L’actualité numérique des industries de santé

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    La "Matrice santé et numérique" de Roche aboutit à cinq projets d'entreprises

    PARIS (TICpharma) - Le laboratoire pharmaceutique Roche a présenté cinq projets d'entreprises portés par des équipes multidisciplinaires dans le cadre de son programme d'innovation "Matrice santé et numérique" mené en partenariat avec l'école 42, à l'occasion de la clôture du programme le 4 juillet à l'institut Imagine.

    Ils sont développeurs, juristes, pharmaciens, médecins, designers ou vétérinaires, encore étudiants ou jeunes diplômés, et ont tous participé depuis septembre 2018 à un marathon au long cours: le programme d'innovation Matrice de l'école 42, mis en place dans le secteur de la santé avec Roche.

    En 10 mois, ils ont découvert les problématiques du système de santé français, bénéficié d'éclairages et de conseils de collaborateurs de Roche, et se sont rendus dans des hôpitaux et des structures de soins auprès des médecins.

    Leur objectif a été d'identifier des besoins dans des champs aussi divers que l'organisation des essais cliniques, la gestion des services d'urgence, le recrutement de médecins, les consultations en pédiatrie ou l'analyse des déserts médicaux, et d'y répondre par de nouveaux outils numériques.

    Le programme, qui obéit à un impératif d'"open innovation" pour le laboratoire, "est une façon de s'ouvrir à des compétences que l'on n'a pas, de tisser des relations avec des réseaux en dehors de l'entreprise et de notre périmètre de confort", a relevé Jean-François Brochard, président de Roche Pharma France présent lors de la clôture.

    Cette métaphore du tissage est très présente dans la pédagogie du programme Matrice, qui réunit "tisseurs" et "ouvreurs" pour accompagner les étudiants. "Tout le sujet est d'être capable de porter un processus entrepreneurial et de l'insérer dans un écosystème, non pas dans un mode d'uberisation et de confrontation entre vieux et nouveau monde, mais en mêlant nos expertises et nos savoirs avec un regard neuf", a résumé François-Xavier Petit, directeur général de Matrice.

    Ni véritable hackathon, ni incubateur ou accélérateur de start-up déjà formées, le programme a séduit Roche pour la rigueur de sa méthodologie, et pour les phases d'immersion dans le secteur de la santé qu'il proposait aux participants, a expliqué Anne Philippot, directrice de l'innovation du laboratoire.

    "Ce n'est pas un énième start-up studio où l'on va développer et incuber des idées dans un coin et ensuite essayer de les transposer. Au contraire, on se confronte dès le départ à la complexité du circuit hospitalier et du système de santé, pour être sûr d'aboutir à des solutions robustes", a-t-elle observé.

    "Pour construire des choses solides, il faut le fait avec des acteurs qui ont pignon sur rue", a complété François-Xavier Petit, mettant en avant l'intérêt du partenariat avec Roche dans un secteur aux fortes contraintes réglementaires.

    "Parler le même langage"

    Après les "immersions", des locaux ont été mis à disposition des participants réunis en équipes à Paris pour travailler et développer leurs prototypes d'outils numériques.

    Une fois par semaine, un "atelier de tissage" a réuni l'ensemble des participants pour "échanger sur les problèmes rencontrés", et parfois "réorienter" certains projets qui "n'avancent pas comme on le voudrait", a témoigné Rim Zaaboub, doctorante en cancérologie effectuant sa thèse dans un laboratoire de l'Institut national de la santé et de la recherche médicale (Inserm) rencontrée par TICpharma fin mai dans ces locaux parisiens dont l'adresse est tenue secrète.

    Le fait de se côtoyer quotidiennement permet aussi aux étudiants d'apprendre des différents profils composant leur équipe. "Au début, on a du mal à parler le même langage", a reconnu Rim Zaaboub, qui a travaillé avec deux étudiants développeurs de l'école 42 pour construire la plateforme web WelcomeDoctor, centralisant des informations sur les procédures et les possibilités de recrutements de médecins étrangers en France et servant d'intermédiaire pour les recruteurs.

    Par rapport à ses travaux en laboratoire de recherche, le programme Matrice offre "plus de flexibilité, plus de liberté et une hiérarchie moins verticale", a-t-elle remarqué.

    L'équipe de WelcomeDoctor vise à monter une entreprise pour signer de premiers contrats avec des recruteurs avant la fin de l'année.

    Préparer la diffusion des innovations

    Les cinq projets d'entreprises issus du programme vont désormais entrer dans "une zone de test" pour "éprouver le réel", a souligné Anne Philippot.

    Tous vont se doter d'un statut juridique avant la fin de l'année et le laboratoire Roche va étudier "comment accompagner plus activement certaines des solutions". "Il n'y pas de dépendance mais un adossement mutuel et une complémentarité" entre les équipes d'entrepreneurs et le géant pharmaceutique, a assuré la directrice de l'innovation.

