L’actualité numérique des industries de santé

    L’actualité numérique des industries de santé

    

    Etudes

    Des chercheurs font le pari de l'IA pour prédire l'efficacité de l'immunothérapie anticancéreuse

    PARIS (TICpharma) - C'est une première: des chercheurs français ont réussi à entraîner une intelligence artificielle (IA) pour exploiter des images médicales et en extraire des informations biologiques et cliniques destinées à prédire la réponse du patient à l'immunothérapie anticancéreuse, sans pratiquer de biopsie.

    L'immunothérapie vise à mobiliser les défenses immunitaires du patient pour lutter contre les cellules tumorales. Les produits disponibles sur le marché ciblent principalement la protéine PD-1/PD-L1. C'est notamment le cas d'Opdivo* (nivolumab, Bristol-Myers Squibb), Keytruda* (pembrolizumab, Merck & Co), Bavencio* (avélumab, Merck KGaA/Pfizer) et Tecentriq* (atézolizumab, Roche).

    Si cette approche est "en plein essor" et peut efficacement remplacer la chimiothérapie dans le traitement de certains cancers comme ceux touchant à la sphère ORL ou encore le mélanome, "les médecins ne peuvent pas encore déterminer quel patient sera réceptif", a expliqué à TICpharma le Pr Eric Deutsch, chef du département médical de radiothérapie du centre de lutte contre le cancer (CLCC) Gustave-Roussy de Villejuif (Val-de-Marne).

    "Tout le challenge est de trouver le moyen de mieux orienter l'immunothérapie, parce qu'actuellement seuls 15% à 30% des malades sont répondeurs aujourd'hui" et aucun marqueur de réponse n'existe, a-t-il ajouté.

    Un constat partagé par Nikos Paragios, fondateur de TheraPanacea, qui a noté auprès de TICpharma qu'aujourd'hui, "l'immunothérapie coûte environ 100.000 euros par patient et seul un patient sur cinq y répond". Or "l'immunothérapie sur un patient qui n'est pas réceptif peut être dangereuse, en plus de coûter cher", a-t-il pointé.

    Pour pallier le problème de détection des patients réceptifs à ce mode de traitement, une équipe de médecins-chercheurs issus de Gustave-Roussy, Centrale-Supélec, l’Inserm, l’université Paris-Sud et de TheraPanacea, une start-up de Centrale-Supélec, a fait le pari de l'IA.

    Dans une étude rétrospective publiée dans la revue scientifique spécialisée The Lancet Oncology, les chercheurs ont entraîné pendant deux ans un algorithme à reconnaître, à partir d'images de scanner, les tumeurs qui comptent un volume important de lymphocytes T. L’immunothérapie est, en effet, "plus efficace" lorsque que le nombre de lymphocytes T est "élevé", a précisé le Pr Deutsch.

    Création d'une signature radiomique

    Les chercheurs ont d'abord appris à l’algorithme à exploiter les données d'imagerie de 500 patients adultes présentant une tumeur solide (toutes localisations), mises en parallèle avec des données de biopsies tumorales.

    "En se basant uniquement sur des images, l’algorithme a appris à prédire ce que la génomique aurait révélé de l’infiltrat immunitaire tumoral notamment par rapport à la présence de lymphocytes T cytotoxiques (CD8) dans la tumeur et a établi une signature radiomique", c'est-à-dire un biomarqueur du comportement génomique d'une tumeur, a indiqué Gustave-Roussy dans un communiqué.

    "L'algorithme a établi une signature comme l'aurait fait une biopsie, mais en ne se basant que sur les images de scanner", a complété Nikos Paragios. Si cette signature doit encore être "affinée", elle peut d'ores et déjà déterminer "un score prédictif de l’efficacité de l'immunothérapie chez un patient", a ajouté le fondateur de TheraPanacea.

    Après la phase d'apprentissage, la signature radiomique a été validée avec différents indicateurs cliniques auprès de trois cohortes composées des patients atteints d'un cancer réfractaire du poumon, du sein ou encore du rein.

