L’actualité numérique des industries de santé

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    Guerbet: du produit d'imagerie aux outils d'"intelligence augmentée"

    VILLEPINTE (Seine-Saint-Denis) (TICpharma) - Le numérique et "l'intelligence augmentée" ont été identifiés par le spécialiste français des produits d'imagerie Guerbet comme un axe stratégique de développement et un nouveau "relais de croissance" concrétisé début juillet par la signature d'un partenariat avec le géant IBM, a expliqué à TICpharma François Nicolas, Chief Digital Officer (CDO) de Guerbet.

    Le groupe, actif dans le secteur de l'imagerie médicale et du produit de contraste depuis le début du XXè siècle, entend profiter de la vague numérique pour faire face à des contraintes fortes sur son marché historique.

    Il est notamment confronté à l'arrivée d'un générique sur son produit phare, Dotarem (acide gadotérique), et à une "érosion des prix", a relevé François Nicolas, arrivé au poste de CDO en septembre 2017 pour "aider à développer une nouvelle ligne de produits" relevant davantage de l'intelligence artificielle (IA) et de l'informatique.

    Peu avant l'arrivée du CDO, le comité exécutif de Guerbet avait fait de la radiologie interventionnelle et de "l'intelligence augmentée" ses deux priorités de développement.

    Pour profiter d'expertises sur la création d'une nouvelle activité économique dans ces domaines, le groupe s'était doté en mai 2017 de deux nouveaux administrateurs: Eric Guerbet, ingénieur ayant exercé 17 ans dans les systèmes d'information du groupe BNP Paribas, et Thibault Viort, ingénieur et "serial entrepreneur" ayant participé au développement des premiers jeux en ligne sur Facebook.

    Chargé de concrétiser la nouvelle orientation stratégique de Guerbet, François Nicolas fait partie du comité exécutif et bénéficie de référents dans les différentes business units de l'entreprise. "Pour réussir, j'ai besoin d'avoir beaucoup d'autonomie, mais aussi de pouvoir embarquer l'organisation relativement vite dans des projets significatifs en ayant des relais au niveau du comité exécutif", a-t-il noté, mettant en avant les avantages de l'organisation retenue chez Guerbet.

    "C'est à la fois compliqué pour Guerbet de devenir éditeur de solutions digitales, et en même temps extrêmement naturel", a poursuivi le CDO. Il a souligné que le groupe avait déjà inclus dans ses injecteurs de produits de contraste des parties logicielles permettant de connecter ces dispositifs et de tracer les doses injectées.

    Début 2018, Guerbet a fait un nouveau pas vers l'informatique de santé en mettant sur le marché l'outil Contrast&Care, logiciel pour les centres d'imagerie médicale permettant de regrouper toutes les informations liées aux examens injectés (produits de contraste, protocole d'injection, données patients) et s'interfaçant avec les systèmes d'informations de radiologie (RIS) et les systèmes d'archivage et de partage de l'imagerie (Pacs).

    A la recherche d'experts en intelligence artificielle

    Le 10 juillet dernier, c'est vers le monde du diagnostic et de l'IA que le groupe s'est orienté, en annonçant un partenariat exclusif avec IBM Watson Health, la division d'IBM spécialisée dans l'IA en santé, afin de développer et commercialiser un logiciel d'aide au diagnostic et au suivi du cancer du foie, baptisé Watson Imaging Care Advisor for Liver.

    L'outil, qui devrait être disponible d'ici "deux à trois ans", permettra d'aider le radiologue dans la détection, la caractérisation, le suivi et la prédiction de la réponse thérapeutique du cancer du foie primaire et secondaire à partir de l'analyse d'images, a expliqué François Nicolas, pointant l'impact grandissant des technologies d'IA dans le domaine de la radiologie.

    Le partenariat permet à Guerbet et IBM de mettre en commun des équipes de développement pour travailler dans le domaine du cancer du foie, avant d'éventuellement construire le même type d'outils dans d'autres aires thérapeutiques.

    "Le domaine de l'IA est complètement neuf pour nous et IBM a une expertise forte. Nous allons pouvoir croître plus rapidement en compétences en formant une équipe de développement conjointe sur ce projet phare", a estimé François Nicolas.

    Car cette transition d'une activité classique pour Guerbet à la commercialisation de produits à haute valeur technologique s'accompagne d'un "appel d'air" en termes de recrutement et de nouvelles compétences à trouver, a-t-il poursuivi.

    Le groupe de 2.800 collaborateurs, présent sur les cinq continents, prévoit des recrutements de l'ordre de cinq postes l'an prochain, et d'"une dizaine" la suivante, pour accompagner sa stratégie sur "l'intelligence augmentée". Il s'agit principalement de profils d'ingénieurs, d'experts du machine learning (apprentissage automatique) mais aussi de spécialistes de l'accès au marché ayant une expertise technologique.

