L’actualité numérique des industries de santé

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    Politique

    Intelligence artificielle: la santé (et ses données) au cœur de la stratégie du gouvernement

    PARIS (TICpharma) - Le président de la République, Emmanuel Macron, a dévoilé le 29 mars le "Plan pour l’intelligence artificielle" de son quinquennat qui fait la part belle au secteur de la santé, et dont le budget alloué de 1,5 milliard d’euros est destiné à faire de la France "un champion" dans le domaine.

    Le chef de l’Etat a prononcé un discours en clôture du Sommet de l’IA organisé au Collège de France au lendemain de la remise du rapport du député LREM de l'Essonne et mathématicien Cédric Villani baptisé "Donner un sens à l’IA, pour une stratégie nationale et européenne" (voir dépêche TICsanté du 29 mars 2018).

    Cédric Villani s'est vu confier par Matignon une mission sur la stratégie française en matière d'IA en septembre 2017, rappelle-t-on (voir dépêche du 11 septembre 2017).

    Les conclusions de son rapport ont conduit le gouvernement à bâtir un plan national pour développer l’IA.

    Pour financer ce plan, les pouvoirs publics vont débloquer 1,5 milliard d’euros dont près de 400 millions d’euros d’appels à projets et de défis d'innovation de rupture, a annoncé Emmanuel Macron.

    Cette somme provient du fonds pour l’innovation et l’industrie de 10 milliards d’euros (voir dépêche du 28 février 2018), du grand plan d’investissement 2018-2022 de 57 milliards d’euros annoncé en septembre 2017 par le gouvernement (voir dépêche du 27 septembre 2017), du fonds de transformation de l’action publique de 700 millions d'euros sur cinq ans, et d’un redéploiement budgétaire, a précisé l’Elysée.

    Le fonds pour l’innovation et l’industrie va allouer une enveloppe de 100 millions d’euros "dès cette année pour contribuer à l’amorçage et la croissance de nos start-up en intelligence artificielle". Plus globalement, ce fonds consacrera, via Bpifrance, 70 millions par an à l’émergence de start-up dites de deep technology (innovation profonde) en France. Parmi elles, beaucoup sont consacrées à l’e-santé.

    La santé au cœur de la stratégie nationale pour l’IA

    Le président de la République a consacré une large part de ses annonces à la santé, définie comme un axe "prioritaire" du développement de l’IA.

    Il a évoqué "le domaine de la santé comme l’un des secteurs où la France possède un avantage comparatif significatif, eu égard à la taille critique de ses bases de données". Dans son entourage à l’Elysée, on assure que "dans les trois ou quatre ans, la France peut avoir de supers champions en IA et santé".

    "Dans le domaine de la santé, nous savons que, grâce à l’IA, nous allons pouvoir prévenir les pathologies et aller vers une médecine personnalisée. L’IA ne vient pas se substituer aux innovations médicales mais elle permet d’aller plus vite", a expliqué le chef de l'Etat dans son discours au Collège de France.

    A l'aide de la base de données de l’assurance maladie "ou encore celles des hôpitaux qui comptent parmi les plus larges du monde", Emmanuel Macron entend accélérer l’innovation.

    Pour exploiter ces données, la président de la République a annoncé la création du Health Data Hub, structure partenariale entre "producteurs et utilisateurs des données" qui pilotera "l’enrichissement continu et la valorisation du système national des données de santé (SNDS) pour y inclure à terme l’ensemble des données remboursées par l’assurance maladie, les données cliniques des hôpitaux, des données de la médecine de ville et des données scientifiques issues de cohortes."

    "L’Institut national des données de santé [INDS] continuera d’être le garant du respect des règles d’accès aux données de santé", a-t-il précisé.

    Plus largement, concernant les données, le président a appelé à "mieux exploiter les données" et à "une ouverture proactive de la donnée, d’abord publique."

    Le chef de l’Etat a également annoncé l’ouverture d’un débat à l’échelle européenne sur l’accès aux données privées et leur exploitation à des fins d’intérêt général, avec un objectif de recherche et d’innovation marqué.

    Dans les pas d'Emmanuel Macron, le secrétaire d’Etat chargé du numérique, Mounir Mahjoubi, a rappelé au Collège de France que "pour innover plus vite, notamment dans la santé, nous avons besoin des données et il va peut-être falloir les partager."

