L’actualité numérique des industries de santé

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    Politique

    E-santé: et si le gouvernement passait enfin à la vitesse supérieure?

    PARIS (TICpharma) - Renforcer l'usage du numérique en santé pour améliorer l'accès aux soins, rendre le système de santé efficient et faire des économies: si ces recommandations semblent presque galvaudées, elles sont pourtant encore au cœur de deux rapports remis au gouvernement cet été par le Comité Action publique 2022 (CAP 2022) et France Stratégie.

    Quand on parle d'e-santé, les rapports se suivent et bien souvent se ressemblent. L'été 2018 ne fera pas exception, deux rapports récemment publiés encourageant les pouvoirs publics à renforcer l'usage du numérique en santé.

    Le Comité Action publique 2022 (CAP 2022) propose ainsi de "renforcer l'innovation en santé, la sécurité et l'efficience du système de soins", notamment en lançant un "plan de santé numérique de grande ambition", indique-t-il dans son rapport rendu public le 20 juillet par le syndicat Solidaires Finances publiques.

    De son côté, France Stratégie, organisme d’expertise et d’analyse prospective sur les grands sujets sociaux et économiques rattaché à Matignon, a estimé que l'e-santé favoriserait l’accès aux soins et permettrait à l'assurance maladie d'économiser 70 millions d'euros, dans un rapport intitulé "Les bénéfices d'une meilleure autonomie numérique" remis le 12 juillet au secrétaire d'Etat chargé du numérique, Mounir Mahjoubi.

    Si les auteurs de ces deux rapports paraissent répéter inlassablement ce qui devient un refrain bien connu s'agissant de l'e-santé et de ses bénéfices supposés ou avérés, ils interrogent quant à la volonté des pouvoirs publics de mettre en œuvre ces recommandations déjà presque éculées.

    Chargé de définir des réformes structurelles et d'identifier les économies possibles sur 21 politiques publiques, le comité CAP 2022 dessine dans son rapport des pistes de réforme pour le système de santé (proposition n°5), pour une économie chiffrée à 5 milliards d'euros.

    Cela passerait par le lancement d'un "plan santé numérique" destiné à donner une forte impulsion à la numérisation des usages et des processus à l'hôpital, en ville et dans les établissements médico-sociaux. Il s'agirait de mobiliser, coordonner et exploiter le potentiel offert par les données de santé.

    Le comité recommande de généraliser en priorité la télémédecine à tous les citoyens vivant dans une commune identifiée comme étant un désert médical, d'augmenter le recours à la télésurveillance à domicile pour un meilleur suivi des maladies chroniques et de donner accès aux actes de télémédecine à toutes les professions médicales, afin de diminuer le nombre d'hospitalisations des résidents en établissement d'hébergement pour personnes âgées dépendantes (Ehpad).

    Généraliser les échanges de données

    Le rapport CAP 2022 préconise aussi de décloisonner le parcours de soins en généralisant l'usage des outils numériques et les échanges de données patients, et de garantir la réussite des projets de santé numérique en associant systématiquement les patients et les professionnels pour identifier et développer de nouveaux usages.

    Il suggère de proposer à chaque patient un environnement numérique sur lequel il pourrait facilement retrouver des données et informations qui le concernent, et de saisir les opportunités offertes par le numérique pour améliorer l'efficience du système de santé. Il faudrait par exemple réguler plus fortement les dépenses de transport sanitaire prescrites par les professionnels de santé, qui augmentent très rapidement, via le développement des usages numériques en santé, et notamment de la télémédecine.

    La santé et la protection sociale font partie des sept domaines prioritaires identifiés par le CAP 2022 dans lesquels l'Etat devrait investir plus massivement dans le numérique afin d'offrir un "service public augmenté".

    Dans sa proposition n°3, le comité estime que la "révolution numérique" constitue une "rupture majeure pour la transformation de l'action publique" en permettant de concilier une plus grande efficacité des services et une diminution des dépenses de fonctionnement.

    L'échange de données entre les différents organismes de protection sociale demanderait ainsi "des évolutions substantielles des systèmes d'information des caisses de sécurité sociale". Le comité souligne également l'apport du numérique pour "projeter de nouveaux services plus spécialisés" et améliorer l'offre dans les territoires mal desservis, citant l'exemple de la télémédecine.

    Le numérique comme vecteur d'inclusion... et d'économies

    Dans son rapport sur les bénéfices de l'autonomie numérique, France Stratégie s'est penché sur la question de l'usage des nouvelles technologies comme vecteur d'inclusion et d'économies pour l'assurance maladie.

    Les auteurs affirment d'emblée qu'internet peut "améliorer l’accès aux soins ainsi que leur qualité et leur efficacité". Ils insistent particulièrement sur l'importance de l'accès à l’information médicale en ligne, qui permettrait à l’assurance maladie de réaliser des économies "en réduisant le nombre de consultations inutiles".

    France Stratégie s'appuie sur une étude de Murray&Al parue au Royaume-Uni en 2011, révélant que les personnes qui ont accès à internet "vont en général moins souvent chez le médecin grâce à un meilleur accès à l’information". "Ainsi, on suppose qu’environ 30% des personnes éloignées du numérique pourraient réduire leur nombre annuel de consultations d’une unité après avoir appris à maîtriser internet, cela concernerait 4,2 millions de personnes."

    A partir de cette hypothèse d'une baisse du nombre annuel de consultations, France Stratégie chiffre les économies potentielles à 35 millions d’euros pour les patients et 70 millions d’euros pour l’assurance maladie. Pour atteindre ces sommes, l'organisme s'est basé sur le coût d’une consultation en secteur 1 (25 euros) et sur la base de remboursement de la sécurité sociale (16,50 euros) pour une population estimée à 4,2 millions de Français.

    Si France Stratégie prévient que "cette hypothèse ne tient compte ni de l’accès facilité aux soins, difficile à quantifier, ni d’une meilleure mise en concurrence des praticiens, qui pourraient conduire à une baisse des prix", l'organisme a néanmoins estimé que l'e-santé permettrait une amélioration de l'accès aux soins et un service de santé plus efficient.

    Ces pistes maintes fois répétées figuraient déjà au programme de la ministre des solidarités et de la santé, Agnès Buzyn, en avril dernier. Lors de la présentation à la presse des pilotes de la "stratégie de transformation du système de santé", elle avait estimé qu'il était temps "d'adopter une vraie stratégie numérique en santé" (voir dépêche du 12 mars 2018). Plusieurs fois retardées, les annonces de réforme du système de santé devraient avoir lieu à l'automne. Il est temps.

    Rapport "Les bénéfices d'une meilleure autonomie numérique" (France Stratégie)
    Rapport "Service public, se réinventer pour mieux servir. Nos 22 propositions pour changer de modèle" (CAP 2022)

    La Rédaction
    redaction@ticpharma.com

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