L’actualité numérique des industries de santé

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    Innovations

    CES 2019: le numérique en santé entre objets grand public et réelle valeur médicale

    LAS VEGAS (Nevada) (TICpharma) - Largement représentés au Consumer Electronics Show (CES), qui s'est tenu début janvier à Las Vegas, les acteurs du numérique et de la santé ont exposé une myriade d'outils, développant des stratégies variées entre produits très grand public et technologies à forte valeur pour les professionnels du secteur médical.

    Au-delà de l'ordinateur quantique présenté par IBM, des dernières générations de robots ou de téléphones et télévisions à écrans pliables de Samsung ou LG, la grand-messe annuelle de la high tech, où les entreprises tricolores sont chaque année plus présentes, a confirmé la place grandissante qu'occupent les technologies de la santé connectée sur le plan international.

    Pour cette édition 2019 aux chiffres toujours impressionnants (plus de 4.500 exposants dans 33 catégories de produits), ces technologies ont tenu le haut du pavé aux côtés des secteurs de la maison connectée et des transports, en termes de nombre d'entreprises présentes.

    La santé était le premier secteur d'activité des acteurs de la French Tech ayant fait le déplacement à Las Vegas (lire dépêche du 7 janvier 2019), avec près de 70 entreprises identifiées, même si l'étiquette "smart santé" affichée par le village francophone du CES comprenait quelques outils plus orientés vers le bien-être que vers un réel usage dans le cadre de soins.

    Outre-Atlantique, ces acteurs ont voulu séduire le grand public avec des logiciels ou des dispositifs innovants, mais ont aussi cherché à attirer des investisseurs et des distributeurs et à assurer leur veille technologique.

    "Les professionnels viennent renifler les tendances technologiques, s'imprégner du marché", a relevé Hilaire Fossé, représentant du conseil régional de Nouvelle-Aquitaine venu accompagner des start-up de la région, tout en soulignant le caractère à la fois grand public et professionnel de l'évènement.

    "Nous n'avions pas de stand. Nous sommes allés voir toutes les technologies en médecine, ce sont des choses qu'il n'y avait pas beaucoup au CES il y a encore deux ou trois ans", a pour sa part noté David Guez, directeur de WeHealth by Servier, la filiale e-santé du laboratoire français, interrogé par TICpharma.

    "Je ne cherche pas la Lune mais des innovations très concrètes qui peuvent faire avancer les usages en médecine", a-t-il ajouté.

    La nécessité de faire le tri entre les gadgets, les outils prometteurs mais encore à l'état du prototype ou de la preuve de concept, et les produits à la valeur médicale prouvée est sans doute l'une des difficultés rencontrées par le visiteur du CES.

    Viser la grande consommation comme le médecin

    Face à cet univers entre high tech et santé, les différents constructeurs et éditeurs déploient des stratégies variées, s'adressant parfois directement à la grande consommation (B2C), parfois aux professionnels de santé (B2B).

    Pour Withings, l'une des pépites françaises de la tech, qui a dévoilé à Las Vegas le tensiomètre connecté BPM Core et la montre Move ECG, le premier client est le patient soucieux de sa santé, qui souhaite pouvoir prendre des mesures en temps réel pour prévenir des risques cardiovasculaires.

    Même si l'entreprise vante à terme des apports pour les professionnels de santé, à qui pourraient être transférées ces mesures, et qu'elle est engagée dans un processus de certification de ses produits comme dispositifs médicaux, elle vise d'abord le grand public et juge que "les frontières entre grand public et professionnels de santé vont s'estomper" (lire dépêche du 10 janvier 2019).

    Parmi les grands groupes du secteur, le néerlandais Royal Philips, en pointe dans l'informatique de santé à visée professionnelle, a décidé de présenter à Las Vegas une gamme de dispositifs grand public, tout en mettant en avant "l'expertise médicale" derrière leur conception.

    "Notre stratégie consiste à adapter l'information, scientifiquement et médicalement validée, à celui qui la reçoit, qu'il s'agisse d'un patient, d'un infirmier, d'un médecin généraliste ou d'un spécialiste", a expliqué à TICpharma Jeroen Tas, directeur de l'innovation et de la stratégie du groupe.

