L’actualité numérique des industries de santé

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    Les industriels de santĂ© face au casse-tĂȘte du recrutement des profils tech

    PARIS (TICpharma) - Avec la digitalisation croissante de la santé, les industriels du secteur sont à la recherche de nouveaux profils de data scientists, développeurs ou managers capables d'encadrer des équipes techniques, et doivent revoir en profondeur leurs processus de recrutement, ont témoigné auprÚs de TICpharma les cabinets de recrutement GenSearch et Mobiskill, respectivement spécialisés dans les sciences de la vie et les nouvelles technologies.

    "Responsable mondial de l'automatisation et des technologies", "ingénieur spécialisé dans la conception d'algorithmes", "directeur de la donnée et de l'expérience client" ou plus simplement data scientist ou développeur: ces offres d'emploi pourraient émaner d'entreprises spécialisées dans les technologies et l'informatique, de la finance ou de la grande distribution. Et pourtant, elles ont toutes été publiées ces derniÚres semaines par des industriels de santé, groupes pharmaceutiques ou fabricants de dispositifs médicaux.

    Consultante senior pour la pharma et les biotechs au sein du cabinet de recrutement GenSearch, Pauline Rambaud observe cet intĂ©rĂȘt grandissant du secteur pour les profils tech depuis "deux Ă  trois ans".

    "Beaucoup d'industriels pharmaceutiques sont en train de monter des Ă©quipes de data analysts et de data scientists, mais ils ne savent pas toujours oĂč les mettre, ni quel profil recruter au niveau du middle et du top management pour les encadrer", a-t-elle relevĂ©.

    Elle a notamment expliquĂ© cette tendance par le caractĂšre "stratĂ©gique" que revĂȘt de plus en plus l'analyse de donnĂ©es dans l'industrie, et par les nouvelles possibilitĂ©s offertes par l'ouverture des bases de donnĂ©es mĂ©dico-administratives aux acteurs privĂ©s et la crĂ©ation du systĂšme national des donnĂ©es de santĂ© (SNDS) (voir dĂ©pĂȘche du 31 juillet 2017).

    Seul hic: peu de personnes ont actuellement les compĂ©tences nĂ©cessaires pour manipuler ces volumes massifs de donnĂ©es. Et jusqu'ici, les bases ont Ă©tĂ© principalement utilisĂ©es par des Ă©quipes acadĂ©miques ou par des institutionnels. L'enjeu est donc d'identifier de potentiels transfuges, prĂȘts Ă  travailler pour le secteur privĂ©, a notĂ© Camille Dumand, consultante chez GenSearch spĂ©cialisĂ©e dans l'e-santĂ©.

    Pour ces recrutements, elle a expliqué viser le plus souvent des profils de statisticiens, pour beaucoup formés à l'Ecole nationale de la statistique et de l'administration économique (Ensae), ou des épidémiologistes.

    Mais l'Ensae "n'est pas un puits sans fond" et les formations mĂȘlant des enseignements scientifiques et techniques, Ă  l'instar du master "Big data for business", proposĂ© depuis 2016 par HEC et l'Ecole Polytechnique, sont encore "trĂšs rĂ©centes", a-t-elle observĂ©. Le marchĂ© est donc particuliĂšrement tendu.

    Comprendre la techno et le business

    "Ce ne sont encore que des balbutiements mais on sent bien que l'avenir est lĂ  et que nos clients vont ĂȘtre de plus en plus amenĂ©s Ă  rechercher des profils Ă  l'interface entre compĂ©tences techniques et connaissance du secteur de la santĂ© et de son modĂšle Ă©conomique", a analysĂ© Pauline Rambaud.

    Ces recrutements au croisement des technologies et des sciences de la vie se heurtent toutefois à de nombreux défis, car les profils existants sont peu nombreux, ne connaissent pas toujours les opportunités offertes par le secteur de la santé, et diffÚrent beaucoup des compétences traditionnellement recherchées par les industriels.

    MĂȘme quand il s'agit de recruter un manager pour encadrer ces profils techniques, "il faut trouver des personnes curieuses, adaptables, prĂȘtes Ă  gĂ©rer des Ă©quipes qui avancent en marchant, et qui comprennent aussi bien les sujets techniques que les enjeux business qui en dĂ©coulent", a notĂ© Pauline Rambaud.

    "Nos clients attendent de ces personnes qu'elles crĂ©ent elles-mĂȘmes leur poste, qu'elles soient force de proposition et qu'elles soient dans la transversalitĂ© et l'Ă©change avec les autres Ă©quipes. Avoir ces deux facettes n'est pas simple", a complĂ©tĂ© Camille Dumand.

    Confronté à des questions de plus en plus nombreuses de ses clients, le cabinet GenSearch s'est rapproché en septembre de MobiSkill, cabinet spécialisé dans le recrutement de profils tech, pour faire un état des lieux du marché et comprendre quels sont les leviers à actionner afin d'attirer ces nouvelles compétences.

