L’actualité numérique des industries de santé

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    Innovations

    La santé mentale à l'orée de sa digitalisation

    PARIS (TICpharma) - A l'heure du tout connecté, les spécialistes de la santé mentale semblent partagés entre les bienfaits des outils numériques pour un meilleur suivi des patients et leurs impacts psychologiques et cognitifs, alors que le ministère des solidarités et de la santé entend "promouvoir la santé mentale 3.0".

    Digitaliser les soins pour améliorer la prise en charge, faciliter le quotidien du patient, des aidants et des professionnels de santé. Tel est le leitmotiv qui accompagne le passage à l'ère numérique de toutes les disciplines médicales.

    Entre nouvelles technologies et neurosciences, le domaine de la santé mentale s'interroge encore sur l'impact du numérique sur des patients fragilisés, tout en faisant face, lui aussi, à l'essor d'internet, des applications mobiles et objets connectés, et des activités de télémédecine en psychiatrie, psychologie ou addictologie.

    Fin juin, la ministre des solidarités et de la santé, Agnès Buzyn, a présenté la feuille de route "santé mentale et psychiatrie" du ministère, qui contient une série d'"actions" pour "promouvoir la santé mentale 3.0".

    "En France, aux Pays-Bas, en Allemagne, au Royaume-Uni, en Belgique et en Irlande, l'utilisation moyenne des outils de e-santé mentale par les personnes souffrant d'un problème de santé mentale et par les professionnels est actuellement de 8%, ce qui est faible par rapport à d'autres secteurs de soins de santé, avec le niveau d'utilisation le plus bas en France [inférieur à 1%]", a souligné le ministère dans le dossier de presse accompagnant cette feuille de route.

    Un projet européen intitulé "E-men", doté de 5,5 millions d'euros sur la période 2016-2019, a pour objectif de faire passer l'utilisation moyenne des outils d'e-santé dans ces pays de 8% à 15% grâce à la mise en place d'une plateforme de coopération transnationale pour l'innovation en e-santé mentale afin de tester et développer des produits.

    Dans le cadre de ce programme, le Centre collaborateur de l'organisation mondiale de la santé (CCOMS) pour la recherche et la formation en santé mentale de Lille a été chargé d'organiser un cycle de séminaires de sensibilisation et d'échanges de pratiques sur l'e-santé mentale. Le ministère de la santé a précisé que les prochains séminaires auront lieu en décembre 2018 à Rennes et fin 2019 à Paris.

    Dans sa feuille de route, Agnès Buzyn a encouragé acteurs publics et privés à participer à la création et à l'animation d'une plateforme européenne d'échanges de connaissances et pratiques en e-santé mentale ouverte aux chercheurs, professionnels de santé, usagers, aidants et entreprises du secteur.

    Le ministère entend élaborer des recommandations "pour un accompagnement et une diffusion efficace et responsable de la santé mentale 3.0 en France et en Europe", ainsi qu'un rapport sur "l'impact de la participation des personnes concernées par les problématiques de santé mentale au développement de projets et dispositifs de santé mentale numérique".

    Il évoque également la mise en place d'actions de formation à l'e-santé mentale des professionnels de santé et des citoyens, et la création d'un site internet sur la santé mentale "en lien avec Santé publique France".

    Des spécialistes optimistes mais vigilants

    Quelques jours après la présentation de cette feuille de route ministérielle, plusieurs spécialistes de la santé mentale se sont réunis à Paris lors d'un colloque à la Maison de la Chimie organisé par la revue Pharmaceutiques. Ils ont notamment débattu des bienfaits et limites des nouvelles technologies dans leur domaine.

    "L'homme hybride existe déjà, que ce soit avec les outils comme ceux utilisés dans la stimulation cérébrale avec sonde, ou par cette hybridation quotidienne avec nos objets connectés personnels. Cette hybridation est-elle viable? Non, notre cerveau ne supporte déjà plus, nous ne pouvons pas forcer la machine cérébrale", a tranché le Pr Raphaël Gaillard, praticien hospitalier en psychiatrie à l'hôpital Sainte-Anne à Paris.

    Pour le spécialiste, à forcer cette "machine cérébrale", l'homme hérite de nouvelles maladies mentales. "Il faut mettre en place des garde-fous, limiter les interactions virtuelles et promouvoir le contact humain. Il faut être discursif, avant d'être disruptif", a-t-il relevé.

    Pour Xavier Briffault, chercheur en sciences sociales et épistémologie de la santé mentale au CNRS, "toutes ces technologies ne sont pas forcément des 'augmentations' de l'homme, mais des 'délégations' aidant à vivre mieux quand les capacités mentales sont altérées".

    Une position partagée par Fabienne Delaplace-Lavoix, présidente d'Otsuka France, qui voit dans l'explosion de l'offre en matière d'objets connectés un bon moyen de "renforcer l'observance".

    Pour rappel, le laboratoire japonais Otsuka a été le premier, en novembre 2017, à obtenir l'homologation de la Food and Drug Administration (FDA) d'un système associant un médicament en comprimé, l'antipsychotique Abilify (aripiprazole) et un capteur numérique ingérable destiné à suivre la prise du traitement (voir dépêche du 20 novembre 2017).

    Entre meilleure prise en charge et nouveaux poisons

    "Vouloir augmenter l'homme, c'est lui rappeler qu'il est insuffisant", a prévenu le Pr Raphaël Gaillard, peu militant pour l'usage des nouvelles technologies.

    Intervenant lors du même colloque, le Dr Michaël Larrar, pédopsychiatre et fondateur du site Fink.care, a pour sa part estimé que les bienfaits du numérique étaient "plus nombreux" que ses inconvénients. "C'est plus surchargeant pour le psychisme de penser que de se servir des technologies", a-t-il affirmé.

    A condition de ne pas basculer dans un monde totalement virtuel, et de remettre en question des relations sociales qui ont un rôle essentiel dans l'équilibre psychique et cognitif.

    "Les problématiques de santé mentale altèrent les relations sociales, et le professionnel de santé doit garder la possibilité d'intervenir pour réorienter le processus de soin et remettre le patient au centre", a soutenu Xavier Briffault.

    A l'orée de sa digitalisation, le secteur de la santé mentale doit donc faire la part entre les usages des outils numériques qui contribuent à une meilleure prise en charge du patient, et ceux qui risquent d'isoler davantage ce dernier, voire de créer de nouveaux troubles.

    Dans une étude publiée en mai, des chercheurs de la Royal Society for Public Health britannique ont décrit les réseaux sociaux comme "plus addictifs que les cigarettes et l'alcool". Ils ont alerté sur leur utilisation abusive par les 16-24 ans (91% les consultent quotidiennement).

    Ils ont estimé que ces nouveaux moyens de communication avaient provoqué une hausse de 70% du taux d'anxiété et de dépression chez les jeunes sur ces 25 dernières années. On comprend mieux, dès lors, les craintes de certains spécialistes.

    Wassinia Zirar

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