    Ces profils s'ajoutent à une équipe d'une vingtaine de personnes déjà impliquées dans les développements du logiciel Contrast&Care.

    Trouver sa place sur un marché naissant

    Au-delà des compétences à disposition, l'industriel est confronté à d'autres défis dans le cadre de son partenariat avec IBM, dont celui de trouver un modèle économique soutenable pour ses nouveaux produits.

    "Le marché des outils d'aide à la décision faisant appel à l'IA est encore naissant et les modèles économiques possibles sont encore à définir", a analysé François Nicolas.

    Pour l'heure, IBM et Guerbet misent sur un modèle Saas (Software as a Service) pour la diffusion de leur logiciel dans le cancer du foie. "Dans un premier temps il n'y aura pas de remboursement, même si la prise en charge reste intéressante comme objectif à long terme", a expliqué le CDO de Guerbet.

    Il a détaillé le modèle envisagé à terme par les deux acteurs en le comparant à ce qui existe sur les avions de ligne: "Le pilote a toujours un complément avec un logiciel de contrôle de l'avion. On imagine que dans plusieurs années, après un scanner, les médecins disposeront du même type d'outils complémentaires à l'humain pour faire une première vérification automatique".

    "De la même manière qu'aujourd'hui on ne peut pas prendre un avion où le pilote n'est pas complété d'un logiciel, on pense que ces outils d'aide à la décision seront indispensables demain et pourraient être rendus in fine obligatoires", a-t-il noté.

    Résoudre l'équation de l'évaluation

    Les équipes de Guerbet qui travaillent sur le partenariat avec IBM ont aussi des défis de plus court terme à régler, comme la nécessité de trouver des gisements de données d'imagerie pour entraîner l'algorithme qui permettra à l'outil d'aide au diagnostic de fonctionner.

    François Nicolas a indiqué que Guerbet et IBM avaient engagé des "discussions" en Europe, en Asie et aux Etats-Unis pour nouer des partenariats avec des organismes de recherche, des acteurs cliniques, hospitaliers et des centres d'imagerie afin de nourrir l'algorithme de données hospitalières recueillies en vie réelle ou dans le cadre d'études cliniques.

    Un autre défi consiste à anticiper les modalités d'évaluation de l'outil pour confirmer sa fiabilité et ses apports en termes de productivité et d'amélioration de la qualité du diagnostic. Une question récurrente sur l'évaluation des outils d'IA est celle de "l'explicabilité" des décisions prises ou suggérées par le dispositif.

    "Nous avons des discussions avec IBM sur ce point. On sait bien que si l'outil est une 'boîte noire' que personne ne comprend, même si elle est performante, on aura beaucoup de mal à convaincre les médecins de l'utiliser", a dit François Nicolas.

    "On cherche donc à la fois à profiter des technologies modernes, des réseaux neuronaux convolutifs notamment, et à nous assurer qu'il y a un degré d'explicabilité de la décision rendue suffisant", a-t-il ajouté.

    Il s'agira aussi de comparer les performances de l'algorithme à celle d'un radiologue, afin de démontrer son apport en complément de l'œil humain. "Les radiologues seront convaincus quand ils auront des données qui montrent que c'est efficace dans des systèmes similaires à ceux dans lesquels ils opèrent: il faut donc prévoir une étude clinique, collecter des données pour prouver en vie réelle que les résultats sont probants, dans chaque pays concerné", a noté le CDO de Guerbet.

    La route est donc encore sinueuse, particulièrement dans un secteur de la santé qui se distingue par sa "complexité", son "nombre important d'intermédiaires" et son "niveau élevé de réglementation", principaux freins identifiés par François Nicolas dans son ambition de "faire de Guerbet un acteur significatif du numérique".

    François Nicolas, Chief Digital Officer du groupe Guerbet
    François Nicolas, CDO du groupe Guerbet

    Diplômé de l'Ecole Polytechnique en 1997, François Nicolas a occupé plusieurs postes chez GE Healthcare, où il a notamment pris part au développement des premiers algorithmes de l'industriel sur l'analyse de mammographiques. En 2014, il a rejoint le laboratoire Sanofi en tant que vice-président en charge des soins intégrés pour le diabète et a participé au montage du partenariat avec Verily (ex-Google Life Sciences), qui donnera naissance à la joint-venture Onduo (voir dépêche du 13 septembre 2016). Après un bref passage au sein de la start-up Impeto en tant que directeur des opérations, il a intégré Guerbet en septembre 2017.
    Raphael Moreaux

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