L’actualité numérique des industries de santé

    L’actualité numérique des industries de santé

    Acteurs

    Philips crée un centre de recherche sur l'IA appliquée à la santé en France

    PARIS (TICpharma) - Le groupe néerlandais Philips va ouvrir un "centre d'expertise mondial en intelligence artificielle" à Suresnes (Hauts-de-Seine) afin d'accélérer la recherche et l'innovation dans l'imagerie médicale et la génomique, et d'accompagner les start-up françaises du secteur, a annoncé le 10 avril David Corcos, président de Philips France, lors d'une conférence de presse.

    Après s'être progressivement séparé de son activité d'éclairage depuis 2015, le géant néerlandais s'est recentré sur ses activités notamment dans le secteur de la santé, rappelle-t-on.

    Il a depuis placé parmi ses priorités stratégiques la recherche en informatique et logiciels de santé, avec plus d'un milliard d'euros investis chaque année sur ce volet, soit plus de 60% de son budget total de R&D (voir dépêche du 6 octobre 2017).

    Installé dans les locaux de Philips France, le centre d'expertise du groupe en intelligence artificielle (IA) accueillera 50 chercheurs et ingénieurs qui travailleront dans un "écosystème ouvert" de partenaires composés d'instituts de recherche académiques comme l'Inserm (Institut national de la santé et de la recherche médicale) et l'Inria (Institut national de recherche en informatique et en automatique), d'établissements de santé, d'incubateurs et d'industriels du domaine de la santé et de l'informatique. Leurs efforts se concentreront sur les domaines de la cardiologie, de l'oncologie et des maladies rares.

    Les activités du centre seront pilotées par Nicolas Villain, directeur de recherche de Philips France,

    Parmi les établissements de santé qui travailleront avec Philips dans le cadre de ce centre d'expertise, David Corcos a cité l'Assistance publique-hôpitaux de Paris (AP-HP), les Hospices civils de Lyon (HCL) et le CHU de Caen, pour lequel un contrat-cadre de recherche en cardiologie devrait être "prochainement" signé.

    Avec l'AP-HP, Philips mène le projet "Autopilot écho", retenu dans le cadre de l'appel à manifestation de l'AP-HP et du CHU de Nantes sur "l'hôpital numérique de demain" (voir dépêche TICsanté du 12 décembre 2017).

    Il s'agit d'utiliser l'IA afin d'automatiser l'échographie et les gestes du manipulateur, dans la perspective d'"utiliser un échographe à domicile pour le suivi des patients chroniques aussi simplement que vous utilisez un défibrillateur automatique disponible dans l'espace public", a expliqué Frédéric Bouvier, directeur de la stratégie de Philips France.

    Le dispositif pourrait à terme remplacer les tablettes et balances connectées fournies aux patients pour transmettre leurs constantes aux équipes soignantes dans le cadre de la télésurveillance de l'insuffisance cardiaque, a-t-il observé.

    Plan d'investissement sur cinq ans

    La création du centre d'expertise de Philips est assortie d'un plan d'investissement de cinq ans pour la recherche et l'innovation dans "trois secteurs clés pour le futur du système de santé" que sont l'imagerie médicale, la génomique, et le soutien aux start-up, a détaillé Frédéric Bouvier.

    L'objectif est de déposer dans les cinq ans plus de 100 brevets et jusqu'à 200 publications.

    Philips n'a pas souhaité communiquer les montants investis pour ce plan quinquennal. Frédéric Bouvier a néanmoins précisé que, pour l'imagerie médicale, il s'agit d'une "réorientation massive" des ressources du groupe "pour développer l'IA appliquée à l'imagerie".

    Des "investissements nouveaux" seront consacrés à la recherche sur l'IA appliquée à la génomique, notamment en lien avec le plan France médecine génomique 2025, pour lequel la plateforme d'analyse de séquençage du génome de Philips a été retenue.

    D'autres investissements dans les start-up françaises de la santé et du numérique, sous la forme de prises de participation directes ou indirectes, devraient être annoncés "dans les prochaine semaines", a prévenu Frédéric Bouvier.

    Cette annonce de Philips intervient après la présentation le 29 mars par le président de la République, Emmanuel Macron, d'un "plan pour l'intelligence artificielle" qui fait la part belle au secteur de la santé, et dont le budget promis de 1,5 milliard d'euros est destiné à faire de la France "un champion" dans le domaine (voir dépêche du 30 mars 2018).

    L'innovation au secours d'un système de santé "tendu"

    "On pense que l'innovation va permettre de répondre à l'équation difficile" posée par un système de santé "tendu", avec des budgets contraints et une augmentation des maladies chroniques, a souligné David Corcos.