    Pour cela, encore faut-il les détenir et les transférer facilement d’un système à un autre. Le règlement européen de protection des données (RGPD), qui entrera en vigueur le 25 mai, ouvre un "droit à la portabilité" des données.

    L’enjeu des données, central, a également été largement commenté par Frédérique Vidal, ministre de l’enseignement supérieur et de la recherche qui a rappelé lors du Sommet pour l’IA que les données étaient indispensables pour faire avancer la recherche.

    Les entreprises "seront également soutenues", a souligné le chef de l'Etat et elles seront appelées à participer à l’effort national pour la réussite de la stratégie française.

    Les acteurs privés et publics appelés à un effort commun

    Le 29 mars a aussi été l’occasion de multiples annonces par de grands noms de la tech en faveur de l’IA, en France.

    Le géant américain Microsoft a annoncé un investissement de 30 millions de dollars sur trois ans en France afin de développer une "IA de confiance" dans l'Hexagone.

    Dans le même temps, Demis Hassabis, fondateur et PDG de la start-up britannique Deepmind s’est entretenu avec la ministre de l’enseignement supérieur et de la recherche. Il a annoncé l’ouverture d’un centre de recherche consacré à l’IA à Paris à l’été 2018. Il s'agit de son premier centre de recherche en Europe continentale.

    Le groupe sud-coréen Samsung a annoncé le 28 mars l’implantation en France d'un centre de recherche mondial consacré à l’IA, après avoir été reçu à l’Elysée par Emmanuel Macron.

    D'autres grands noms de la tech tels que Fujitsu, IBM (qui annonce notamment 400 emplois en France d'ici 2 ans), Google et Facebook participeront à la stratégie de développement de l'IA dans l'Hexagone, a indiqué le président de la République.

    Du côté des acteurs publics, ceux de la recherche tiennent le haut du panier parmi les porteurs du développement de l’IA sur le territoire.

    Emmanuel Macron a annoncé un programme national de recherche sur l’IA piloté par l’Inria (Institut national de recherche en informatique et en automatisation).

    "L’intérêt est d’avoir une communauté, un réseau de recherche en France et ce réseau sera le vaisseau amiral de l’IA. Il permettra de créer des chaires d’excellence pour faire venir les meilleurs chercheurs du monde en la matière et qu'ils s’installent en France."

    Par ailleurs, le président a dévoilé des mesures destinées à augmenter la porosité des parcours entre recherche publique et monde industriel. Il a plaidé pour une simplification des démarches de création de start-up pour les chercheurs, et pour l'accélération des procédures en confiant le soin aux universitaires et organismes publics de contrôler la conformité aux règles du projet du scientifique.

    Un "lab de la transformation publique" sera également mis en place au sein du secrétariat d’Etat au numérique, rassemblant spécialistes de l’IA et de la transformation publique. "Les ministères publieront à l’été une feuille de route de transformation numérique et IA", a précisé l'Elysée.

    La nécessité "d’améliorer les délais" en matière d’innovation

    Vantant "la culture de l’expérimentation de la France", le président a rappelé le besoin d’améliorer les délais en matière d’innovation pour développer et favoriser les projets innovants. "Aujourd’hui les délais ne sont pas toujours ceux de l’innovation", a-t-il regretté.

    Ainsi, "d’ici l’été" un changement législatif et un appel à contribution seront effectués pour une insertion, par amendement dans la loi Pacte (Plan d'action pour la croissance et la transformation des entreprises), de la modification des délais.

    Emmanuel Macron a aussi rappelé l’impératif de la transparence, de la loyauté et de la légalité des algorithmes, et a évoqué le lancement d’une réflexion au niveau mondial sur leur contrôle et leur certification.

    Il a fait part de sa volonté que soient publiés par défaut les algorithmes utilisés par l’Etat dont "au premier rang, celui de Parcoursup" [la plateforme publique dédiée à l’inscription dans l’enseignement supérieur, ndlr].

    Enfin, la mise en place d’un groupe d'experts intergouvernemental sur l’IA, sur le modèle des groupes d'experts intergouvernementaux sur l'évolution du climat (Giec), en charge de mener une réflexion prospective sur les impacts éthiques de l’IA avec des partenaires internationaux, a également été annoncée.

    Wassinia Zirar

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