L’actualité numérique des industries de santé

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    Partager ses données, un "changement culturel majeur" pour la pharma (Emmanuelle Quilès)

    PARIS (TICpharma) - La présidente de Janssen France (groupe Johnson & Johnson -J&J), Emmanuelle Quilès, a souligné dans un entretien accordé à TICpharma le "changement culturel majeur" que constitue le partage de données entre laboratoires pharmaceutiques dans le cadre de projets exploitant les technologies d'intelligence artificielle (IA).

    "Accepter que chacun des laboratoires partage les données qu'il a collectées est quelque chose d'absolument crucial et c'est une grande étape", a appuyé la dirigeante, faisant référence aux nombreux projets qui se mettent en place actuellement entre industriels, chercheurs, associations de patients et acteurs publics pour développer des outils informatiques et entraîner des algorithmes.

    Emmanuelle Quilès - source: Twitter
    Elle s'est félicitée d'avoir pris part au consortium de recherche Mellody, qui est formé par 10 laboratoires pharmaceutiques et vise à mieux exploiter, par l'apprentissage automatisé, les chimiothèques de chacun afin d'améliorer les algorithmes prédictifs pour la découverte de nouveaux médicaments.

    "Cela évite que chacun reparte de zéro alors que le moment où il y a le plus de perdition dans la recherche est la partie chimique et l'analyse des différentes options pour le développement d'un nouveau médicament", a-t-elle souligné.

    Dans le cadre de ces projets, le plus difficile réside dans "l'entente entre les différents partenaires" plutôt que dans des sujets légaux et réglementaires. "Le sujet est de savoir qui est propriétaire de quoi pour trouver un accord où tout le monde ressort gagnant", a-t-elle expliqué.

    Pour ces raisons, les partenariats sont "bien plus rapides" à monter avec de jeunes entreprises qu'avec de grands industriels, a-t-elle noté. Elle a reconnu que les laboratoires ne "sont pas encore dans l'open data et l'open source", tout en mettant en avant la démarche d'"open innovation" de Janssen France.

    Elle a cité l'exemple des "JLabs", incubateurs de start-up mis en place par le groupe J&J au niveau international, et du "datathon" organisé par Janssen France en avril dernier, qui a conduit le laboratoire à accompagner cinq start-up actives sur ses aires thérapeutiques (Embleema en oncologie, Focus Patient en immunologie, Andaman 7 en hématologie, AdScientiam en virologie et Bioserenity en psychiatrie).

    Emmanuelle Quilès a également obtenu auprès de Janssen Europe l'implantation à Paris, à proximité de la station F, d'un "Lab for Customers" décrit comme un lieu de réflexion et d'accueil des clients et équipes du laboratoire à l'échelle européenne pour "travailler en mode agile" sur des outils informatiques.

    Analyser les parcours de soins et les stratégies médicamenteuses

    Pour la présidente de Janssen France, l'IA et le traitement de données constituent une "opportunité technologique" pour "accompagner l'usage de nos médicaments" et "répondre à des questions sur les parcours de soins" et sur les "différentes stratégies médicamenteuses".

    Elle a évoqué deux exemples de projets de recherche en IA actuellement menés par le laboratoire, et qui avaient fait l'objet d'une candidature au premier appel à projets ouvert par la mission de préfiguration du Health Data Hub.

    Le projet MyLord est une étude épidémiologique visant à estimer l'incidence, la prévalence et la mortalité des patients atteints de myélome multiple, tandis que le projet Oracle, mené avec la start-up espagnole Savana dans le domaine du cancer de la prostate, utilise des algorithmes d'analyse de données non structurées des dossiers patients informatisés (DPI) pour caractériser la maladie et décrire les parcours de soins.

    Emmanuelle Quilès a assuré que son laboratoire n'avait "pas vocation à bâtir un modèle économique" autour des outils d'IA, qui sont "surtout des leviers pour prouver, analyser et faire évoluer" les pratiques de Janssen.

    Qualité des données et cadre juridique

    Concernant la problématique de l'explicabilité des raisonnements des algorithmes de deep learning (apprentissage profond), elle a reconnu qu'il s'agit d'une "difficulté" dans l'adhésion de certains professionnels de santé, mais que cela ne devait pas empêcher de mettre en place des projets.

    Le "premier gros sujet est d'abord que la donnée soit juste et de qualité", a-t-elle relevé, rappelant que "la plupart des données récoltées n'ont pas été faites pour passer au crible de l'IA et des algorithmes".

    Interrogée par TICpharma, Joanna Peltzman, avocate au sein du cabinet DS Avocats, a estimé que le cadre juridique actuel était "suffisant" pour encadrer le développement de l'IA dans le domaine médical.

    Selon elle, les concepts juridiques de "responsabilité du fait des produits" et "du fait des choses" permettent notamment d'encadrer le recours à ces technologies. L'avocate a également fait référence à la décision de la Cour de justice de l'Union européenne (CJUE) sur les logiciels d'aide à la prescription et à la dispensation (LAP/LAD), qui qualifie ces outils de dispositifs médicaux et les soumet aux réglementations en la matière.

    "Réguler davantage serait forcément une contrainte qui ralentirait l'innovation", a-t-elle défendu. "On attend encore un cas d'école ou une jurisprudence qui validerait le recours à des dispositifs juridiques existants dans le domaine médicale de l'IA", a-t-elle ajouté.

    Raphael Moreaux
    raphael.moreaux@apmnews.com

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