L’actualité numérique des industries de santé

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    Etudes

    Validation du "premier algorithme universel" de prédiction du risque de perte de greffon rénal

    LONDRES, PARIS (TICpharma) - Un consortium international a élaboré et validé le "premier algorithme universel" pour prédire le risque de perte de greffon rénal, ont annoncé l'Assistance publique-hôpitaux de Paris (AP-HP), l'Inserm et l'université de Paris ainsi que le Paris Transplant Group.

    Cet algorithme utilisant l'intelligence artificielle (IA) a fait l'objet d'un article publié le 17 septembre dans le British Medical Journal (BMJ).

    Baptisé iBox, "cet outil de prédiction individuelle de perte de greffon permet d'améliorer non seulement le suivi des patients, mais aussi d'optimiser le développement de nouveaux traitements immunosuppresseurs, en réduisant significativement la durée des essais cliniques", se félicitent l'AP-HP, l'Inserm et l'université de Paris dans un communiqué commun.

    "Au cours des 20 dernières années, la survie à long terme des greffons n'a pas fait de progrès. La mise en oeuvre d'un tel outil de prédiction dans la pratique clinique faciliterait les interventions thérapeutiques en guidant la prise de décision clinique et faciliterait également les essais cliniques en transplantation rénale", ajoute le Paris Transplant Group, réseau de spécialistes de la greffe d'organes des grands hôpitaux parisiens, dans un communiqué distinct.

    Pour cette étude menée par le Pr Alexandre Loupy de l'hôpital Necker-Enfants malades à Paris (AP-HP), les travaux ont été réalisés en collaboration avec huit centres de transplantation en France (l'hôpital Foch à Suresnes dans les Hauts-de-Seine et les CHU de Toulouse, Nantes et Lyon), en Belgique (université catholique de Louvain) et aux Etats-Unis (le John Hopkins Medical Institute, la Mayo Clinic et l'université de Virginie), avec la participation d'autres chercheurs français, autrichien et américain et des associations françaises de patients Renaloo et France Rein.

    Pour développer ce score de stratification du risque de rejet du greffon rénal, les chercheurs ont tout d'abord utilisé une cohorte dite de dérivation de 4.000 patients adultes, inclus de manière consécutive au moment de la greffe dans les hôpitaux Necker et Saint-Louis à Paris (AP-HP), l'hôpital Foch et au CHU Toulouse, puis suivis de manière prospective entre le 1er janvier 2005 et le 1er janvier 2014.

    Ils ont examiné les facteurs pronostiques de rejet du greffon au long cours, notamment les caractéristiques démographiques du receveur, les caractéristiques et les paramètres fonctionnels du greffon, les paramètres immunologiques, les données histopathologiques....

    Dans l'analyse multivariée, huit variables ont été identifiées comme étant indépendamment associées au rejet du greffon à long terme: le temps d'évaluation du risque post-greffe; les paramètres fonctionnels du greffon et notamment le débit de filtration glomérulaire estimé (eDFG) et la protéinurie; les paramètres histologiques et en particulier la fibrose interstitielle et l'atrophie tubulaire, l'inflammation au niveau de la microcirculation définie par une glomérulite et une capillarite péritubulaire, une inflammation interstitielle et une tubulite, ainsi qu'une glomérulopathie du greffon; et le profil immunologique du receveur défini par la présence et la concentration des anticorps circulants anti-HLA spécifiques au donneur.

    A partir de ces huit variables, les chercheurs ont élaboré le score pronostique iBox de chaque patient. A partir de ce score, ils ont construit une interface en ligne, prête à l'emploi pour les cliniciens qui souhaitent informer un patient de la survie estimée de son greffon.

    Le modèle a ensuite été validé en interne par une procédure de bootstrapping avec 1.000 échantillons de la cohorte de dérivation puis dans des cohortes de validation indépendantes de 2.129 patients greffés dans trois centres européens et de 1.428 autres dans trois centres nord-américains entre 2002 et 2014. Globalement, l'iBox a montré une bonne performance discriminatoire, avec un indice statistique C de 0,8 environ.

    Les chercheurs ont appliqué le score iBox à des patients recevant différents traitements antirejet, notamment à 844 greffés rénaux de la cohorte de dérivation. Il apparaît que ces traitements modifient le score iBox de manière significative.

    Enfin, la performance du score a été testée et confirmée dans trois essais cliniques de phases II et III. Les chercheurs ont conclu à la fiabilité des résultats de l'iBox, quels que soient le système de santé, la situation clinique ou le traitement suivi par le patient, "avec un gain de plus de six années en moyenne dans le développement de médicaments immunosuppresseurs".

    Les différentes analyses de sensibilité réalisées ont confirmé la robustesse du test dans les situations les plus courantes et la possibilité de le généraliser.

    Un bénéfice sur la survie, la qualité de vie et la recherche clinique

    Cette étude montre que le score iBox permet de prédire de manière précise le risque de rejet du greffon rénal et qu'il pourrait aussi devenir un critère d'évaluation dans de futurs essais cliniques, permettant d'améliorer les protocoles et le développement de futurs médicaments, tout en réduisant les coûts, concluent les chercheurs.

    "La recherche clinique en transplantation est très réduite, essentiellement parce que l'indicateur de succès de toute nouvelle thérapie est l'allongement de la durée médiane de vie des greffons, aujourd'hui de sept ans", rappellent l'AP-HP, l'Inserm et l'université de Paris dans leur communiqué.

    Cité dans ce communiqué, le premier auteur, le Pr Loupy, estime qu'"en optimisant la prise de décision médicale, l'utilisation d'iBox pourrait avoir un impact important non seulement sur la qualité de vie de chaque patient, mais aussi sur la survie à long terme des greffons".

    Il ajoute que l'outil sera "déployé à la fin de l'année dans deux centres pilotes de l'AP-HP". L'un sera Necker et l'autre est encore en discussion, a-t-on appris auprès du Paris Transplant Group. Une prochaine étape serait de l'inclure de façon automatique dans les dossiers médicaux électroniques.

    Il est par ailleurs "en cours de validation en transplantation cardiaque et dans la maladie cardiovasculaire", selon le Pr Xavier Jouven de l'hôpital européen Georges-Pompidou à Paris (HEGP, AP-HP).

    (The BMJ, édition en ligne du 17 septembre)

    Luu Ly Do Quang

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