L’actualité numérique des industries de santé

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    Santé et numérique: un marché "en plein essor" au sein du pôle Cap Digital

    PARIS (TICpharma) - Dans une interview accordée à TICpharma en amont du festival Futur.e.s, qui se tient du 21 au 23 juin à la grande halle de la Villette à Paris, Christelle Ayache, responsable santé/bien-être du pôle de compétitivité francilien Cap Digital, revient sur les évolutions d'un marché de l'e-santé "en plein essor" au sein du pôle, malgré un modèle économique encore instable.

    TICpharma.com: Comment le pôle de compétitivité Cap Digital suit-il le développement des entreprises du numérique dans le secteur de la santé?

    Christelle Ayache: Cap Digital réunit aujourd'hui plus de 1.000 membres, principalement TPE/PME et start-up, mais aussi plusieurs grands groupes et laboratoires de recherche, auxquels nous apportons un soutien à l'innovation et aux projets de R&D, un accompagnement à l'accélération pour concevoir un produit et pénétrer de nouveaux marchés, et un appui dans la transformation numérique. Fin 2009, nous avons contribué au lancement du groupe "TIC & Santé", en lien avec les pôles de compétitivité Systematic et Medicen Paris Region. Aujourd'hui, le secteur santé rassemble environ 200 entreprises adhérentes de Cap Digital, dont plus de 75% de start-up et PME. C'est un marché en plein essor avec actuellement près d'un nouvel adhérent sur quatre qui se positionne sur ce segment.

    Quels sont les domaines dans lesquels ces entreprises développent de nouveaux produits et services?

    C.A.: On peut distinguer quatre "sous-marchés", qui regroupent la plupart de nos membres actifs dans le secteur de la santé: le développement d'applications web et mobiles et d'objets connectés de santé, la réalité virtuelle et la simulation numérique pour l'éducation et la formation des professionnels de santé, le secteur de la robotique de service avec l'arrivée des robots compagnons, et les entreprises spécialisées dans le traitement des données de santé. Parmi ces dernières, on peut faire la distinction entre les acteurs qui assurent la collecte et l'analyse de données, comme OpenHealth, et ceux qui développent des algorithmes à partir de ces données, comme la start-up Dreem, qui a conçu un outil d'analyse des électro-encéphalogrammes (EEG) faisant appel à l'intelligence artificielle (IA) pour aider à améliorer la qualité du sommeil. Au total, ce marché de la collecte et de l'analyse des données de santé est celui qui rassemble le plus d'acteurs, avec environ 90 entreprises adhérentes de Cap Digital concernées.

    "Le marché de l'e-santé se cherche encore"

    Cap Digital a publié au mois de mai une nouvelle "cartographie de tendances" du numérique pour l'année 2018/2019. Quelles évolutions avez-vous constaté sur le secteur de la santé?

    C.A.: Les grands enjeux actuels autour de la transformation numérique de la santé portent sur l'amélioration du parcours de soin du patient, avec une communication facilitée entre différents professionnels impliqués dans la prise en charge, et sur la prévention des maladies et l'éducation à la santé. Si les initiatives sont de plus en plus nombreuses sur ces thèmes, on constate que le marché de l'e-santé se cherche encore et peine à se structurer. Beaucoup d'acteurs n'ont pas encore trouvé de modèle économique viable, avec toujours les mêmes freins qui reviennent, notamment du point de vue réglementaire.

    Comment le modèle économique de l'e-santé s'est-il construit depuis 10 ans?

    C.A.: Au départ, les acteurs misaient sur la sécurité sociale et sur le remboursement de leurs produits, mais ils ont rapidement compris que cela prendrait du temps. Les premiers produits de la santé connectée relevaient davantage du bien-être et s'adressaient directement au grand public. On a d'ailleurs pu connaître à cette période une forme de "buzz négatif", avec des objets connectés dans tous les sens, de la fourchette à la brosse à dent, dont la fiabilité et l'utilité médicale n'étaient pas encore démontrées dans le cadre d'études cliniques. Aujourd'hui, le marché a mûri, les technologies se sont améliorées, et les acteurs s'appuient principalement sur un modèle B2B2C, passant par des mutuelles ou des structures de santé pour faire parvenir leurs innovations aux patients. On voit aussi que la réglementation évolue et qu'elle rend davantage possible de trouver un modèle économique. On peut notamment citer le financement de droit commun de certains actes de télémédecine acté dans la loi de financement de la sécurité sociale (LFSS) pour 2018.

    Quels sont les freins à surmonter pour structurer la filière du numérique en santé?

    C.A.: Un des principaux défis réside dans la multiplicité d'acteurs impliqués et dans la diversité des systèmes d'information de santé existants, qui rend nécessaire l'adoption de standards dans les échanges de données. L'une des clés de réussite réside donc dans la capacité à rassembler tous les acteurs concernés autour du développement d'un outil, pour s'assurer que les usages suivent et que le service réponde à un besoin. En tant que pôle de compétitivité, nous pensons que Cap Digital a un rôle à jouer en tant que tiers de confiance pour faire le lien entre différents acteurs publics et privés, du domaine des technologies ou de la médecine. Nous fonctionnons beaucoup en réseau, et c'est un bon moyen d'évaluer rapidement l'intérêt de certaines innovations et de voir si d'autres initiatives du même type existent pour mieux inscrire un projet dans un écosystème.

    Comment analysez-vous la stratégie des grands groupes de santé qui déploient des partenariats avec les start-up et entreprises innovantes?

