L’actualité numérique des industries de santé

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    Innovations

    Baxter fait le pari de la dialyse péritonéale connectée pour traiter l’insuffisance rénale

    (Par Wassinia ZIRAR)

    CORBEIL-ESSONNES (Essonne) (TICpharma) - Sept patients du centre hospitalier Sud-Francilien (CHSF) bénéficient d'un dispositif connecté de dialyse péritonéale développé par le laboratoire américain Baxer, permettant une transmission immédiate des données de la dialyse à l'équipe médicale.

    Sébastien Gibralta (photo), 37 ans, est insuffisant rénal au stade terminal depuis "quatre ou cinq ans" et il est traité par dialyse péritonéale depuis "environ un an et demi".

    Ce 11 septembre, il a rendez-vous avec le Dr Valérie Caudwell, cheffe du service néphrologie-dialyse du CHSF pour un "bilan mensuel". La néphrologue est déjà à jour de l’état de santé de son patient, dont elle reçoit quotidiennement les données des dialyses.

    Comme six autres patients de l'hôpital, Sébastien Gibralta expérimente une toute nouvelle solution connectée du laboratoire Baxter pour sa dialyse péritonéale.

    Pour rappel, la dialyse péritonéale se décline en deux versions: elle peut être continue ambulatoire (DPCA), c'est-à-dire effectuée manuellement de jour, ou automatisée (DPA) à l’aide d'une machine appelée "cycleur" et se faire de nuit à domicile.

    Les autres traitements de l'insuffisance rénale sont la greffe de rein -dont les délais d'attente sont de quatre ans- et l'hémodialyse, qui consiste à épurer le sang.

    Dans le cadre d'une dialyse péritonéale, le patient est équipé d’un cathéter posé de façon permanente sur le ventre. Un liquide stérile est injecté dans le péritoine, la fine membrane entourant les organes abdominaux. Au terme d’une heure et demi de stase, le liquide est drainé vers une poche extérieure. Un processus qui doit être répété quatre fois.

    Dans le passé, Sébastien Gibralta avait déjà opté pour la dialyse péritonéale automatisée (DPA) à domicile mais celle-ci n'était pas connectée: il devait ainsi apporter la carte à puce de son cycleur à chaque rendez-vous à l'hôpital.

    L’innovation de Baxter vient de la connexion entre le cycleur de DPA, baptisé Homechoice Claria, et une plateforme de télémédecine éditée par le laboratoire appelée ShareSource. Concrètement, le patient connecte son cathéter au cycleur, qui est lui-même relié à des poches de solutions de dialyse.

    Comme pour la version automatisée, le cycleur va alternativement effectuer des phases d’injection, des phases de stase et des phases de drainage, toute la nuit.

    Au réveil, le patient déconnecte son cathéter et peut ensuite entamer sa journée sans se soucier de la machine puisqu’elle transmet elle-même les données aux équipes médicales.

    La connexion se fait automatiquement grâce à un modem fourni par le laboratoire qui peut "se connecter à l’ensemble des réseaux téléphoniques mobiles et accéder à n’importe quel opérateur dans le monde, sans que le patient n’ait à payer un abonnement", explique à TICpharma Cédric Hervé, en charge du marketing au sein de la filiale française de Baxter.

    Cette technologie envoie les données médicales automatiquement à chaque fin de traitement à la plateforme, à laquelle l’hôpital accède le jour-même.

    "Baxter nous a proposé le dispositif et nous a demandé d’être un service pilote. Cette solution ne change pas grand-chose pour le patient -qui est toujours aussi libre de ses mouvements- mais elle nous permet de suivre et d’intervenir à distance. Nous pouvons changer les doses de liquide, sa composition ou encore la durée des cycles et elle permet une meilleure observance", souligne le Dr Caudwell.

    Un suivi en temps réel "sécurisant" pour le patient et le médecin

    Sur l’écran de son PC dans la salle de consultation, la néphrologue se connecte à ShareSource, tape un identifiant et un mot de passe, et accède aux résultats des dialyses péritonéales de ses sept patients, les nuits précédentes.