    "En France, le B2C est très difficile à déployer. Les gens ont une certaine défiance, ne comprennent pas l'utilité, ou alors ne sont pas prêts à payer pour des services numériques de santé", a constaté David de Amorim, directeur de l'innovation de Docapost, filiale du groupe La Poste consacrée au numérique.

    D'où la stratégie du groupe français de viser à la fois le consommateur final et les professionnels, en développant des applications mobiles comme Adel, présentée à Las Vegas et construite dans le cadre d'un partenariat avec le groupe de cliniques Elsan (lire dépêche TICsanté du 9 janvier 2019).

    Profusion de technologies... et de données

    Parmi les autres innovations qui peuvent intéresser les patients, les médecins et les industriels de la santé, on note certaines belles réalisations de jeunes pousses françaises comme Posos, qui fait appel à l'intelligence artificielle (IA) pour répondre à des questions sur les médicaments, ExactCure, qui modélise l'action d'un médicament sur le "jumeau digital" d'un patient, ou New Health Community, qui a conçu le robot médical Charlie.

    Parmi les thématiques importantes de l'édition 2019 du CES, il faut souligner la forte visibilité des sleep tech, qui promettent de répondre aux troubles du sommeil par des bandeaux et autres objets connectés à des applications mobiles (lire dépêche du 15 janvier 2019).

    Les apports potentiels des interfaces cerveau-ordinateur, notamment dans les pathologies neurologiques, ont été plusieurs fois soulignés lors du dixième Digital Health Summit, organisé dans le cadre du CES (lire dépêche du 22 janvier 2019).

    Reste que la profusion de technologies dont on promet qu'elles seront une "révolution" pour la santé génère aussi quantité de nouvelles données à traiter, stocker, structurer et interpréter, pour qu'elles aient une réelle utilité.

    Après 10 ans d'expansion du quantified-self (automesure), plusieurs industriels ont estimé lors du CES que cette rationalisation de l'usage des données figurait parmi les prochains défis du secteur (lire dépêche du 11 janvier 2019).

    Les établissements de santé comme partenaires

    Derrière plusieurs innovations présentées à Las Vegas la semaine dernière se cachait aussi un établissement de santé, qui a contribué à sa conception ou à son expérimentation sur le terrain.

    L'Assistance publique-hôpitaux de Paris (AP-HP) a ainsi participé au projet RetinOptic, qui a conduit au développement de l'outil de dépistage automatique de la rétinopathie diabétique OphtAI, pour lequel les éditeurs Evolucare et ADCIS ont signé à Las Vegas un contrat de licence exclusive et mondiale.

    Le Pr Luc Soler, directeur scientifique à l'Ircad et fondateur de la société Visible Patient, était aussi présent dans le Nevada pour présenter des projets menés en partenariat avec l'institut hospitalo-universitaire (IHU) de Strasbourg, portant sur la simulation pré-opératoire, la modélisation 3D ou le suivi à distance des patients.

    Le CHU d'Amiens a pour sa part aidé à établir la preuve de concept (PoC) des algorithmes de la start-up Posos, tandis que le CHU de Nancy a travaillé avec la société R-LAAB au développement de la chaussette connectée Monfoxy, dispositif de surveillance du nourrisson récompensé par un Innovation Award.

    Il faut toutefois rappeler le fossé qui peut exister entre la vitrine du CES et la réalité technologique vécue au quotidien par les professionnels de santé hospitaliers.

    "C'est un problème: on investit en France, les hôpitaux mettent la main à la pâte pour tester les innovations, et lorsqu'il s'agit de trouver des clients et de passer à l'échelle, on part ailleurs. Si l'on veut que l'innovation se construise et existe en France, il faut que l'acheteur achète", a analysé dans un entretien avec TICsanté Rémy Choquet, directeur de l'innovation d'Orange Healthcare, qui a regretté le "manque de moyens" attribués aux établissements pour "se projeter dans l'innovation".

    Raphael Moreaux
    raphael.moreaux@apmnews.com

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