DP) depuis 2013, Docaposte a accentué ses efforts dans le domaine de la santé avec la volonté de constituer "une plateforme complète de solutions ouvertes d'interconnexion" entre l'hôpital, la médecine de ville et le domicile du patient.

    En 2018, elle a dévoilé au Consumer Electronics Show (CES) de Las Vegas l'application La Poste eSanté présentée comme un "carnet de santé numérique" et un outil de suivi des patients après une hospitalisation.

    La même année, elle a signé des partenariats avec l'Assistance publique-Hôpitaux de Paris (AP-HP) pour stocker les données de patients suivis après une transplantation pulmonaire, et avec le groupe de cliniques Elsan pour développer un "assistant digital" du patient, intitulé "Adel" .

    "Nous avons commencé le déploiement d'Adel. Aujourd'hui, nous équipons une clinique par semaine et nous visons une dizaine de cliniques équipées d'ici la fin de l'année", a détaillé à TICpharma Jean-Marie Dunand, directeur du développement e-santé de Docaposte.

    Si la filiale de La Poste et le groupe Elsan n'ont pas encore communiqué sur le nombre de patients impliqués dans le projet, à terme les deux partenaires souhaiteraient y inclure 1 million de patients hospitalisés dans les établissements du groupe d'ici 2020. "Plusieurs concurrents d'Elsan sont intéressés par cet assistant digital", a souligné Jean-Marie Dunand, sans dévoiler leurs noms.

    En 2019, la filiale a poursuivi cette stratégie en signant des accords avec le groupe de laboratoires de biologie médicale Cerba Healthcare, l'Institut hospitalo-universitaire (IHU) de Strasbourg, et l'Institut Rafaël à Levallois-Perret (Hauts-de-Seine).

    Un think tank dédié à l'e-santé pour rassembler les acteurs

    Le 25 novembre, la filiale du groupe La Poste a organisé un symposium consacré à l'e-santé. Baptisé "Les 3 sphères", l'événement a permis à l'entreprise de revenir sur l'ensemble des projets sur lesquels elle planche.

    Pour aller plus loin que la réflexion, Docaposte a d'ailleurs décidé de créer un think tank consacré à l'e-santé, également baptisé "Les 3 sphères". Ce nom n'est pas dû au hasard: "nous nous intéressons au patient mais aussi à la personne derrière et à toutes celles qui vont l'aider à gérer sa santé à travers les cas et les âges", a expliqué Régis Sénégou, directeur e-santé de Docaposte.

    "Nous sommes convaincus que la santé de demain repose sur l'interconnexion entre trois sphères: familiale, médicale et médico-sociale, centrées sur le patient et sur la confiance dans le numérique", a-t-il complété.

    Le think tank "Les 3 sphères" doit mener une série de travaux pour favoriser l'acculturation des professionnels de la santé au numérique et celle des professionnels du digital à la santé pour mieux faire aboutir les projets dans ce domaine et faire émerger une filière e-santé de référence en France.

    "Ses orientations et recommandations seront partagées avec les parties prenantes de l’e-santé, à l’échelle nationale et internationale", a précisé Docaposte dans un communiqué.

    Créé sous l’impulsion de Régis Sénégou et David De Amorim, directeur adjoint e-santé en charge de l’innovation et des partenariats, le think tank compte pour son lancement 10 membres experts des questions de santé, et notamment de santé digitale.

    Siègent au sein de ce cercle de réflexion le Dr Fabrice Denis, oncologue à la clinique Victor Hugo au Mans et concepteur du logiciel de télésurveillance Moovcare, premier outil de télésurveillance remboursé de droit commun en France; le Dr Gérard Friedlander, néphrologue, physiologiste et doyen de la faculté de médecine de l’université Paris-Descartes qui a créé la première chaire d’intelligence artificielle (IA) en santé; le Dr Benoit Gallix, professeur de radiologie à l’institut hospitalo-universitaire (IHU) de Strasbourg et expert en IA; Anne Lalou-Schneider, fondatrice et directrice de la Web School Factory; Chahra Louafi, directrice du Fonds "Patient Autonome" de Bpifrance; le Pr Jean-Pierre Michel, professeur émérite de la faculté de médecine de Genève et membre de l’Académie de médecine; le Dr Ludovic Moy, gynécologue-obstétricien à Rennes et concepteur d'une solution de télémédecine appliquée à sa discipline; le Dr Alain Tolédano, oncologue et président-fondateur de l'Institut Rafaël.

    Régis Sénégou et David de Amorim siègent également au sein de ce think tank, au nom de Docaposte.

    Plus largement, la société a pour objectif de "constituer une plateforme complète de solutions ouvertes d’interconnexion dans le monde de la santé (patient-hôpital-médecine de ville-domicile) qui contribue à répondre au système de santé porté par le gouvernement: amélioration du suivi médical au quotidien, prévention, optimisation des modèles économiques", a souligné la filiale.

    "Aujourd'hui, le plafond de verre de l'e-santé est fissuré. Pour le casser complètement, il nous faut encore des projets d'ampleur et ils passeront par les territoires. Là-dessus, Docaposte peut s'appuyer sur la force du groupe La Poste: sa présence partout dans les territoires", a expliqué Jean-Marie Dunand.

    Le projet "Territoire de santé de demain", vecteur de déploiement de l'e-santé

    Les territoires, justement, auront été au cœur de la stratégie de Docaposte cette année. Cet engagement s’est récemment concrétisé par le projet "Territoire de santé de demain" (TSD) porté par la région Grand Est auquel Docaposte apporte son concours.

