L’actualité numérique des industries de santé

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    Innovations

    Roche et MSD planchent sur un futur écosystème autour de la blockchain et des données patients

    PARIS (TICpharma) - A l'initiative de la société de conseil Hello Tomorrow, les laboratoires Roche et MSD, Bpifrance et l'Alliance pour la recherche et l'innovation des industries de santé (Ariis) se sont associés pour "fédérer un écosystème autour de la blockchain et des données patients dans les six mois", a-t-on appris le 7 novembre à l'occasion de la présentation d'un livre blanc sur le même thème.

    Le livre blanc, intitulé "Blockchain et données patients", est cosigné par Hello Tomorrow, Roche, MSD (groupe Merck & Co), Bpifrance et l'Ariis.

    D'un ton volontairement pédagogue, le livre blanc définit la blockchain, analyse ses enjeux éthiques et envisage son adoption par les professionnels de santé, les industriels et les patients à travers plusieurs cas d'usage.

    "Ce livre blanc est important pour permettre aux gens qui n’y connaissent rien de découvrir ce que cette technologie peut apporter en termes de sécurisation des données patients et de consentement", a souligné Marco Fiorini, secrétaire général de l'Ariis.

    Dans la galaxie numérique, la blockchain prend une place de plus en plus importante et grâce à la décentralisation et à l’inaltérabilité qu’elle offre, cette nouvelle technologie jusqu’alors prisée par le monde de la finance intéresse désormais l'industrie de la santé.

    "Quand on a commencé à parler de cette technologie, nous nous sommes dits qu'il n'y avait pas de meilleur secteur que celui de la santé pour la développer, mais il faut défricher le champ", a indiqué Anne Philippot, directrice de l'innovation du laboratoire Roche.

    "Il y a plusieurs enjeux à évaluer: la sécurité de la donnée, sa libération par un écosystème et la notion de consentement. La blockchain permet la réutilisation d’une donnée unique et sert pour la médecine personnalisée, mais la donnée doit aussi être sécurisée et le meilleur garant reste celui qui donne sa donnée", a-t-elle ajouté.

    Un point de vue partagé par Anny Tirel, directrice des services médicaux des laboratoires MSD France.

    "En tant qu’industriel, notre premier métier est de créer des molécules mais cette année, les planètes se sont alignées et ça bouillonne autour de la blockchain. Alors nous avons décidé de rejoindre nos collègues de Roche pour mieux comprendre ce qu’est cette technologie et travailler dessus avec différents acteurs (start-up, industriels, institutionnels...)".

    Ce travail doit mener "dans les six prochains mois" à la fédération d'un "écosystème viable", a expliqué Christophe Tallec, codirecteur général de Hello Tomorrow.

    "Le livre blanc est une première pierre. L'objectif est d'élaborer une feuille de route pour avoir une vision concrète de ce que la blockchain peut apporter en santé", a-t-il poursuivi.

    La blockchain à l'heure de "l'avènement de la donnée"

    Préfacé par David Gruson, membre du comité de direction de la chaire santé de Sciences Po Paris et pilote de l'initiative Ethik-IA, qui entend défendre une "régulation positive" de l'intelligence artificielle (IA) et de la robotisation en santé, le livre blanc est divisé en cinq parties.

    Dans la première partie, les auteurs reviennent sur les enjeux actuels de la filière des données de santé, qui doit être "digitale, centrée patient et ouverte", et définissent la donnée de santé.

    Types de données, standards, réglementation, ils rappellent également que certaines caractéristiques de la blockchain peuvent être incompatibles avec le règlement général européen de protection des données (RGPD).

    "Les données inscrites sur une blockchain sont réputées inaltérables car elles sont très difficilement modifiables sans l’accord des membres du réseau une fois qu’elles sont inscrites. Ce caractère immuable serait contraire aux principes du droit de rétractation, d’effacement ou de conservation limitée des données (article 17 du RGPD) ainsi que de celui de rectification de ses propre données (article 16 du RGPD) puisqu’un bloc ne peut être ni retiré, ni modifié de la chaîne de blocs."

    La deuxième partie de l'ouvrage est entièrement consacrée à la blockchain. Définie comme "un protocole informatique qui établit un registre de transactions horodatées, décentralisé et partagé par plusieurs acteurs sous la forme de blocs qui se suivent", la technologie est décrite comme un "levier d'efficience et d'opportunités pour la santé".

    "La blockchain peut arriver ici comme un élément fédérateur, créant la confiance entre plusieurs acteurs par sa structure et permettant une facilitation et une clarification des chemins d’accès entre les données, davantage comme un intermédiaire que comme un hébergeur universel", plaident les auteurs du livre blanc.

    Pour démontrer l'intérêt de la blockchain en santé et prouver le succès de la technologie, les auteurs ont choisi de présenter certains projets aboutis ou en cours dans la troisième partie du document.

    Sont ainsi mis à l'honneur la start-up Embleema et son projet de blockchain au service de la pharmacovigilance, Owkin et le projet Substra pour "accélérer la recherche", ou encore Pierre Fabre et BotDesign et leur consortium articulé autour du consentement du patient.

    Conscients de la difficulté de transformer la majorité des projets en solutions commercialisables, les auteurs insistent sur les "nombreuses opportunités à exploiter pour les acteurs de la santé souhaitant s’impliquer dans la concrétisation de solutions innovantes pour gérer les données personnelles et favoriser leur adoption".

    C'est pour cela que dans la dernière partie de l'ouvrage, les participants au projet réfléchissent aux différents cas d’usage dans lesquels la blockchain pourrait "améliorer la gestion des données patient" et mettent en avant "les principaux points de souffrances à l’heure actuelle ainsi que les éventuelles solutions et voies à emprunter pour aider les initiatives à émerger vers des solutions concrètes à haute valeur ajoutée pour les utilisateurs".

    "Si un seul enseignement était à tirer du livre blanc, ce serait que la blockchain ne va pas devenir le type de base de donnée de référence pour les données de santé, loin de là. Toutefois, elle est l’occasion de penser des outils partagés qui facilitent les interactions entre différents acteurs autour des processus de soin", concluent-ils.

    Livre blanc "Blockchain et données patients"

    Wassinia Zirar

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    Vos réactions

    • R

      Remi

      Blockchain, c'est le nouveau mot à la mode.
      Quid du secret médical. De mes données, il n'y aura plus aucune possibilité de les anonymiser!
      Et c'est même pire, car les auteur le disent: le RGPD, bah, on est pas très règlo avec, et pas on va associer les données avec un identifiant (immuables) avec un identifiant (immuable lui aussi).
      Je crois qu'on peu dire qua là, oui, on marche sur la tête.
      Dans mon hôpital, on me demande de gérer les droits d'accès, mais la tout le monde donne ses données!
      Lamentable.

      20/11/2018 à 10:00

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