    C.A: Les grands groupes ont un rôle très important à jouer pour repérer et diffuser les innovations. C'est vrai qu'il y a eu une certaine mode de "l'open innovation", où chaque semaine un grand groupe de santé annonçait la création de son propre lab, accélérateur ou incubateur de start-up. C'est utile pour fédérer et apporter une dynamique à la filière, mais il faut faire attention à ce que ces initiatives ne relèvent pas uniquement de la communication. Les programmes d'open innovation ont un rôle à jouer si les grands groupes créent réellement les conditions de leur réussite, à savoir la mise en place de financements, l'adoption d'un langage, d'une culture commune de l'innovation et d'un calendrier qui colle avec les temporalités des start-up, ainsi que la mise à disposition de terrains d'expérimentation pour ne pas développer d'outils hors sol. Dans la santé, il est particulièrement important d'associer des professionnels de santé et des patients, pour tester l'efficacité d'une innovation, voir si les usages prennent et corriger au besoin.

    "Les start-up qui se tournent vers des investisseurs privés font face à une certaine frilosité"

    Quid des capacités de financement des jeunes entreprises de la santé connectée en France?

    C.A.: Au bout de huit ans en tant que responsable du pôle santé/bien-être de Cap Digital, j'ai observé à peu près partout les mêmes problématiques, aussi bien sur le plan du financement public que privé. Au départ, c'est un peu l'Eldorado, avec beaucoup de programmes de financement publics consacrés aux jeunes structures, mais au bout de trois à quatre ans, lorsqu'il s'agit de pré-industrialiser ou d'industrialiser l'activité, il n'y a quasiment plus d'aides publiques. Les acteurs qui se tournent vers des investisseurs privés font alors face à une certaine frilosité, d'autant plus forte que le marché ne s'est pas encore trouvé un modèle stable.

    Faut-il craindre une fuite des start-up françaises de l'e-santé à l'étranger, du fait d'un marché français trop étroit ou trop réglementé?

    C.A.:Peu d'entreprises françaises du secteur ont réussi à prendre leur envol à l'international. Sur les 160 jeunes pousses qui adhèrent à l'association France eHealth Tech, seulement deux ont des locaux à l'étranger. Tout comme il faut démystifier l'idée que les grands groupes sont forcément des prédateurs pour les start-up, je pense qu'il faut arrêter de penser qu'un départ pour l'international est synonyme d'échec pour la France. Il peut s'avérer intéressant de se développer dans d'autres pays avant d'attaquer le marché français, et peut-être que l'e-santé pourrait être plus dynamique en France si nos start-up étaient aussi présentes à l'international. C'est pour cette raison que Cap Digital travaille à la visibilité des acteurs français par-delà nos frontières.

    Votre "cartographie des tendances" cite parmi les technologies en vogue l'IA, la réalité virtuelle et augmentée, et les assistants conversationnels ("chatbots"). Quelle a été selon vous la plus grande révélation technologique cette année pour la santé?

    C.A: Incontestablement, l'ensemble des technologies d'IA ont marqué cette année, avec un potentiel très fort dans le domaine de la santé. On s'inscrit de plus en plus dans une approche d'IA "as a service", c’est-à-dire dans la mise à disposition d'outils d'IA "sur étagère", ce qui permet leur démocratisation. Il n'y a plus besoin d'avoir les meilleurs ingénieurs ou data scientist du monde pour construire un outil faisant appel à l'IA. Par exemple, il y a 15 ans, on ne savait pas proposer de dispositif clé en main pour faire du traitement automatique du langage, comme c'est le cas aujourd'hui.

    Le festival Futur.e.s (ex-Futur en Seine) a ouvert ses portes dans un format renouvelé le 21 juin à la grande halle de la Villette: quelle place occupe la santé dans cet évènement?

    C.A: Vendredi 22 juin à partir de 15 heures, les visiteurs de Futur.e.s pourront assister aux pitchs de six entreprises de la santé connectée, à qui nous avons demandé de présenter leur vision du marché à horizon 2028. Nous avons également organisé un parcours spécifique sur la thématique "Réécrire le vivant", avec des démonstrations d'innovations comme MyReve, un dispositif médical en réalité virtuelle pour lutter contre les phobies, ou le chatbot Memoquest de Calmedica pour le suivi des patients opérés. La santé sera aussi présente au sein des conférences, des masterclasses et des labs organisés pendant les trois jours du festival. Elle sera représentée parmi les 16 prototypes d'innovation de rupture exposés à Futur.e.s dans le domaine de l'IA et de la robotique et développés par des jeunes pousses accompagnées par Cap Digital dans le cadre d'un programme financé par la région Ile-de-France (voir encadré ci-dessous).

    Trois innovations de rupture dans le domaine de la santé à découvrir au festival Futur.e.s.
    Fin 2017, la région Ile-de-France, en association avec Cap Digital, a dévoilé les 16 lauréats de son appel à projets "Innov'u proto" (1,4 million d'euros), destiné à aider des entreprises franciliennes à élaborer des prototypes technologiques. Trois des lauréats, actifs dans le domaine de la santé, seront présents au festival Futur.e.s. Il s'agit de:
    • Curve Control, un prototype de cathéter intelligent, évolutif et modulable développé par la start-up BaseCamp Vascular. Il entend répondre à la problématique de l'installation des cathéters par un dispositif innovant améliorant la navigation vasculaire quelle que soit la complexité des anatomies.
    • Le projet Makia, développé par la start-up Iktos, qui vise à accélérer les processus de recherche pharmaceutique grâce à un algorithme de deep learning (apprentissage profond) scannant une base de données de plus de 86 millions de molécules pour trouver la structure moléculaire idéale afin de déclencher un mécanisme biologique.
    • Le logiciel VisioCyt, conçu par la start-up VitaDX International, qui analyse des échantillons numériques de tissus par fluorescence et fait appel à l'intelligence artificielle (IA) pour une détection précoce des cellules tumorales impliquées dans le cancer de la vessie.
    Raphael Moreaux

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