L’actualité numérique des industries de santé

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    Chez B. Braun, l'informatique pour "augmenter la valeur ajoutée du dispositif médical"

    SAINT-CLOUD (Hauts-de-Seine) (TICpharma) - Sébastien Topin, responsable Applications médicales et connectivité chez B. Braun Medical, filiale française du groupe allemand B. Braun, a détaillé dans un entretien à TICpharma la stratégie informatique du fabricant de dispositifs médicaux (DM), qui vise à "augmenter la valeur ajoutée du DM" en développant sa capacité à communiquer et à gérer de la donnée.

    Fabricant de dispositifs et services médicaux depuis sa création en 1839 en Allemagne, le groupe B. Braun, premier employeur des technologies médicales en France avec 2.000 collaborateurs, fait face comme l'ensemble des industriels de santé aux opportunités et aux défis posés par la révolution informatique.

    "Il y a actuellement un transfert de la valeur ajoutée d'un DM depuis le dispositif en tant que tel, vers sa capacité à communiquer et à s'intégrer dans un écosystème technologique existant", a analysé Sébastien Topin.

    Dans ce contexte, B. Braun poursuit depuis quelques années l'objectif de proposer des "solutions complètes au-delà du DM", intégrant des logiciels et des interfaces pour se connecter à différents systèmes d'information de santé, a-t-il expliqué.

    "La connectivité des DM n'est pas un gadget. C'est une garantie de pouvoir fournir de façon sécurisée et tracée une information exhaustive et de qualité aux établissements de santé, pour une meilleure prise en charge des patients et pour bénéficier de données structurées à des fins de recherche", a-t-il défendu.

    Arrivé en 2013 chez B. Braun Medical en tant que chef de projet IT, Sébastien Topin a d'abord géré seul les questions relatives au cycle de vie des logiciels médicaux, avant de constituer, au fur et à mesure de la progression des activités informatiques de la filiale française, une équipe qui comprend aujourd'hui cinq personnes.

    "Ce sont des types de recrutements complètements nouveaux", a-t-il pointé, expliquant que les candidats doivent "relever le challenge d'être capables à la fois de comprendre et connaître le monde du DM, mais aussi le monde des systèmes d'information, notamment hospitaliers".

    L'équipe de Sébastien Topin travaille à l'adaptation au contexte français de logiciels développés dans d'autres pays par le groupe allemand, et au suivi des applications médicales. L'essentiel des développements est sous-traité, et l'équipe assure surtout la gestion de projet et "le pilotage du développement d'interfaces".

    Les principaux outils et services informatiques proposés par B. Braun portent sur le circuit du médicament, notamment en oncologie pour l'administration de chimiothérapies, la connectivité des pompes à perfusion et le "parcours digital" du patient dialysé.

    Gestion des données de la dialyse

    Développé en Allemagne et déjà commercialisé dans plusieurs pays d'Europe, d'Asie et d'Amérique du sud, le logiciel de gestion des données du patient dialysé Nexadia Expert n'a été lancé sur le marché français qu'en 2018, du fait de contraintes réglementaires liées notamment à la nécessité d'obtenir la certification de logiciel d'aide à la prescription (LAP) auprès de la Haute autorité de santé (HAS).

    Nexadia Expert s'adresse aux centres lourds de dialyse, aux unités de dialyse médicalisées (UDM) et aux centres d'autodialyse, et permet de suivre le parcours du patient dialysé en centre ou en télédialyse.

    Concrètement, le logiciel récupère les données relevées par le module de surveillance Nexadia Monitor (poids du patient obtenu via une balance connectée et données issues du générateur de dialyse pendant la séance), et les intègre à un dossier informatisé, qui peut être interfacé avec le système d'information (SI) de l'hôpital responsable de la prise en charge.

    En début de séance, les données recueillies sur le poids du patient permettent de programmer automatiquement le générateur de dialyse en fonction de la prescription médicale du néphrologue, l'infirmier présent dans le centre n'ayant plus qu'à vérifier et valider la programmation.

    Pendant la séance, un module de téléconsultation proposé par B. Braun Medical en partenariat avec la société de visioconférence Tixeo permet au médecin néphrologue de voir son patient et d'échanger avec lui. Les données du générateur sont transmises en temps réel au logiciel Nexadia Expert. En fin de séance, le poids du patient est à nouveau enregistré dans son dossier informatisé.

