L’actualité numérique des industries de santé

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    Pierre Fabre et BotDesign s'allient dans un consortium de blockchain en santé

    (Par Wassinia ZIRAR, à l'université d'été de la e-santé)

    CASTRES (Tarn) (TICpharma) - Les laboratoires Pierre Fabre et la société BotDesign, spécialisée dans les chatbots santé, ont décidé de s'allier dans un consortium de blockchain en santé articulé autour du consentement du patient, ont expliqué ces deux entreprises à TICpharma, à l'occasion de l'université d'été de la e-santé.

    Du 3 au 5 juillet, le centre hospitalier intercommunal de Castres-Mazamet (Chic) et l’Ecole d’ingénieurs en informatique et systèmes d’informations pour la santé (Isis) de Castres (Tarn) ont accueilli la douzième édition de l’université d’été de l’e-santé, un cru 2018 placé sous le signe de l’intelligence artificielle (IA).

    Dans la galaxie numérique, la blockchain prend une place de plus en plus importante et grâce à la décentralisation et à l’inaltérabilité qu’elle offre, elle permet d’assurer l’intégrité des données cryptées et stockées sur divers serveurs (voir dépêche du 16 décembre 2016).

    Cette nouvelle technologie jusqu’alors prisée par le monde de la finance intéresse désormais la santé, qui y voit un bon moyen de sécuriser, tracer et stocker ses données sensibles.

    Un projet de consortium autour de la blockchain en santé est en train de naître en Occitanie, a-t-on appris à l'issue d'une table-ronde lors de la deuxième journée de l'université d'été de la e-santé.

    L'ensemble des "10 acteurs de cette blockchain" n'est pas encore connu, mais "cela interviendra dans les prochaines semaines", a expliqué Jean-Louis Fraysse, directeur associé de la société BotDesign, spécialisée dans les chatbots (assistants conversationnels) et l'analyse des données de santé.

    A l'initiative de BotDesign, cette expérimentation unique en France s'articulera autour du consentement des patients dans le cadre du prélèvement et du don de peau après une intervention chirurgicale.

    Ainsi, en partenariat "avec un CHU de la région" dont la localisation n'a pas encore été dévoilée, tout patient opéré aura la possibilité de confier ou non ses prélèvements de peau à la recherche.

    Les tissus prélevés seront exploités par une "start-up occitane spécialisée", a indiqué Jean-Louis Fraysse, dont la société sera en charge du recueil de signature du consentement via ses chatbots.

    "Le chatbot va expliquer et faire valider au patient les différentes étapes, paragraphe par paragraphe, et une signature électronique sera recueillie à la fin, mais il ne sera pas possible de faire défiler jusqu'au bout sans lire les conditions. Nous souhaitons que le consentement soit complet", a-t-il commenté.

    Le consentement sera crypté et stocké dans un premier bloc sécurisé par chaîne de blocs informatiques. Là encore, un acteur de la "région montpelliéraine" s'occupera de la technologie de la blockchain: la start-up Hyperledger.

    Avant l'opération, le chirurgien vérifiera le consentement du patient et après l'acte chirurgical, le compte-rendu opératoire sera à son tour stocké et sécurisé par un bloc.

    Après cette nouvelle étape de consentement, un "smart contract" (protocoles informatiques qui s'auto-exécutent à certaines conditions) scellera la chaîne et informera la start-up en charge du prélèvement du feu vert des patients.

    Pierre Fabre, lui, mettra à disposition des serveurs pour crypter et stocker des données destinées à la blockchain.

    Pierre Fabre: un mineur parmi d'autres

    En blockchain, le concept est simple: chaque bloc est stocké sur un serveur différent, ce qui garantit une traçabilité et une plus grande inaltérabilité des données (voir dépêche du 28 novembre 2017).

    Pour "constituer un bloc, il faut que 50% du consortium donne son accord", a expliqué Jean-Louis Fraysse. Ce consortium comptera "dans un premier temps 10 acteurs appelés des 'mineurs' [acteurs qui vont crypter et stocker la donnée sur un serveur] dans le cadre de la blockchain".

    Aux côtés de Pierre Fabre et BotDesign, le consortium devrait être composé d'acteurs privés type start-up, d'établissements de santé, d'acteurs institutionnels et d'"au moins deux grosses associations de patients", a-t-il précisé.

    "Toutes les actions seront supervisées par un tiers de confiance qui sera un acteur institutionnel comme l'agence régionale de santé (ARS) ou les conseils nationaux de l'ordre des médecins et l'ordre des pharmaciens. Cela reste à déterminer mais c'est l'idée."

    Pour les laboratoires Pierre Fabre, qui sont notamment spécialisés en dermo-cosmétique, le projet entre dans le cadre de sa stratégie de "recentrage-patients".

    "Nous faisons en sorte que nos services soient adaptés et adaptables à chaque patient et nous avons discuté avec eux car s'ils nous confient leurs données de santé, ils doivent savoir ce que l'on en fait. Les données sont comme des organes", a expliqué Christophe Guillot, digital solutions partner de Pierre Fabre.

    "Via le Healthcare Data Institute d'Orange, nous avons été en contact avec de 'vrais' patients de tout âge qui nous ont dit: 'nous sommes d'accord pour travailler avec des laboratoires mais nous ne voulons pas être des cobayes'."

    Dans le cadre de cette future blockchain, Pierre Fabre aura un rôle de 'mineur' comme les autres acteurs.

    "Nous ne tirons pas d'intérêts directs dans cette blockchain, nous consolidons une relation de confiance avec les patients. Les études cliniques représentent la phase la plus coûteuse et la plus longue pour les laboratoires, c'est parfois très difficile de trouver des cas cliniques et obtenir le consentement des patients. La blockchain est un accélérateur et nous aurons un retour sur investissement colossal et pertinent d'ici quelques années", a détaillé Christophe Guillot.

    "Pour maintenir le lien de confiance avec les patients, la blockchain n'est pas la solution miracle mais c'est une bonne solution", a-t-il commenté.

    Un point de vue partagé par Jean-Louis Fraysse, qui "travaille sur fonds propres" et opère et déploie cette blockchain "gratuitement".

    "Si ce lien de confiance perdure et que les patients sont amenés à déposer suffisamment de données à l'intérieur des blockchains, cela permettrait -avec leur accord- de favoriser les études de santé publique."

    En attendant, les partenaires vont déposer un dossier de financement auprès de la région Occitanie et espèrent pouvoir "élargir le consortium" pour atteindre le nombre de "100 mineurs" d'ici la moitié de l'année 2020. Ils imaginent déjà leur future blockchain, "qui devrait concerner le partage d'informations d'outils connectés de patients malades chroniques".

    Wassinia Zirar

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