L’actualité numérique des industries de santé

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    L'intelligence artificielle en guest star à la Paris Healthcare Week 2018

    PARIS (TICpharma) - Les technologies d'intelligence artificielle (IA), leur utilisation et leurs impacts sur le système de santé ont été analysés par plusieurs représentants du secteur, start-up ou grands groupes, lors du salon Healthcare IT (HIT) organisé du 29 au 31 mai dans le cadre de la Paris Healthcare Week.

    Dans les allées du salon, lors des débats sur les espaces "Agora" ou au menu des conférences de la Fédération hospitalière de France (FHF) et du premier "HIT summit", l'IA et ses applications dans le secteur de la santé étaient sur toutes les lèvres pour cette édition 2018 de la Paris Healthcare Week, qui a accueilli plus de 28.500 visiteurs (voir dépêche du 14 mai 2018).

    Il faut dire qu'au cours de la dernière décennie, l'IA a fait son grand retour sur le devant de la scène des technologies de l'information et de la communication, avec l'essor du machine learning (apprentissage automatique) et du deep learning (apprentissage profond réalisé à partir de réseaux de neurones artificiels).

    Ces progrès ont conduit l'IA à dépasser l'humain dans certains cas, comme en 2015, lorsque le programme AlphaGo de Google Deepmind a battu le champion européen du jeu de go.

    Signe d'une prise de conscience de ces évolutions sur la société, le président de la République, Emmanuel Macron, a présenté en mars dernier un "plan pour l'intelligence artificielle" doté d'un budget d'1,5 milliard d'euros, et faisant la part belle au secteur de la santé, rappelle-t-on (voir dépêche du 30 mars 2018).

    "Aujourd'hui, la technologie fonctionne et n'est plus un frein, nous sommes prêts à passer à l'étape d'industrialisation", a assuré à TICpharma Racha Abu El Ata, directrice santé et social de Microsoft France, qui a signé à l'occasion de la Paris Healthcare Week un partenariat avec les Hospices civils de Lyon (HCL) pour diffuser l'IA à l'hôpital (voir dépêche TICsanté du 4 juin 2018).

    "Depuis 2012, plusieurs découvertes ont radicalement changé la performance des algorithmes d'IA, principalement sur le traitement du signal, des images, du son, et la reconnaissance des discours. Dans le domaine de l'imagerie, c'est une vraie révolution et c'est le moment d'utiliser ces découvertes", a confirmé Vincent Lepage, chef de produit de la start-up Owkin.

    Venu présenter les apports de l'IA dans la pratique médicale sur l'"Agora e-santé" du salon, Vincent Lepage a rappelé les trois étapes essentielles de la création d'un outil faisant appel au machine learning en santé.

    Prenant l'exemple d'un algorithme de détection des tumeurs à partir d'imageries médicales, il a cité l'accès à un volume important de données d'imagerie publiques ou détenues par des hôpitaux ou des industriels, l'annotation et la qualification de ces données, et leur "chargement" dans l'algorithme pour entraîner ce dernier à identifier les tumeurs. Vient ensuite l'utilisation de l'algorithme sur de nouvelles images pour évaluer sa performance.

    Pour l'heure, la start-up Owkin se concentre principalement sur la création d'outil d'IA analysant les images d'anatomopathologie (voir dépêche du 6 avril 2018). "Tous les hôpitaux dans le monde sont aujourd'hui engagés dans un mouvement de numérisation de ces images, de leur stockage et de leurs annotations. C'est le bon moment pour appliquer l'IA à l'anatomopathologie", a jugé Vincent Lepage.

    Owkin travaille par exemple à l'utilisation de l'IA pour l'aide au diagnostic du cancer du foie à partir de l'analyse des images de tissus prélevés, ou pour affiner le pronostic des patients dans le mésothéliome (cancer de la plèvre), afin de "choisir le meilleur traitement" voire de "déboucher sur de nouvelles thérapies". Une étude sur le pronostic du mésothéliome qui démontrant les performances de l'IA est "en cours de publication", a précisé Vincent Lepage.

    Premiers arbitrages des autorités de régulation

    L'imagerie médicale, et plus précisément l'aide au traitement des images, est sans conteste le domaine où l'IA enregistre le plus de progrès et le plus d'applications concrètes dans le secteur médical.

    Un pas a été franchi outre-Atlantique en avril, lorsque la Food and Drug Administration (FDA) a autorisé la mise sur le marché du premier dispositif médical faisant appel à l'IA pour un dépistage automatique de la rétinopathie diabétique à partir d'une photo de la rétine du patient (voir dépêche du 17 avril 2018).

    Une façon de reconnaître que les technologies sont "suffisamment performantes pour que le médecin se fie à l'analyse de l'algorithme et n'ait plus besoin de revenir à l'image originale", a pointé Olivier Clatz, cofondateur de la start-up Therapixel, qui met au point des algorithmes de détection des cancers.

    Récemment nommé au Conseil national du numérique (CNNum), Olivier Clatz a qualifié cette certification de la FDA d'"évènement majeur" pour le secteur de l'IA en santé. "On arrive à un niveau de performance qui permet aux autorités de régulation de dire 'OK, on peut faire confiance'", s'est-il félicité.

    En France, la Haute autorité de santé (HAS) avance à petits pas dans cette révolution de la régulation. Elle a notamment annoncé dans le cadre de la Paris Healthcare Week le lancement d'une mission afin d'adapter l'évaluation des dispositifs médicaux à l'IA (voir dépêche du 4 juin 2018).

    En attendant de passer par les fourches caudines des autorités de régulation françaises, Therapixel espère atteindre rapidement un pallier de performance suffisant pour le dépistage du cancer de sein à partir d'une analyse de mammographie aidée par l'IA.

