L’actualité numérique des industries de santé

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    "Il est nécessaire de cartographier les risques liés aux objets connectés en santé" (Laure Beyala)

    PARIS (TICpharma) - Spécialiste des nouvelles technologies en santé, ingénieure biomédicale de formation, Laure Beyala a publié cette année "Les objets connectés en santé: risques, usages et perspectives" aux éditions ISTE. Un ouvrage qui rappelle les enjeux et risques de l'internet des objets (IoT) dans le monde de la santé, sur lesquels elle revient pour TICpharma.

    TICpharma.com: A l'heure de la digitalisation des pratiques médicales, encouragée par les pouvoirs publics, votre livre sonne comme une mise en garde envers les objets connectés de santé. Pourquoi avoir choisi d'aborder ce thème?

    Laure Beyala: Nous sommes face à un nouveau process qui génère un impact considérable sur le système de soins. La rareté des ouvrages relatant ces enjeux m’a convaincue qu’il était nécessaire de cartographier les risques liés aux objets connectés en santé afin de sécuriser et de responsabiliser tous les acteurs impliqués dans la digitalisation du parcours de soins.

    Dans un contexte où la question relative aux risques liés à l’utilisation du matériel médical connecté est une problématique essentielle pour la population mondiale, nous avons donc trouvé qu’il était indispensable de proposer une version anglaise de mon ouvrage. C'est pourquoi après l'avoir publié en français en janvier dernier, nous venons de le sortir en anglais.

    Dans leur pratique quotidienne, les professionnels de santé sont-ils prêts à utiliser des dispositifs médicaux connectés?

    L.B.: Dans un monde où tout va de plus en plus vite, avec l’essor des nouvelles technologies de l’information de la communication, plusieurs sondages évoquent plus de 160 millions d’objets connectés d’ici 2020. Les utiliser va donc devenir inévitable.

    Savoir s’adapter à ce nouveau paradigme de travail est le défi même de l’humanité et je constate que les professionnels de santé sont plutôt ouverts à utiliser des objets connectés de santé. Ils considèrent, par exemple, que ces objets peuvent apporter un bénéfice pour leurs patients, notamment pour l’amélioration de l’observance.

    Mais si certains professionnels de santé sont prêts à utiliser les objets connectés en santé, il y a encore quelques freins à lever quant à la protection des données, à leur interopérabilité et à leur fiabilité scientifique. Il est donc impératif de repenser, de reconfigurer l’organisation du système de santé

    Quid des patients? Ont-ils une connaissance technique et médicale suffisante pour utiliser efficacement des objets connectés de santé?

    L.B.: L’usage des objets connectés en santé transforme aujourd’hui de nombreux aspects du système de soins. Il tend même à modifier le comportement des patients ainsi que les pratiques des professionnels de santé. Nous constatons que les patients ont une connaissance technique et médicale suffisante pour utiliser ces objets.

    Je rappelle que l'usage des dispositifs connectés dans la sphère médicale induit des risques. Dans mon ouvrage, j'ai répertorié trois types de risques liés aux usages: ils peuvent être "acceptables", "tolérables sous contrôle" ou "inacceptables". Concrètement, dans les risques intolérables, nous retrouvons les risques liés à l'intégrité des données, à leur protection et à leur fiabilité.

    Justement, ces outils connectés sont-ils fiables?

    L.B.: Tant au niveau national qu’international, les objets connectés sont pour la plupart au stade de leur évaluation scientifique (voir dépêche TICsanté du 8 juin 2018). Toutes les applications mobiles et médicales doivent démontrer leur efficacité et aujourd’hui, le patient peut utiliser un objet connecté ayant le statut de dispositif médical connecté pour mesurer ses indicateurs de santé. Cela lui permet d’ores et déjà de mieux prendre conscience de son état de santé, voire de modifier ses comportements.

    Il est donc important de bien expliciter l'e-santé et son approche clinique aux patients qui souhaitent être des acteurs dans leur prise en charge médicale en utilisant les objets connectés de santé. Un tel engagement pourrait se concrétiser par le lancement d’un plan de communication national pour former, informer les patients et les professionnels de santé sur les nouveaux usages du numérique dans le domaine médical. Cela permettrait de générer de l’intérêt et de la confiance.

    Comment encadrer le recours aux objets connectés en santé?

    L.B.: La question de la gouvernance est un critère de succès pour la transformation digitale du système de soins. Sur ce sujet, il est indispensable de mettre en place des organismes en charge d'un déploiement pluriannuel et régional de projets pilotes d'e-santé. Le but principal de ces structures serait de valider les solutions d'e-santé dans leur globalité: intérêt pour le patient, intérêt thérapeutique, mise en place à l'échelle de la région sur les plans technique, financier, juridique, réglementaire et organisationnel...

    Prioriser une telle action va faciliter la promotion d’une politique incitative, innovante et efficace de l’industrie numérique de la santé.

    Un encadrement trop rigoureux ne risque-t-il pas d'effrayer les industriels et de freiner l'innovation?

    L.B.: A mon sens, c’est une fausse frayeur. Nous constatons bien malheureusement que les technologies ainsi que les applications d'e-santé restent encore en deçà des attentes des populations. Pour parvenir à rendre ces services technologiques de santé matures, il est primordial d’adopter une stratégie gouvernementale socio-responsable, lui donner un caractère opposable et l’assortir de sanctions.

    Wassinia Zirar

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