L’actualité numérique des industries de santé

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    Acteurs publics et privés pointent trois défis à relever pour mieux exploiter les données de santé

    PARIS (TICpharma) - L'association LIR (Laboratoires internationaux de recherche) a dévoilé le 21 juin des propositions partagées entre acteurs publics et privés afin de relever les défis de la "collaboration", de "l'évaluation des innovations" et de la "formation aux outils numériques" pour une meilleure exploitation des données de santé.

    Ces propositions sont issues du premier Healthcare Data Summit organisé en mars par le LIR-Imaginons la santé, en présence de représentants d'institutions publiques comme Bpifrance, la direction générale de l'offre de soins (DGOS) et la Caisse nationale d'assurance maladie (Cnam). Etaient également présents des acteurs privés comme le G5 santé, Cegedim et le cabinet de consulting EY, et d'autres think tanks tels que Renaissance numérique et le Healthcare Data Institute (HDI).

    L'objectif des propositions est de remédier au retard pris par la France en matière d'exploitation des données de santé, pointé dans une étude réalisée par le LIR et EY (voir dépêche du 23 avril 2018), dans une optique d'amélioration des parcours de santé, de l'accès au marché pour les innovations et des traitement de données massives, notamment via les technologies d'intelligence artificielle (IA).

    "Le potentiel d'usage et d'exploitation des données de santé en France est énorme", a reconnu Agnès Renard, directrice générale du LIR, interrogée le 20 juin par TICpharma. Elle a notamment cité les atouts du pays en matière de bases de données à disposition, comme le système national d'information inter-régimes de l'assurance maladie (Sniiram) et le programme de médicalisation des systèmes d'information (PMSI), et en matière d'expertise scientifique, médicale et technologique.

    Ce potentiel est toutefois "sous-exploité", a-t-elle estimé, jugeant que la donnée est "le nouvel or noir du système de santé". Elle a pointé les différents enjeux d'une bonne utilisation des données de santé, comme la sécurité sanitaire, la qualité de la prise en charge, la prise en compte des besoins d'accompagnement du patient, ou encore une meilleure identification des parcours de soins.

    Ces enjeux se heurtent à des problématiques "complexes" comme l'interopérabilité des systèmes d'information (SI), le manque de coordination des acteurs du système de santé, la nécessité de former ces acteurs ou l'absence d'une "méthodologie claire" d'évaluation de l'innovation en vie réelle.

    Intégrer les acteurs du numérique au sein du Csis

    Le premier "défi prioritaire" identifié par le LIR et ses partenaires est celui de la collaboration et du partage d'informations entre professionnels de santé, acteurs publics, entreprises de technologie, industries de santé et organismes de recherche.

    "Il faut revenir à la base: il y a un problème de circulation de l'information de diagnostic ou d'observation clinique qui devient de la donnée", a déclaré Agnès Renard.

    Tout en reconnaissant l'impératif de protéger les données médicales et en saluant les avancées permises par le règlement général européen relatif à la protection des données (RGPD) (voir dépêche du 28 mai 2018), elle a estimé que cet impératif avait "caché le problème moins visible pour le grand public de la bonne circulation de l'information entre professionnels".

    Les participants au Healtcare Data Summit se sont entendus sur quatre propositions pour assurer un meilleur alignement des acteurs autour du partage de la donnée.

    Ils recommandent d'"établir un schéma directeur national sur le rôle de chacun et sur les partenariats public-privé", de "définir un cahier des charges national pour favoriser le développement d'outils de partage et d'analyse des données", d'"intégrer les acteurs du numérique dans le Conseil stratégique des industries de santé (Csis)" et de "mettre en place des hubs collaboratifs autour de plateforme de données communes regroupant start-up, incubateurs d'idées, experts en nouvelles technologies, professionnels de santé et patients".

    "On arrive au bout d'un système où chaque laboratoire pharmaceutique a fait sa propre plateforme de données, en passant des partenariats avec différentes structures, et ils sont prêts aujourd'hui à se réunir autour de sujets communs", a estimé Cédric Foray, associé en charge du secteur chimie et sciences de la vie chez EY.

    Homologuer des méthodes d'exploitation des données en vie réelle

    Le LIR et ses partenaires ont également soulevé la question de l'apport des données dans l'évaluation et de la mise à disposition des innovations.

    Ils proposent d'"homologuer des méthodologies fiables d'exploitation des données en vie réelle" pour réduire les délais de déploiement des innovations organisationnelles et technologiques et de leur mise sur le marché.

    Pour Agnès Renard, cette proposition touche au "nerf de la guerre", en permettant de "documenter des stratégies thérapeutiques collectives". "On ne peut pas prétendre personnaliser la médecine sans cette documentation permise par l'exploitation de données de santé en vie réelle", a-t-elle appuyé.

    "Les autorités de régulation demandent déjà aux industriels des études fondées sur des données de vie réelle, mais on ne sait pas précisément la méthodologie utilisée pour évaluer l'innovation grâce à ces données", a complété Cédric Foray.

    Une mission a été lancée en 2018 par la commission nationale d'évaluation des dispositifs médicaux et des technologies de santé (Cnedimts) de la Haute autorité de santé (HAS) pour formule des propositions sur une adaptation de l'évaluation des dispositifs médicaux à l'IA, rappelle-t-on (voir dépêche du 4 juin 2018).

    Formation des professionnels et des patients

    Notant que les pratiques des professionnels de santé vont être "bouleversées" dans la prochaine décennie avec l'essor des outils numériques, les participants du Healtcare Data Summit ont formulé deux propositions pour répondre au "défi de la formation".

    Il préconise l'organisation de "voyages d'études à l'étranger" pour "confronter" les acteurs du système de santé français à d'autres pratiques et modèles d'organisation, ainsi que l'élaboration d'un "plan national de gestion prévisionnelle des emplois et des compétences (GPEC)" pour anticiper les futurs besoins des professionnels de santé.

    "Il faut qu'on passe d'une logique basée sur les structures, à une logique basée sur les besoins du patient, d'une vision en silos à une vision holistique de la prise en charge", a résumé Agnès Renard, notant que cela devait notamment passer par des "investissements collectifs".

    Elle a pointé les nouveaux modèles de tarification à la performance ou au résultat, qui peuvent contribuer à une meilleure intégration de l'innovation dans le système de santé dans un contexte de budgets contraints.

    Evoquant les "signaux" envoyés ces derniers mois par l'exécutif comme l'élaboration d'une stratégie de transformation du système de santé (voir dépêche TICsanté du 15 février 2018), les annonces du grand plan d'investissement pour la santé (voir dépêche du 27 septembre 2017), l'ouverture du financement d'innovations organisationnelles expérimentales par la loi de financement de la sécurité sociale (LFSS) 2018 (voir dépêche du 8 décembre 2017) ou le lancement d'une mission pour l'élaboration d'un Health data hub (voir dépêche du 13 juin 2018), Agnès Renard s'est dite "optimiste" pour l'avenir, tout en expliquant rester "vigilante" quant à l'obtention d'"avancées concrètes" sur l'exploitation des données de santé.

    Raphael Moreaux

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