    Si un petit drapeau vert apparaît à côté du nom d'un patient, cela signifie que tout va bien et qu’il n’y a eu aucun incident. Si le drapeau est jaune, l’équipe médicale doit porter une attention plus particulière à la nuit de dialyse mais cela ne signifie pas qu’il y a un danger imminent pour le patient. En revanche, si le marqueur est rouge, l’équipe médicale doit intervenir urgemment et contacter le patient.

    Ce suivi en temps réel rassure aussi le patient. "Avant de choisir cette solution, si je rencontrais un problème sur la machine, il fallait attendre le rendez-vous mensuel pour que la puce du cycleur -que je rapportais au rendez-vous- soit examinée et que les médecins interviennent. Aujourd’hui, avec la télétransmission, je me sens plus en sécurité", confie Sébastien Gibralta.

    Après avoir échangé sur ses résultats depuis un mois et effectué une "prise de sang de routine", ce patient en attente d'une double greffe du rein et du pancréas a pu repartir avec une nouvelle date de rendez-vous dans un mois.

    Formé pendant une quinzaine de jours au fonctionnement de la machine par Valérie, Lysiane et Lindsay, les trois infirmières référentes en dialyse péritonéale ambulatoire et connectée au CHSF, ce voyageur passionné peut continuer à parcourir le monde en toute quiétude. Il rentre d’ailleurs d’un été dans les Antilles, après un passage par le Portugal "sans aucun problème".

    "Avant de choisir cette solution, lorsque je voyageais, j’avais toujours une certaine appréhension. L’hôpital me remettait les coordonnées de professionnels locaux mais ce n’était pas rassurant. Par exemple, lors d’un voyage en Autriche, j’étais inquiet pendant tout le séjour car la langue était déjà une barrière et le vocabulaire médical étant plus compliqué encore, cela rendait la tâche impossible si je devais me rendre dans un hôpital autrichien en cas de problème."

    Souvent amené à se rendre en Belgique, où réside sa compagne, Sébastien Gibralta peut aujourd’hui être traité même depuis le Duché de Brabant.

    Une solution 100% remboursée par l’assurance maladie

    "En France, il y a près de 80.000 personnes atteintes d’insuffisance rénale au stade terminal et seulement 6,3% d’entre elles ont choisi la dialyse péritonéale à domicile", déplorent Guillaume Lefevre et Cédric Hervé, en charge du marketing pour Baxter France.

    Pourtant, le traitement est intégralement remboursé par l’assurance maladie, y compris dans sa version connectée.

    "On estime qu’une semaine de dialyse péritonéale connectée à domicile coûte environ 600 euros: logiciel et matériels (poches stérile, liquide de drainage, cycleur, etc.) compris. Tout est intégralement remboursé par l’assurance maladie. Dans le même temps, une semaine d’hémodialyse se chiffre à 1.000 euros, voire 1.400 euros quand on prend en compte l'hospitalisation et le transport", ajoutent-ils.

    Chez Baxter France, on explique ce non-recours à la dialyse péritonéale connectée ou ambulatoire (non connectée) par un "manque de notoriété" du traitement.

    Du côté de la sécurité, Guillaume Lefevre indique qu’il a fallu "deux ans" pour apporter à l'Agence des systèmes d'information partagés de santé (Asip santé) et à la Commission de l’informatique et des libertés (Cnil) l’ensemble "des preuves de cybersécurité".

    Initié en juillet 2016, le projet a été lancé à l'été 2018 en France. Les données de santé des patients sont hébergées par le laboratoire lui-même, certifié hébergeur de données de santé.

    "Nous attendons les retours des patients et des équipes médicales avant de procéder à d’éventuels réajustements mais nous n’avons rien prévu pour l’instant", affirme Cédric Hervé.

    Le Dr Caudwell, elle, aurait bien quelques remarques à formuler sur l’interface de la plateforme, mais rien "sur le fond". D'ici la fin de l’année, la néphrologue espère bien compter "une quinzaine" de patients engagés dans le traitement connecté.

    Wassinia Zirar

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