    "Avec ces différentes briques, on est complètement sans papier et on assure une gestion globale du parcours du patient dialysé et une traçabilité des séances de dialyse", a mis en avant Sébastien Topin, ajoutant que B. Braun est la "seule société au monde à savoir faire de l'échange bi-directionnel avec les générateurs de dialyse, pour remonter de l'information mais aussi pour pousser la prescription du logiciel vers le générateur".

    B. Braun Medical vise une "quinzaine" de clients pour ses outils informatiques de gestion de la dialyse "d'ici la fin du premier trimestre 2019".

    L'informatique pour administrer les chimiothérapies

    Autre exemple d'outil développé à l'étranger par B. Braun et adapté au marché français par sa filiale française: le logiciel d'aide à l'administration des chimiothérapies Onco Safety, déployé cette année en France à l'Institut du cancer de Montpellier (ICM) (voir dépêche du 10 septembre 2018).

    Proposé depuis quatre ans en Espagne, l'outil a été adapté à la réglementation et aux besoins des professionnels de santé français. Il repose sur la lecture informatique de codes-barres permettant de valider l'identité du patient, respecter l'ordre d'administration du médicament et programmer de façon automatisée les débits de perfusion sur des pompes de chimiothérapie connectées qui communiquent avec le logiciel de prescription utilisé.

    Les avantages de cette automatisation et de cette traçabilité sont "les mêmes que pour la gestion informatisée de la dialyse", a relevé Sébastien Topin: une documentation et une remontée automatique des informations sur l'administration, une sécurisation du processus de préparation de la chimiothérapie et une qualité des données générées.

    Sébastien Topin a confié que B. Braun était en "contact très avancé" avec trois autres établissements en France pour déployer Onco Safety, et espère "dépasser la dizaine" de structures équipées "avant fin 2019".

    Les déploiements peuvent cependant être freinés par "la vitesse d'avancement des établissements sur ce type de projets transverses", qui doivent mobiliser la pharmacie, la direction du système d'information (DSI), l'ingénierie biomédicale et les départements des soins, a-t-il remarqué.

    L'accent sur l'interopérabilité

    Expert e-santé auprès de la Commission européenne dans le cadre du programme de recherche ICT for Healthcare, Sébastien Topin a insisté sur la nécessité de "se battre pour avoir une réglementation européenne" dans le secteur de la santé et de l'informatique, et non pas "des règles franco-françaises qui ajoutent des barrières à l'entrée du marché et dissuadent certains groupes européens ou américains d'investir en France".

    Il a fait référence à la certification obligatoire des LAP en France, annulée par le Conseil d'Etat sur la base d'un arrêt de la Cour de justice de l'Union européenne (CJUE) (voir dépêche du 19 décembre 2017).

    Parmi les raisons d'être optimiste, il a salué la décision des pouvoirs publics de passer d'un agrément "très franco-français" pour l'hébergement des données de santé (HDS) à une certification, construite à partir de normes internationales ISO (voir dépêche du 6 mars 2018). "Je pourrai dire à ma maison-mère que si on investit pour cette certification, ce n'est pas que pour le marché français", a-t-il relevé.

    "La position de B. Braun est de travailler à partir de normes et de standards internationaux", a assuré Sébastien Topin, reconnaissant toutefois que "des pans complets de l'information médicale ne sont pas encore couverts par des normes".

    Ces problématiques ne sont pas spécifiques à la France ou à l'Europe, a-t-il souligné, et tiennent à "la complexité liée à la représentation de la donnée médicale".

    Pour répondre aux enjeux d'interopérabilité des systèmes d'information de santé et connecter ses dispositifs hospitaliers comme les pompes à perfusion, B. Braun suit la norme HL7 (Health Level 7) et les profils de standard IHE (Integrating the Healthcare Enterprise).

    La filiale française travaille aussi avec des entreprises spécialisées dans les plateformes d'interopérabilité, comme Enovacom ou Qualcomm, afin de construire des interfaces entre les DM et les SI hospitaliers.

    Bio express de Sébastien Topin
    Sébastien Topin, responsable Applications médicales & connectivité B.Braun
    1999: diplômé de l'Institut national des sciences appliquées (INSA) de Rouen
    2000: ingénieur produit au sein de la start-up C4W.com puis de l'éditeur américain de logiciels de conception et de fabrication assistées par ordinateur Virstar, à Boston
    2003: responsable technique au sein de la start-up CIRA, spécialisée dans l'informatisation de l'imagerie médicale
    depuis 2011: expert e-santé auprès de la Commission européenne dans le cadre du projet de recherche ICT for Health
    2013: chef de projet IT chez B. Braun Medical
    depuis 2018: responsable Applications médicales et connectivité chez B. Braun Medical
    Raphael Moreaux

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