L’actualité numérique des industries de santé

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    Comment Avicenna Alliance veut amener la pharma à la recherche "in silico"

    PARIS (TICpharma) – Officiellement créé en avril 2016, le partenariat public-privé Avicenna Alliance cherche à accueillir davantage d'entreprises du secteur pharmaceutique afin de peser au niveau européen pour la reconnaissance de la simulation numérique dans les essais cliniques, a expliqué à TICpharma son secrétaire général, Adriano Henney.

    Au départ du in silico, une idée assez simple: et si la recherche sur des répliques numériques de l'être humain devenait le premier stade des essais cliniques, avant même les tests sur animaux et la mise en place d'essais sur l'homme?

    Au fur et à mesure du développement des technologiques numériques, cette hypothèse s'est éloignée de la pure science-fiction pour rentrer dans les usages.

    En France, la start-up Lixoft, créée en 2011, commercialise un logiciel baptisé Simulix, permettant de simuler la pharmacocinétique d'une molécule (son devenir après absorption par le corps humain). Novadiscovery, autre pépite française basée à Lyon, s'est spécialisée dès 2010 dans la simulation biomédicale in silico.

    Les promesses de ces nouvelles formes de recherche permises par les progrès en termes de modélisation du corps humain et de son fonctionnement sont nombreuses.

    Après un travail conjoint sur le coût du développement d'un médicament visant les bronches, l'éditeur américain de logiciels de simulation numérique Ansys et le laboratoire belge Fluidda ont publié en 2010 un article démontrant que la simulation permettait de réduire "de plus de deux ans" le time to market et de "plusieurs centaines de millions de dollars" le cost to market.

    Avec le développement des usages, a progressivement germé la nécessité d'un encadrement, et surtout d'une reconnaissance de la valeur de ces simulations numériques par les autorités sanitaires européennes.

    C'est le sens de la mise en place en 2013, à la demande de la Commission européenne, d'un groupe de travail baptisé "Avicenna project". Ce groupe a publié à l'issue de ses travaux un rapport visant à mieux comprendre l'intérêt de la simulation dans les secteurs médical et pharmaceutique, et à bâtir une "feuille de route des applications et des acteurs" de la recherche in silico.

    Il a conduit à la création en 2016 du partenariat public-privé Avicenna Alliance, inauguré officiellement en octobre au Parlement européen. Les laboratoires Johnson & Johnson, le fabricant de dispositifs médicaux Medtronic et l'éditeur Ansys s'y sont notamment engagés. L'objectif affiché est de poursuivre le travail avec les eurodéputés pour faire évoluer la législation encadrant la recherche in silico.

    "La Commission européenne a demandé la mise en place d'une organisation pour jouer le rôle de lobby auprès d'elle afin de l'aider à avancer sur ces questions. C'est une vraie première", s'est félicité Adriano Henney.

    "Les autorités se sont rendu compte qu'elles étaient débordées par leurs bases. Elles ont demandé à Avicenna Alliance de devenir leur bras armé pour trouver des experts et formuler des recommandations sur la façon de légiférer pour l'avenir", a commenté Thierry Marchal, directeur santé d'Ansys, et président du conseil d'administration d'Avicenna Alliance.

    Appel aux laboratoires

    Le partenariat pour la recherche in silico a déjà obtenu quelques succès auprès des institutions européennes.

    Le Parlement a ainsi introduit en mars 2016 la reconnaissance des méthodes de tests alternatives comme la modélisation numérique au sein du règlement établissant des procédures communautaires pour l'autorisation et la surveillance relatives aux médicaments à usage humain et vétérinaire.

    L'Avicenna Alliance entend poursuivre ce travail de lobbying et multiplier les contacts afin d'agrandir son réseau dans le monde et travailler à l'harmonisation des politiques de régulation, notamment en amplifiant les contacts entre la Food and Drug Administration (FDA) américaine et l'Agence européenne du médicament (EMA), voire les autorités asiatiques. "La dernière chose à faire est de développer des politiques particulières pour chaque territoire", a prévenu Adriano Henney.

    L'alliance espère aussi accueillir de plus en plus d'entreprises en son sein, "en particulier les laboratoires pharmaceutiques, ce qui est parfois difficile", a constaté le secrétaire général du partenariat.

    Si l'Europe, et notamment la France, paraissent plus avancées que les Etats-Unis sur le recours à la simulation numérique dans la chirurgie avec la modélisation de "jumeaux numériques" avant une opération, Thierry Marchal a constaté un "léger retard" en ce qui concerne les essais cliniques in silico.

    Raphael Moreaux
    raphael.moreaux@apmnews.com

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