    Après la finalisation technique et juridique de leur projet, l'équipe uWay, qui a développé un algorithme de prédiction du temps de passage aux urgences, entend déployer sa solution dans de premiers services hospitaliers à partir de cet été, pour une commercialisation sous forme de licence début 2020.

    Capucine Striffler, business développeuse formée à l'EM Strasbourg Business School et co-fondatrice de uWay a expliqué avoir rencontré des personnels de cinq établissements hospitaliers pour affiner le projet. "L'esprit start-up naïf et audacieux c'est bien, mais dans le monde médical, il y a une posture à adopter, un vocabulaire à employer", a-t-elle noté, mettant en avant l'apport des collaborateurs de Roche.

    "Chaque innovation peut avoir de grandes répercussions à l'hôpital et nous avons donc souhaité rencontrer à la fois des personnels d'accueil, des cadres de soins et des médecins", a-t-elle expliqué.

    Pour Justine Henry, vétérinaire de formation à l'origine du projet Désertix qui vise à créer une cartographie dynamique de l'offre et de la demande de soins en France, le principal défi a résidé dans la création d'une "communauté" mêlant des expertises diverses en santé, géographie, mathématiques, statistiques et informatique.

    Aujourd'hui riche de 60 membres, ce groupe a rassemblé plus d'une centaine de documents ainsi qu'une dizaine de sources de données pour bâtir sa cartographie qui pourra être proposée aux décideurs publics et aux porteurs de projet de santé sous la forme d'un abonnement afin de réaliser des "diagnostics de territoire" et visualiser des "zones de déficit de soins" ou de "besoins forts en santé", a-t-elle détaillé.

    Des convergences entre projets

    Le projet Qapla, qui réunit deux développeurs de l'école 42, une designer et une médecin, s'est concentré sur l'optimisation des échanges entre patients et médecins lors des consultations en pédiatrie.

    Il a consisté à développer une application web qui permet au médecin d'afficher des questionnaires à faire remplir par le patient en amont de la consultation, et au patient d'enregistrer les questions qu'il souhaite poser lors du colloque singulier. "Il s'agit de créer la visite augmentée avec moins d'oubli, moins de stress pour le médecin, et plus de temps pour l'échange humain", a décrit Nathan Lowe, étudiant à l'école 42 porteur du projet.

    L'outil va être testé à l'automne par le service des maladies héréditaires du métabolisme de l'hôpital Necker (AP-HP) et l'équipe envisage un déploiement plus général en 2020. Les étudiants ont aussi trouvé des "ponts" à construire avec d'autres projets du programme Matrice, dont uWay pour bâtir un questionnaire de pré-consultation en urgences, et avec le projet ProtocolR.

    ProtocolR est aussi une application web montée par une équipe réunissant deux juristes, un développeur et ex-assistant de recherche clinique (ARC) et un pharmacien. Elle vise à "moderniser" la gestion des essais cliniques, en créant un algorithme qui permet de "générer automatiquement le planning de chaque patient inclus" et de "faciliter la facturation, le suivi de l'activité et la collaboration entre les équipes de recherche", a expliqué Laurent Ecker, meneur du projet.

    L'équipe espère lancer commercialement sa solution en avril 2020, et pourrait prochainement s'adosser à un autre projet d'innovation mené en interne chez Roche sur les essais cliniques, a indiqué Anne Philippot.

    Apporter "modestie" et "espoir" au laboratoire

    Lors de la cérémonie de clôture du programme Matrice, le directeur médical de Roche France, Michael Lukasiewicz, a félicité l'équipe de ProtocolR qui a su "résoudre le paradoxe d'une science de plus en plus futuriste, digitalisée avec l'intelligence artificielle, et d'une pratique des essais cliniques un peu ancestrale avec du papier, des coups de téléphone et des tableurs Excel".

    Il a reconnu s'être lui-même "cassé les dents" chez Roche sur la modernisation de la gestion des essais cliniques. Il a déclaré avoir été "frappé", dans le cadre du programme Matrice, de la capacité des participants à "tuer rapidement les idées en se confrontant de plus en plus avec le monde extérieur et l'expérience client".

    Il a comparé cet état d'esprit avec "un certain entêtement qu'on peut avoir dans la pharma, persuadés que nous détenons la meilleure idée" avant de s'apercevoir, parfois après plusieurs années, que l'outil développé "ne répond plus à un besoin". Il a mis en avant la "modestie" et "l'espoir" apporté par le programme Matrice aux collaborateurs du laboratoire.

    "Nous repartons avec beaucoup d'idées, de connexions avec d'autres projets que nous avons chez nous", a-t-il conclu, soulignant que la clôture du programme n'est que le début des aventures entrepreneuriales des participants.

    Les vidéos de présentation des 5 projet du programme "Matrice santé et numérique":
    Raphael Moreaux
    raphael.moreaux@apmnews.com

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