    A l'heure actuelle, si "ni l'IA, ni les meilleurs experts humains n'arrivent à 100% de cancers prouvés et 0% de fausse alarme", l'algorithme développé par Therapixel enregistre des performances plus importantes que la moyenne des radiologues, a noté Olivier Clatz.

    Le dernier défi à relever pour la start-up issue de l'Institut national de recherche en informatique et en automatique (Inria) est de dépasser les scores de dépistage obtenus par les meilleurs radiologues mondiaux, regroupés au sein du Breast Cancer Surveillance Consortium (BCSC), qui atteignent près de 90% de vrais positifs après analyse de la mammographie.

    "Nous pensons que demain, la première lecture des images se fera par des algorithmes de façon très rapide et à coût très inférieur, mais on aura toujours ensuite la validation par un radiologue, et les médecins pourront se concentrer sur les cas les plus particuliers", a anticipé Olivier Clatz, jugeant que les meilleures performances sont à rechercher dans une "alliance" entre l'IA et le professionnel de santé.

    L'industrie de la tech au rapport

    Les grands noms des technologies ont été invités à donner leur vision de la progression de l'IA et de ses impacts en santé lors du premier "HIT Summit" organisé dans le cadre de la Paris Healthcare Week.

    Sébastien Verger, directeur de la technologie (CTO) de Dell EMC France, Christophe Lala, président de General Electric Healthcare Europe de l'Ouest, Stéphane Negre, président d'Intel Corporation France, Frederik Brabant, vice-président des opérations internationales de la division santé de Nuance Communications, et David Corcos, président de Philips France, se sont notamment exprimés.

    Les cinq dirigeants ont d'abord eu cinq minutes -chronomètre en main- pour présenter leur vision de l'IA. Sébastien Verger a insisté sur les quatre axes d'amélioration du système de santé offerts par ces technologies: le système informatique, la médecine de précision, la santé connectée et la sécurité en santé.

    Christophe Lala a quant à lui rappelé la constante augmentation des coûts en santé, qui "s'élèvent aujourd'hui à 7.000 milliards euros de dépenses", et a plaidé pour une IA permettant de valider un modèle prédictif et non plus curatif, donc moins onéreux.

    Pour Stéphane Negre, président d'Intel Corporation France, dont le métier est de "fournir de la puissance de calcul", l'IA va indéniablement révolutionner le traitement de la donnée de santé. "En 2017, il y a 1,4 million de séquençages de génome dans le monde, il faut des technologies puissantes pour traiter de tels volumes de données. Pour le patient, cela permet de prédire en amont une intolérance médicamenteuse ou des maladies. Pour le praticien, c'est une véritable aide au diagnostic et un gain de temps", a-t-il relevé.

    Frederik Brabant a partagé cette analyse, souhaitant transformer le cabinet du médecin grâce à l'IA et "virtualiser" la médecine en ayant recours à l'analyse intelligente des données pour offrir une personnalisation des soins.

    David Corcos a pour sa part vanté les mérites de l'IA, qui "redonne du temps au médical et pallie le déficit de professionnels". Il a noté que "les tâches parallèles difficiles peuvent être confiées à la machine pour plus d’efficience".

    Optimiser les budgets et créer des "médecins augmentés"

    Parmi les arguments en faveur de l'IA, l'optimisation des budgets en santé a été évoquée par les cinq dirigeants. Face à l'explosion des besoins en santé, et donc des coûts globaux, Christophe Lala a déploré "un système de remboursement conçu en fonction des coûts d'équipement" et pas des coûts de soins.

    "L’IA fait preuve d’efficience. L’hôpital est aujourd’hui un aéroport sans tour de contrôle entre le flux des urgences, les patients programmés et les soins externes qui ne sont pas maîtrisés. L'IA propose aujourd’hui une autre façon de prendre en charge le patient."

    Dans ses pas, David Corcos a, lui, illustré son propos avec la prise en charge de l'apnée du sommeil. "Aujourd'hui, 1 million personnes sont sous traitement pour une apnée du sommeil. L'IA va permettre de cibler les patients qui ont plus besoin d’aide que d’autres, donc de différencier la prise en charge et limiter ainsi les coûts de remboursement notamment."

    Autre vecteur d'optimisation budgétaire: la médecine prédictive. Pour Stéphane Verger, la réduction des coûts passera indéniablement par la médecine personnalisée, prédictive et préventive. "Cela coûtera toujours moins cher de prédire une maladie que de la soigner."

    Chez Nuance, Frederik Brabant voit en l'émergence de la médecine prédictive un changement de statut du médecin, qui deviendrait alors un "healthcare coach" et collecteur de données issues de la multitude d'objets connectés de santé des patients.

    L'enjeu sensible des données a également été largement discuté. Si Stéphane Negre a souligné qu'il faillait "récolter un maximum de données possible pour nourrir l'algorithme et développer des technologies efficaces", il a appelé le corps médical "à diffuser un message clair en ce sens, sans quoi cela briderait l'innovation".

    Sur ce point, Frederik Brabant a rappelé que l'IA peut "détecter des pathologies mieux qu’un médecin" mais a déploré le problème de la confiance accordée à "la machine", dont la connaissance n'est pas "construite".

    La solution? "Nouer des partenariats avec des centres de recherche", pour Stéphane Verger. Aujourd'hui, l'IA contribuerait à "96% à de la recherche fondamentale", a d'ailleurs indiqué Stéphane Negre.

    Si elle ne remplace pas (encore) le professionnel de santé, la technologie "va augmenter le médecin et lui permettre de diagnostiquer plus vite" mais aussi l'inciter à "transformer sa pratique pour être davantage dans l’observance", ont conclu Frederik Brabant et David Corcos.

    La Rédaction
    redaction@ticpharma.com

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