L’actualité numérique des industries de santé

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    Politique

    L'exécutif muscle l'écosystème français de recherche en intelligence artificielle

    PARIS (TICpharma) - La ministre de l'enseignement supérieur, de la recherche et de l'innovation, Frédérique Vidal, et le secrétaire d'Etat chargé du numérique, Mounir Mahjoubi, ont présenté le 28 novembre une stratégie nationale de recherche en intelligence artificielle (IA) qui vise à mieux coordonner l'écosystème français pour une meilleure diffusion des innovations liées à ces technologies, notamment dans le secteur de la santé.

    En déplacement à Toulouse, la ministre et le secrétaire d'Etat ont tenu le premier comité de pilotage du plan national sur l'IA à l'Institut de recherche en informatique de Toulouse (IRIT, université Paul-Sabatier).

    Ce plan qui souhaite "faire de la France un pays leader sur l'IA" a été présenté en mars par le président de la République, Emmanuel Macron, après la remise du rapport du député (LREM, Essonne) et mathématicien Cédric Villani, rappelle-t-on (voir dépêche du 30 mars 2018).

    Il comprend trois volets visant respectivement à "diffuser les technologies d'IA dans l'économie et la société", "engager un dialogue entre performance et humanité" autour des enjeux éthiques, et "disposer de la meilleure expertise en IA".

    C'est ce dernier volet qui était à l'ordre du jour du premier comité de pilotage, mercredi 28 novembre. Il a été décliné sous la forme d'une stratégie nationale de recherche en IA dont l'objectif est d'"installer durablement la France dans le top 5 des pays experts" sur ces technologies, indique le ministère de la recherche dans le dossier de presse relatif au programme.

    Cette stratégie sera financée d'ici 2022 par l'Etat à hauteur de 665 millions d'euros, auxquels devrait s'ajouter un montant équivalent en investissements privés.

    Elle comprend six mesures principales dont la mise en place d'un programme national de recherche pour l'IA, piloté par l'Institut national de recherche en informatique et en automatique (Inria) et décliné dans "un réseau d'instituts visibles mondialement".

    Il s'agit de "faciliter le bon fonctionnement de l'écosystème français de recherche, en étant capable de coordonner l'ensemble des acteurs", explique-t-on dans l'entourage de Frédérique Vidal.

    Le directeur de l'Inria, Bruno Sportisse, a mis en avant ce nouveau rôle d'"opérateur de politiques publiques" confié à l'institut, et le défi que représente la nécessité de "faire vivre ensemble de la cohérence mais aussi de la diversité dans les différents écosystèmes de recherche régionaux".

    Des instituts interdisciplinaires comme "vaisseaux amiraux"

    Les instituts interdisciplinaires d'intelligence artificielle (3IA), avec lesquels "l'ensemble du potentiel français en IA aura vocation à interagir'", devront constituer les "vaisseaux amiraux" de ce réseau de recherche, souligne le ministère.

    La constitution des 3IA a fait l'objet en juillet d'un appel à manifestation d'intérêt qui a permis de préselectionner quatre sites à Grenoble (projet MIAI@Grenoble-Alpes), Nice (3IA Côte d'Azur), Paris (PRAIRIE) et Toulouse (ANITI). Ils doivent encore déposer d'ici fin janvier un projet plus détaillé pour obtenir la labellisation 3IA, qui interviendra au premier semestre 2019.

    L'Etat financera ces instituts à hauteur de 100 millions d'euros dans le cadre du programme d'investissement d'avenir (PIA) et du budget du ministère de la recherche. Des cofinancements par les établissements publics impliqués dans les 3IA et par des industriels partenaires devraient permettre d'atteindre un budget global de 300 millions d'euros d'ici 2022.

    Pour attirer et soutenir les chercheurs en IA, l'exécutif s'engage à créer 40 chaires à partir de 2019 par le biais d'un appel à projets ouvert par l'Inria et l'Agence nationale de la recherche (ANR). Elles s'ajouteront aux quelque 150 chaires mises en place dans les instituts 3IA.

    Des appels à candidatures nationales et internationales seront lancés pour financer des contrats de thèse et faire passer de 250 à 500 le nombre de doctorants en IA formés chaque année.

    La recherche en IA sera aussi renforcée à l'ANR, grâce à une enveloppe de 100 millions d'euros fléchés spécifiquement sur ces technologies.

    Accent sur l'infrastructure et la recherche partenariale

    La stratégie nationale de recherche en IA devra s'appuyer sur un renforcement de la puissance de calcul disponible en France et en Europe, indispensable au fonctionnement des algorithmes.

    Un "supercalculateur" d'une puissance de 10 petaflops (10 millions de milliards d'opérations réalisées par seconde), sera installé "début 2019" au centre de calcul de l'Institut du développement et des ressources en informatique scientifique (Idris) du CNRS sur le plateau de Saclay (Essonne), et des procédures d'accès dédiées aux équipes de recherche en IA seront créées. S'y ajoutera "d'ici quatre ans" le supercalculateur européen EuroHPC, d'une puissance d'un exaflop (un milliard de milliards d'opérations par seconde).

    Ces équipements seront financés à hauteur de 170 millions d'euros conjointement avec la Commission européenne, précise le ministère de l'enseignement supérieur, de la recherche et de l'innovation.

