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    Comment Novartis améliore la supervision des essais cliniques grâce à l'IA

    BALE (Suisse) (TICpharma) - Novartis a présenté le 5 septembre à la presse l'application informatique Sense, décrite comme une "tour de contrôle" des essais cliniques mutualisant les données générées par le laboratoire afin de prédire certains risques et améliorer la gestion des études grâce à l'intelligence artificielle (IA).

    Sense fait partie des applications informatiques développées par Novartis dans le cadre d'un programme intitulé Nerve Live, initié en 2015 pour tirer profit de l'analyse de données et des technologies d'IA.

    Concrètement, l'application permet de visualiser les données de plus de 500 essais cliniques menés par le groupe suisse dans le monde (hors données personnelles relatives aux patients), qui sont habituellement éparpillées dans une trentaine de systèmes d'information.

    "Auparavant, il fallait jusqu'à trois semaines aux équipes de recherche pour récupérer ces données" auprès des différents services, alors qu'elles sont à présent mises à jour chaque nuit et accessibles sur un même outil, a pointé Luca Finelli, directeur de l'analyse de données et de l'IA chez Novartis, lors d'un voyage de presse organisé au siège de l'entreprise à Bâle (Suisse).

    En plus d'être accessible aux équipes de R&D et des affaires médicales via un ordinateur, une tablette ou un smartphone, Sense est le seul outil informatique de Novartis à disposer d'une salle dédiée au sein du siège. Elle est dotée de six écrans géants affichant des infographies sur les développements de médicaments en cours.

    Sur un premier écran (en haut à gauche sur l'image ci-dessus), l'état d'avancement de chaque essai clinique, depuis l'écriture du protocole jusqu'à la publication du rapport final de l'étude, en passant par le recrutement du premier patient puis l'administration du premier traitement, est présenté sur un même graphique dynamique et interactif permettant de naviguer entre les différentes aires thérapeutiques du laboratoire.

    Chaque étape de l'essai est colorée en fonction d'un indicateur de risque (du vert pour le moins risqué au rouge pour le plus risqué) construit à partir de l'analyse des données historiques du laboratoire et de technologies de machine learning (apprentissage automatique) afin de prédire un allongement des délais ou une dérive des coûts.

    "Cela nous permet d'avoir un management proactif des essais cliniques et de prévenir, plutôt que de réagir à un problème", a souligné Luc Finelli.

    D'autres écrans géants présentent la répartition géographique des centres investigateurs du laboratoire, la progression du déroulé des études ou le rythme de recrutement des patients, et comparent ce qui a été planifié avec ce qui est effectivement réalisé.

    Impact sur la qualité des données

    Sense a été ouvert aux collaborateurs de Novartis du monde entier fin 2018.

    En plus de la visualisation des caractéristiques et de l'avancement des essais cliniques, il envoie des alertes lorsqu'il suspecte des erreurs dans les données, comme des incohérences chronologiques ou des informations manquantes.

    A son lancement, la majorité des essais cliniques ont vu s'afficher sur Sense plus de 200 alertes, ramenées en septembre à une moyenne de 10 par étude, a précisé Stephen Voice, responsable de la tour de contrôle de Novartis, pointant "l'énorme impact" en matière d'amélioration de la qualité des données.

    Environ 3.000 utilisateurs

    Sense est le premier logiciel entièrement conçu par les équipes de Novartis. Il a nécessité un investissement d'environ 3 millions de dollars sur trois ans, essentiellement en ressources humaines, a précisé Luca Finelli.

    Interrogé par TICpharma sur le nombre d'utilisateurs, Luca Finelli a estimé qu'il s'agit d'un des logiciels "les plus utilisés" par les équipes de R&D, évoquant "environ 3.000" utilisateurs sur un total de 10.000 collaborateurs concernés.

    Pour concevoir l'outil, les équipes de Novartis ont visité des organisations similaires dans d'autres secteurs, notamment dans l'énergie, chez le distributeur d'électricité suisse Swissgrid et, dans l'aviation, chez l'américain Boeing, qui dispose d'un centre de contrôle de quelque 14.000 avions en Californie.

    Si aucune étude n'a permis de mesurer concrètement l'impact de Sense en termes d'accélération du déroulement des essais cliniques ou de recrutement des patients pour le moment, Luca Finelli a fait état d'"excellents retours" des utilisateurs. Ce "succès" a amené Novartis à réfléchir à répliquer l'outil pour un usage dans d'autres unités comme les opérations commerciales ou la production de médicaments, a-t-il ajouté.

    Série de modules informatiques

    Le moteur de Sense est la plateforme de données Nerve Life, créée par Novartis pour traiter des volumes massifs d'informations et y appliquer des technologies d'apprentissage automatique, d'analyse prédictive et de reconnaissance naturelle du langage.

    Elle nourrit en continu huit modules informatiques, dont six sont déjà utilisés en routine pour optimiser la R&D. En dehors de Sense, certaines applications permettent d'identifier les meilleurs centres pour démarrer des études et recruter des patients, de planifier les besoins en ressources humaines ou de tester différents scénarios pour évaluer les coûts d'un essai, avant sa mise en place.

    Le laboratoire suisse étudie par ailleurs l'opportunité d'utiliser la blockchain dans le cadre des essais pour recueillir le consentement des patients, et tracer ce recueil, a indiqué Sam Hariry, responsable de la stratégique clinique de l'institut de Novartis pour la recherche biomédicale (NIBR).

    Fin 2017, quelques mois avant sa prise de fonction officielle, le directeur général de Novartis, Vasant Narasimhan, avait partagé sa volonté de mettre en œuvre une "révolution de la productivité" et de réduire de 20% à 25% ses coûts d'essais cliniques grâce à l'utilisation du digital, rappelle-t-on.

    Raphael Moreaux
    raphael.moreaux@apmnews.com

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