    Il a relevé que la stratégie de Philips consistait à profiter de sa position dominante sur les équipements médicaux, notamment en matière d'imagerie, et d'"enrichir" ces équipements grâce à l'innovation informatique. "Les équipements et les objets deviennent connectés, avec des logiciels embarqués, apportant des contenus, des données, qui sont le matériau des algorithmes d'IA", a-t-il observé.

    Il a cité les apports de ces technologies dans le monitorage en continu des patients, dans le recours à une chirurgie moins invasive, et afin d'aider le médecin et le radiologue à "poser le bon diagnostic dès la première fois".

    L'enjeu est de "basculer d'un système curatif épisodique hospitalo-centré à un système de santé beaucoup plus continu, avec du diagnostic et de la prévention en temps réel", a-t-il expliqué.

    "Maximiser les chances du patient"

    Le recours à l'intelligence artificielle ne vise pas à remplacer le professionnel de santé, mais à "libérer du temps médical" et à "maximiser les chances du patient en réduisant la variabilité des gestes médecin ou manipulateur-dépendants", a noté Frédéric Bouvier.

    Le groupe néerlandais entend appliquer ces technologies dans l'ensemble des domaines où il intervient, en particulier la radiologie, la médecine de précision en oncologie, la génomique, la cardiologie et le monitorage des patients en continu.

    En oncologie, Philips compte s'appuyer sur son savoir-faire en imagerie pour bâtir des "jumeaux numériques" des patients, notamment à partir de l'analyse numérique des lames de biopsie et des séquençages de génome.

    A partir de cette modélisation numérique, "nous voulons proposer au médecin à un instant T la vision de ce qui se fait de mieux dans le monde pour ce cas précis de patient, pour aller jusqu'à l'aide à la décision sur le traitement", a noté Frédéric Bouvier.

    En radiologie, Philips a investi dans le développement de logiciels qui permettent d'avoir une "vue complète" du patient issues de différentes données d'imagerie.

    "Demain", le groupe souhaite développer une technologie d'"intelligence adaptative" qui enrichit cette vue du patient de données cliniques issues du dossier médical pour "accompagner le médecin dans son choix de prise en charge, en prenant en compte le contexte clinique", a indiqué Pascal Dussert, directeur Healthcare IT de Philips France.

    Validation des algorithmes

    Interrogé par TICpharma sur les défis éthiques posés par l'utilisation en médecine d'algorithmes d'intelligence artificielle, le directeur de recherche de Philips France, Nicolas Villain, a expliqué que l'approche du groupe était de "travailler directement avec les médecins pour tester et faire valider les systèmes d'IA" et s'assurer qu'ils ne comportent "pas de biais".

    Plusieurs outils d'IA développés par Philips ont été validés par la Food and Drug Administration (FDA) américaine et marqués CE en Europe, a-t-il également rappelé, citant son outil de diagnostic in vitro Philips Intellisite pour la détection des tumeurs, proposés aux anatomocytopathologistes.

    Pour continuer à développer des algorithmes en lien avec ses partenaires industriels et établissements de santé, Philips a ouvert en mars la plateforme HealthSuite Insights qui comprend une "boîte à outils" pour intégrer des technologies d'IA dans les logiciels et systèmes d'information de santé.

    Raphael Moreaux

    À suivre

    Bpifrance s'allie à l'assurance maladie pour soutenir les start-up de la santé connectée

    Acteurs

    L'agence Paris&Co affiche la solidité de son incubateur de start-up e-santé

    PARIS (TICpharma) - L'incubateur Tech Care Paris de l'agence de développement économique et d'innovation Paris&Co a accompagné 54 start-up du domaine de la santé et du bien-être depuis sa création en 2014, et entend poursuivre sa dynamique avec le lancement d'un nouvel appel à candidatures, en partenariat avec de grandes entreprises comme Philips, Docapost ou Sanofi.

    0 395

    Solutions

    La CJUE sonne le glas de la certification des logiciels d'aide à la prescription

    LUXEMBOURG (TICpharma) - La Cour de justice de l'Union européenne (CJUE) a estimé jeudi 7 décembre que les logiciels d'aide à la prescription (LAP) constituaient des dispositifs médicaux au sens du droit de l'UE, ce qui rend ainsi superflue la procédure française de certification des logiciels médicaux sous l'égide de la Haute autorité de santé (HAS).

    0 432

    Vos réactions

    Anti-spam : Veuillez saisir le résultat de ce calcul S.V.P
    3 + 5 =