    Le gouvernement souhaite par ailleurs allier recherche fondamentale en IA et diffusion des technologies en mettant l'accent sur la recherche partenariale. Il s'agit de développer "des interactions fortes avec le monde économique" pour "prendre en compte des besoins applicatifs", explique le ministère.

    Dans cette optique, 20 millions d'euros seront fléchés vers les laboratoires communs de l'ANR associant recherche académique et industriels, 10 millions seront alloués au renforcement de l'offre des instituts Carnot sur l'IA, et 35 millions aux instituts de recherche technologique (IRT).

    Le gouvernement entend enfin renforcer les collaborations entre Etats européens sur la recherche en IA, avec un accent particulier mis sur la coopération franco-allemande.

    La santé comme secteur prioritaire

    Si cette stratégie nationale vise à consolider les fondements de la recherche sur le cœur même de l'IA (deep learning, machine learning, algorithmes génériques etc.), elle doit aussi bénéficier au développement des usages dans les secteurs jugés prioritaires dans le plan français: la santé, les transports, l'environnement et la sécurité.

    On note ainsi que les applications des technologies d'IA dans la santé figurent dans les objectifs des quatre projets d'instituts 3IA déposés après appel à manifestation d'intérêt.

    L'Etat s'est par ailleurs engagé à financer à hauteur de 100 millions d'euros des "Grands défis IA", via le Fonds pour l'innovation et l'industrie. Les deux premiers défis lancés visent à sécuriser, certifier et fiabiliser les systèmes d'intelligence artificielle, avec un accent mis sur "l'explicabilité" des algorithmes, et à améliorer le diagnostic médical (voir dépêche du 23 juillet 2018).

    Des directeurs de programme doivent être nommés pour définir les axes de recherche, les modes de financement, et pour sélectionner les projets dans lesquels le fonds va investir. Deux personnalités sont pour le moment "pressenties" pour une prise de fonction en janvier 2019, précise-t-on du côté du ministère de l'enseignement supérieur, de la recherche et de l'innovation.

    Un premier appel à projets a également été lancé dans le cadre du PIA pour accompagner les acteurs publics dans le déploiement de ces technologies.

    Parmi les lauréats dévoilés le 22 novembre par le secrétaire d'Etat chargé du numérique, Mounir Mahjoubi, on trouve le CHU de Toulouse, pour un projet visant à utiliser l'IA pour aider au diagnostic et optimiser la préparation des réunions de concertation pluridisciplinaire (RCP) post-opératoire dans le cancer du poumon (voir dépêche TICsanté du 23 novembre 2018).

    Besoin d'un écosystème mieux structuré

    Hasard du calendrier, le 27 novembre, à l’occasion du 17ème forum de Paris Biotech Santé, les débats ont justement portés sur l’IA en santé. Plusieurs participants y ont plaidé en faveur d’un "écosystème structuré".

    Invitée à débattre, Dominique Polton, présidente de l’Institut national des données de santé (INDS) et cheffe de la mission Health Data Hub (voir dépêche du 17 septembre 2018), a déploré qu’il n’y ait pas de "consortium IA en France pour permettre aux start-up de répondre ensemble à des appels d’offres".

    "Il n’y pas de dynamique collective pour des start-up qui doivent prendre leur place dans un tissu qu’elles ne connaissent pas si bien. C’est pour cela que le Health Data Hub aura notamment pour mission d’animer un écosystème de producteurs et d’utilisateurs de données de santé", a-t-elle expliqué.

    Un point de vue partagé par Nikos Paragios, spécialiste des algorithmes et fondateur de TheraPanacea. "Outre la question de l’accès aux données, nous avons besoin de structurer un écosystème autour de l’IA en santé. Nous ne pouvons pas continuer à multiplier les structures car cela conduit à une fragmentation toujours plus importante et elle est contre-productive", a-t-il expliqué.

    Si la question intéresse les acteurs de l’IA, chercheurs et décideurs en tête, elle concerne également les financeurs, à l’image de Philippe Pouletty, cofondateur et directeur général de Truffle Capital, société de capital-risque, spécialisée dans les technologies.

    Selon lui, s’il faut "muscler la recherche fondamentale", source d’innovation, il faut "une réforme pour faire émerger un écosystème". "La France ne doit pas seulement rédiger des rapports et acheter des supercalculateurs, elle doit aussi se réformer structurellement", a-t-il plaidé.

    Le défi de "l'explicabilité" des algorithmes

    Parmi les thématiques abordées par Paris Biotech Santé, la question relative à l’explicabilité des algorithmes a rythmé une partie des discussions.

    "Nous trouvons des résultats incroyables en termes de prédiction grâce à l’IA mais nous ne sommes pas capables de les expliquer car les réseaux de neurones sont très complexes et opaques", a regretté Christine Balagué, professeure et titulaire de la chaire "réseaux sociaux et objets connectés" de l'Institut Mines-Télécom Paris et spécialiste des questions d’éthique des algorithmes (voir dépêche du 3 août 2018).

    "Il y a un devoir d’explicabilité, c’est une question de confiance. Elle passe aussi par le professionnel de santé capable d’expliquer au patient la technologie à laquelle il recourt pour le soigner", a-t-elle martelé.

    Les travaux menés dans le cadre des "Grands défis IA" devront répondre à ces inquiétudes.

    La Rédaction
    redaction@ticpharma.com

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