    Puis, pour tester la pertinence de cette signature en situation réelle et la corréler à la prédiction de l’efficacité de l’immunothérapie, elle
    a été évaluée à partir des scanners réalisés avant la mise sous traitement de patients inclus dans cinq essais d’immunothérapie anti-PD-1/PD-L1 de phase I. Les chercheurs ont montré que les patients chez qui l'immunothérapie fonctionnait après trois et six mois présentaient un score radiomique plus élevé, tout comme ceux qui avaient une meilleure survie.

    "Aujourd'hui, il s'agit d'un prototype clinique. Il faudrait augmenter le volumes de données pour contrôler le comportement génomique des patients et affiner l'algorithme. Cela va permettre de développer la médecine de précision, de soigner plus de patients et de faire réaliser des économies importantes au système de santé", a complété Nikos Paragios.

    A terme, le médecin pourrait donc utiliser les images de scanner pour identifier des phénomènes biologiques d'une tumeur sans avoir à réaliser de biopsie et faire ainsi économiser au système de santé le coût d'une hospitalisation et d'un acte chirurgical, souvent pénible pour le patient.

    Une prochaine étude clinique devra évaluer la signature de manière rétrospective et prospective, sur un plus grand nombre de patients segmentés par type de cancers.

    Si le coût du projet n'a pas été dévoilé, il est soutenu par la Fondation pour la recherche médicale, l'Institut national du cancer (Inca) et l'ensemble des partenaires du projet: TheraPanacea, Gustave-Roussy, l'Inserm, CentraleSupelec et l'université Paris-Sud.

    L'IA pour prédire la réponse thérapeutique à une radiochimiothérapie pré-opératoire
    Les équipes de cancérologie digestive de trois hôpitaux de l'Assistance publique-hôpitaux de Paris (AP-HP), de l’Inserm et de l’université Paris-Descartes ont aussi choisi de miser sur l'IA pour prédire la réponse thérapeutique à une radiochimiothérapie pré-opératoire chez des patients suivis pour un cancer du rectum avancé. Selon une étude publiée le 22 août dans la revue Scientific Reports, les chercheurs se sont appuyés sur des données cliniques et des images de scanner et ont entraîné un algorithme à prédire le score de réception de la radiochimiothérapie pré-opératoire chez des patients malades. Au total, 22 des 95 patients inclus dans l’étude avaient une réponse complète à la radiochimiothérapie pré-opératoire. L'étude a révélé un taux de précision des réponses de 80%. Cette technologie devrait permettre à terme de mieux orienter les patients et de leur proposer un traitement conservateur plutôt qu’une ablation totale du rectum, estiment les chercheurs.
    Wassinia Zirar

    À suivre

    Etats-Unis: feu vert à la mise sur le marché d'une application mobile pour la contraception

    Acteurs

    Oncologie: Roche vise un marquage CE pour son "compagnon digital" en 2019

    PARIS (TICpharma) - Le laboratoire Roche met actuellement en place de premiers essais cliniques sur son "compagnon digital" Zemy, développé avec l'éditeur Voluntis pour le suivi personnalisé et à distance des patients traités pour un cancer du sein, avec l'objectif d'obtenir un marquage CE "début 2019", a indiqué à TICpharma Christine Lhomel, responsable opérations médicales et relations scientifiques chez Roche Pharma France.

    0 317

    Acteurs

    Unicancer s'allie avec AstraZeneca pour construire une base de données sur le cancer du poumon

    PARIS, COURBEVOIE (Hauts-de-Seine) (TICpharma) - La fédération des centres de lutte contre le cancer (CLCC) Unicancer et le laboratoire AstraZeneca ont annoncé le 6 novembre dans un communiqué la signature d'un nouveau partenariat pour rassembler des données de vie réelle dans le cancer du poumon.

    0 187

    Vos réactions

    Anti-spam : Veuillez saisir le résultat de ce calcul S.V.P
    6 + 7 =