    Pionniers d'un secteur "en forte digitalisation"

    Pour Adam Dia, responsable du pĂŽle data de Mobiskill, les industriels disposent de plusieurs atouts.

    "Il y a un ras-le-bol gĂ©nĂ©ral du cĂŽtĂ© des dĂ©veloppeurs, qui croulent sous les offres en publicitĂ©, marketing ou finances. Certes, ce sont les secteurs oĂč l'on trouve la plus grande volumĂ©trie de donnĂ©es, mais on me demande de plus en plus de postes en 'green tech' ou en e-santĂ©, car les dĂ©veloppeurs recherchent aussi un mĂ©tier qui a du sens", a-t-elle confiĂ© Ă  TICpharma.

    Autre atout potentiel de la santĂ© Ă©voquĂ© par la chasseuse de tĂȘtes: le "challenge" que reprĂ©sente un emploi "dans un secteur en forte digitalisation". "Ces profils sont attirĂ©s par la difficultĂ©. Etre le pionnier de tout un secteur en y injectant de la donnĂ©e peut ĂȘtre un aspect sur lequel communiquer pour les recruter", a-t-elle soulignĂ©.

    Reste que les codes de la pharma et du dispositif médical, en particulier des grands groupes, sont encore bien différents de l'univers "agile et flexible" de certaines jeunes pousses de la tech. Les profils tech peuvent par exemple préférer des contrats en freelance, sur des missions à court ou moyen terme, pour changer d'entreprise dÚs qu'un projet est terminé.

    Ce décalage doit inviter les industriels à revoir leurs processus de recrutement, car l'équilibre entre l'offre et la demande sur le marché de l'emploi de la tech est aujourd'hui "complÚtement inversé", a mis en avant Adam Dia. "Avant, on postait une annonce, on avait 10 candidatures et on faisait son marché. Maintenant, il faut s'adapter aux demandes des développeurs", a-t-elle expliqué.

    Jouer l'ouverture et la transparence

    Les entreprises de santĂ© gagneraient Ă  calquer leurs offres d'emploi sur ce que certaines start-up proposent dĂ©jĂ , Ă  savoir "du challenge technique", "un potentiel recours au tĂ©lĂ©travail", "des confĂ©rences 'HealthTech' payĂ©e par la sociĂ©tĂ©", ou encore la possibilitĂ© de "travailler sur des projets ad hoc de R&D pour tester des solutions" ou d'ĂȘtre impliquĂ© plus Ă©troitement en obtenant des parts dans l'entreprise.

    Adam Dia a également invité les industriels à communiquer plus largement sur leurs activités dans le digital, notamment sur des plateformes trÚs fréquentées par les développeurs comme Welcome to the jungle, Stack Overflow ou Github.

    "Le fonctionnement de la pharma est encore trÚs opaque et peut pùtir d'une image dégradée auprÚs du grand public. Il faudrait apporter plus de transparence pour inviter les développeurs à s'impliquer", a-t-elle observé.

    "Puisqu'on ne sait pas ce qu'il en est, on part du principe que c'est un secteur fait de grands groupes, aux processus lourds, qui n'ont pas forcément l'envie de se digitaliser et qui pùtissent de vieilles technologies compliquées à faire migrer sur des outils nouveaux. Ce qui explique que l'on préfÚre parfois ne pas y mettre les pieds", a-t-elle ajouté.

    Les industriels pourraient aussi se démarquer en mettant en exergue "leur force de frappe financiÚre pour piloter des projets de grande envergure technique". Une force de frappe qui permet par ailleurs de proposer des salaires attractifs, alors que le recrutement d'un développeur se négocie aujourd'hui entre 45.000 et plus de 100.000 euros annuels, et que ces derniers "attendent souvent un 'gap salarial' de 2.000 à 10.000 euros supplémentaires par an" lors d'un changement d'employeur, a noté Adam Dia.

    Conscient de la nĂ©cessitĂ© d'accompagner l'industrie dans cette transformation au long cours des politiques de recrutement et de gestion des ressources humaines, dans un univers oĂč les frontiĂšres entre sciences de la vie et technologies sont de plus en plus tĂ©nues, le cabinet GenSearch rĂ©flĂ©chit Ă  organiser dĂ©but 2019 avec MobiSkill un "meet up", afin d'inviter ses principaux clients Ă  poser leurs questions sur les spĂ©cificitĂ©s de l'emploi dans la tech.

    "On découvre ce secteur, on avance avec nos clients, mais nous sommes persuadés que cette curiosité grandissante pour les données et les technologies est une tendance à ne pas manquer en tant que recruteur", a résumé Pauline Rambaud.

    Raphael Moreaux
    raphael.moreaux@apmnews.com

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