L’actualité numérique des industries de santé

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    Innovations

    Un consortium public-privé fait appel à l'IA pour mieux comprendre l'insuffisance cardiaque

    PARIS (TICpharma) - Un consortium emmené par Sanofi, Servier et l'AP-HP ambitionne de mieux comprendre l'insuffisance cardiaque à fraction d'éjection préservée (ICFEP), en vue d'aboutir à une meilleure stratification des patients grâce à des technologies d'intelligence artificielle (IA), ont expliqué les membres du projet le 21 janvier.

    Outre les deux laboratoires pharmaceutiques et l'Assistance publique-hôpitaux de Paris (AP-HP), le consortium inclut l'Inserm et 4 start-up spécialisées dans le numérique (Bioserenity, Casis, Fealinx et Firalis).

    Ce projet de 14 millions d'euros, dont Sanofi est le chef de file, est financé pour moitié par le programme des investissements d'avenir (PIA), qui est piloté par le Secrétariat général pour l'investissement (SGPI) et est opéré par la banque publique d'investissement Bpifrance. Le reste des fonds est apporté par les start-up et les laboratoires.

    Ces derniers sont partis du constat qu'aucun traitement n'était vraiment efficace contre l'ICFEP et qu'entre 8 milliards et 10 milliards d'euros avaient été investis par l'industrie pharmaceutique dans des essais cliniques non concluants. "Notre R&D est bloquée. Nous avons besoin de mieux comprendre la maladie pour mieux la traiter", a commenté le Dr Benoît Tyl, directeur de la recherche translationnelle et clinique cardiovasculaire chez Servier, lors d'une conférence de presse.

    L'ICFEP touche 13 millions de patients dans le monde (dont 50% des 1,1 million d'insuffisants cardiaques français) et sa prévalence augmente d'année en année. Il s'agit d'une maladie grave, dont le taux de mortalité s'élève à 25% trois ans après le diagnostic et à 50% cinq ans après. Elle aurait un impact significatif sur les dépenses publiques en France, avec des coûts d'hospitalisation d'environ 1,1 milliard d'euros par an.

    Selon le Pr Jean-Sébastien Hulot, cardiologue à l'hôpital européen Georges-Pompidou (HEGP, AP-HP, Paris), environ la moitié des insuffisants cardiaques présente une fraction d'éjection réduite, une pathologie "assez bien comprise et prise en charge", et l'autre moitié, une maladie avec fraction d'éjection préservée, "que l'on ne sait pas bien diagnostiquer et pas bien traiter".

    La situation vient notamment du fait que pendant longtemps, on pensait que l'insuffisance cardiaque était une seule et même maladie, alors qu'elle est en fait plurielle et regroupe des patients avec des profils phénotypiques et des comorbidités variés (âge, diabète-obésité, troubles rénaux, etc.).

    "On pensait que ce qui marchait avec l'insuffisance cardiaque à fraction d'éjection réduite fonctionnerait aussi en cas de fraction d'éjection préservée. Mais non. Il a fallu beaucoup d'années pour s'en rendre compte", a relaté le cardiologue de l'HEGP.

    "C'est une maladie qui va au-delà du coeur. Donc il faut penser en pluridisciplinarité", a plaidé le Pr Hulot. "Et il faut aussi de nouvelles technologies de mesure."

    Une approche multidisciplinaire

    C'est sur ces bases que le consortium PACIFIC (pour "Physiopathologie, classification, innovation dans l’insuffisance cardiaque") a été créé, après un appel à manifestation d'intérêt lancé par Sanofi et Servier, en partenariat avec le pôle de compétitivité Medicen.

    Le Dr Philip Janiak, directeur de recherche au sein de l'unité cardiovasculaire-métabolique de Sanofi, a expliqué que ce partenariat public-privé permettra de mieux comprendre l’hétérogénéité des profils de patients, de les stratifier dans des sous-groupes plus homogènes et, grâce aux start-up, d'avoir recours à des technologies d'IA pour permettre une analyse approfondie des données.

    L'objectif du consortium est de mettre sur pied un algorithme de diagnostic spécifique de l'ICFEP, de développer de nouveaux médicaments et de réorienter des médicaments déjà existants (et souvent génériqués, donc peu chers) vers des sous-populations susceptibles d'en bénéficier, a-t-il rapporté.

    "Une équipe américaine avait fait quelque chose de similaire et avait montré que c'était faisable, mais elle n'était pas allée assez loin", a relaté Benoît Thyl, tout en notant que cette équipe n'avait pas accès aux technologies disponibles actuellement. "Nous, nous allons plus loin, avec des méthodes de pointe", a-t-il ajouté.

    Les travaux se feront dans un premier temps à partir des registres de l'AP-HP pour identifier des patients qui seront ensuite inclus dans une étude clinique prospective permettant de collecter des données physiopathologiques lors d'une journée d'hospitalisation. L'étude, dont le promoteur sera l'AP-HP, sera conduite dans cinq établissements parisiens du CHU francilien: Hôpital européen Georges-Pompidou (HEGP, Paris), Henri-Mondor (Créteil), Bichat, Lariboisière et la Pitié-Salpêtrière (Paris).

    Une analyse d'imagerie cardiovasculaire sera réalisée pendant l'étude (grâce à la technologie de Casis), ainsi qu'une mesure des marqueurs sanguins et urinaires des patients (avec Firalis) et, pour la première fois, une mesure de la rigidité du muscle cardiaque, grâce à un appareil encore en cours de développement au sein de l'Inserm. Les patients seront ensuite suivis à domicile par un t-shirt connecté de Bioserenity.

    L'algorithme de diagnostic sera quant à lui construit par Fealinx. Selon le directeur général de Bioserenity, environ 1 pétaoctect (soit 1 million de milliards d'octets) de données "ultra-qualifiées" sur l'ICFEP seront générées.

    Le projet permettra aux 4 start-up de développer de nouveaux produits et logiciels et de les commercialiser. L'algorithme sera quant à lui breveté en vue de son internationalisation, avec un accès payant via des licences. Enfin, une start-up sera créée pour accompagner le développement et la commercialisation de l'appareil de mesure de la rigidité du muscle cardiaque de l'Inserm.

    Le projet, qui doit durer cinq ans, entre actuellement dans sa phase concrète. Après deux ans de discussions pour constituer le consortium, un accord a été signé récemment. Six mois sont à présent nécessaires pour organiser, structurer les procédures et former les équipes, avant le lancement du recrutement des patients.

    Guillaume Bietry

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