    À la suite de l’appel à projets "Territoires d’innovation", lancé en novembre 2018 par le gouvernement, l’Eurométropole de Strasbourg a décroché 10,6 millions d'euros de subventions directes pour son projet TSD et pourra bénéficier de 25 millions supplémentaires au titre de prises de participations de l’Etat

    Le dispositif Territoires d’innovation a pour objectif de faire émerger en France de nouveaux modèles de développement territorial, notamment en s’appuyant sur les nouvelles technologies et le numérique.

    Le projet Grand Est repose sur 34 actions. Elles doivent permettre, entre autres, d’améliorer la santé des populations grâce aux outils numériques mutualisés et aux actions innovantes. Pour cela, la collectivité strasbourgeoise compte sur la puissance industrielle des entreprises partenaires qu’elle invite à s’appuyer sur une plateforme régionale d’innovation en e-santé (PRIeSM).

    Cette plateforme, qui doit voir le jour en mars 2020, a pour objectif d’accélérer le développement des projets d’e-santé grâce à la mutualisation d’une plateforme technologique sécurisée et à l’apport d’expertise aux porteurs de projets sur des sujets comme la sécurité, la protection des données personnelles ou la problématique de l’interopérabilité des systèmes d’information de santé.

    Docaposte se positionne en tant qu’investisseur et "s’appuie sur son maillage territorial pour favoriser le déploiement de l’e-santé dans les territoires", a ainsi détaillé à TICpharma Bérengère Ray, directrice "business, développement santé" de la filiale.

    Fournisseur de solutions technologiques pour le programme PRIeSM, Docaposte souhaite déployer le projet TSD "à l'échelle nationale", a expliqué à TICpharma David de Amorim.

    "La prise de contact avec la Caisse des dépôts est déjà faite. Pour permettre au projet TSD de se déployer, nous allons nous appuyer sur nos partenaires, notamment le groupe Elsan et l'Institut Rafaël pour créer des passerelles entre eux", a-t-il détaillé.

    Docaposte participe également à d'autres actions dans le cadre de TSD comme un projet "d'hospitel" strasbourgeois auquel la filiale fournira des services technologiques.

    Ce hôtel hospitalier doit voir le jour au printemps 2020. Il sera une nouvelle solution d’hébergement pour les patients de chirurgie ambulatoire, pris en charge par les hôpitaux universitaires de Strasbourg, grâce à des chambres connectées et des solutions de télésurveillance.

    En attendant que TSD se déploie et pour l'y aider, la filiale du groupe La Poste poursuit ses acquisitions et prises de participation stratégiques.

    Deux acquisitions stratégiques en 2019

    Le 9 octobre, Docaposte a annoncé l'acquisition d'Icanopée, éditeur de logiciels d'accès au dossier médical partagé (DMP), pour un montant non précisé.

    Créée en 2009, Icanopée a développé plusieurs connecteurs permettant d'accéder, depuis un logiciel de dossier patient, aux services numériques déployés par l'Etat et l'assurance maladie dans le secteur de la santé, comme le DMP, le DP et les messageries sécurisées de santé (MSSanté).

    Son connecteur DMP Connect est le premier intégrateur d'application d'entreprise (IAE, ou EAI en anglais) à avoir été homologué, en avril 2019, pour la deuxième version du DMP.

    "Par cette acquisition, nous avons cherché à nous interfacer avec des projets institutionnels, comme le DMP, première brique du futur entrepôt de données de santé (ENS). L'idée est aussi de mettre en place un cercle vertueux pour les acteurs de santé et de pousser des pépites et leurs innovations dans le futur store de l'ENS", a expliqué David de Amorim.

    Après cette acquisition, Docaposte a annoncé à TICpharma avoir "pris une participation de 30%, amenée à augmenter au fil des années" dans la société québécoise Tactio.

    L'entreprise édite notamment une application permettant aux patients de gérer leurs données de santé et leurs maladies à distance avec ou sans l'aide de leur équipe.

    "Nous préparons actuellement une feuille de route avec Tactio pour co-construire plusieurs projets avec eux", a souligné David de Amorim, qui compte sur la société canadienne et ses "services sur-mesure pour les patients et les professionnels de santé" pour "accélérer dans l'acculturation des acteurs des trois sphères au digital".

    Dans l'attente de la réalisation de ces projets, Docaposte continue à travailler dans les hôpitaux.

    L'été dernier, l'entreprise avait été retenue comme attributaire unique d'un marché de la Centrale d'achat de l'informatique hospitalière (CAIH) pour assurer la fourniture d’une solution intégrée et interopérable de collecte du consentement du patient dans le cadre des établissements de santé, conformes aux exigences du règlement général européen relatif à la protection des données personnelles (RGPD) avec obligation de résultats.

    D'un durée de 4 ans, ce marché est valable pour "tous les hôpitaux de France", a indiqué le directeur adjoint e-santé en charge de l’innovation et des partenariats de Docaposte. Il se déploiera d'abord dans les Hauts-de-France dont les établissements de santé seront équipés de la solution de la filiale du groupe La Poste "à partir du début de l'année 2020".

    Ce début d'année 2020, justement, ne sera pas synonyme de CES (Consumer Electronics Show). Docaposte qui avait pris l'habitude de poser ses bagages à Las Vegas chaque première semaine de janvier avec plusieurs start-up d'e-santé sélectionnées, préfère sécher cette édition de la grand-messe de la tech pour "se concentrer sur le salon français du numérique, VivaTech", a expliqué à TICpharma Régis Sénégou.

    Wassinia Zirar
    Wassinia.Zirar@apmnews.com
    Raphael Moreaux
    raphael.moreaux@apmnews.com

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