L’actualité numérique des industries de santé

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    Politique

    Mounir Mahjoubi veut "un dialogue continu" entre acteurs de l'e-santé et administrations

    PARIS (TICpharma) - En amont d'un déplacement à la technopôle de l'Aube, le 23 mars, pour promouvoir des entreprises de l'e-santé, le secrétaire d'Etat chargé du numérique, Mounir Mahjoubi, a plaidé dans une interview à TICpharma pour l'instauration d'"un dialogue continu" entre ces acteurs et l'administration afin de répondre aux problématiques spécifiques du secteur.

    TICpharma.com: Qu'est-ce que les technologies numériques peuvent apporter au système de santé?

    Mounir Mahjoubi: L’avenir de notre système de santé est au cœur des préoccupations des Français et soigner autrement représente à la fois un impératif de santé publique et un impératif économique, qui touche particulièrement la France, où les dépenses de santé sont importantes. Le numérique et l'innovation en santé permettent de développer de nouvelles pratiques: tandis que la télémédecine constitue une réponse à la problématique spécifique des déserts médicaux, le numérique transforme notre façon de penser l’accessibilité des soins et favorise le partage d’informations entre les différents acteurs du système de santé, leur coopération ou encore le suivi des patients.

    Quel message allez-vous porter aux start-up de l'e-santé vendredi 23 mars lors de votre déplacement à la technopôle de l'Aube?

    M.M.: Je souhaite soutenir les start-up de l’e-santé, qui développent des solutions innovantes, capables de mieux répondre aux attentes des usagers et des professionnels de santé. Avec le gouvernement et notamment avec la ministre des solidarités et de la santé, nous sommes d’ores et déjà engagés afin de promouvoir le numérique comme un enjeu clé de la transformation du système de santé: conduire la révolution de la prévention, accélérer la lutte contre les inégalités et améliorer l’efficacité de notre système. A ce titre, nous accélérerons le développement du secteur et de ses acteurs pour, demain, faire de la France un leader européen et mondial de l’e-santé. Le secteur connaît une dynamique importante: on compte plus de 600 start-up, une excellente recherche scientifique et des infrastructures reconnues. Nous disposons déjà des meilleures start-up de santé au monde, qui proposent des innovations uniques, et je souhaite les encourager et leur témoigner de mon engagement à leurs côtés.

    Quels sont les besoins spécifiques que vous avez perçus dans le secteur de la santé lors de votre tour de France des start-up, mené entre octobre 2017 et février 2018?

    M.M.: Des freins restent à lever pour favoriser, accélérer l’innovation en santé et faire de nos start-up des leaders mondiaux. Pour y répondre, nous avons initié un dialogue avec les acteurs, qui est amené à s’approfondir, dans le cadre du tour des start-up. Nous y avons par exemple constaté que les start-up de la biotech peinent à trouver des financements au stade de la preuve de concept, que la réglementation relative aux dispositifs médicaux demeure imparfaite, et que les jeunes pousses peinent à convaincre certains acteurs publics et privés du système de santé des apports de leurs produits et solutions.

    Vous avez annoncé la publication de 132 recommandations à la suite de votre tour des start-up. Ces recommandations contiendront-elles des mesures spécifiques à la santé?

    M.M.: Des mesures spécifiques seront consacrées à la santé car la démarche du tour des start-up se veut inédite par son approche: aller au-delà de la description des problèmes et pistes de solution déjà connus via une approche résolument sectorielle capable de recueillir finement, domaine par domaine, les irritants spécifiques rencontrés par les start-up. Nous avons déjà engagé les discussions avec le ministère des solidarités et de la santé sur ces recommandations spécifiques. Nous pourrons les rendre publiques dans le prochain mois, via une publication participative, qui détaillera les prochaines étapes et les relais avec lesquels nous souhaitons avancer.

    Réalité virtuelle, intelligence artificielle (IA), blockchain, internet des objets (IoT)... On parle de plus en plus de l'apport potentiel de ces technologies dans le domaine médical. Ne faut-il pas craindre une forme de "e-washing" de la santé, comme on a pu parler d'un "green washing" avec l'écologie?

    M.M.: Une vision ambitieuse de l’e-santé qui concilie, dans le même temps, l’innovation et la protection doit, à mon sens, être prônée. Pour cela, nous pourrions, par exemple, développer des mécanismes de labellisation des solutions, afin que le consommateur soit en capacité de s’assurer de la protection fournie par l’innovation et également que le professionnel de santé soit conforté dans sa pratique. Par ailleurs, le développement du secteur doit s’effectuer dans un cadre protecteur pour l’individu et pour cela, le numérique invite les politiques publiques de santé à intégrer systématiquement le sujet de la sécurité des données de santé. L’instauration du système national des données de santé (SNDS) par la loi du 26 janvier 2016 de modernisation du système de santé illustre une avancée unique et importante pour analyser et améliorer la santé de la population française.

    Beaucoup de professionnels de santé peuvent s'inquiéter d'une disparition de leurs métiers avec cette vague technologique, que leur répondez-vous?

    M.M.: Ces évolutions ne remettent pas en cause les métiers des professionnels de santé mais transforment leur rôle et permettent de réaliser des progrès considérables en termes d’efficacité et de performance de notre système de santé. Je pense que les professionnels de santé pourront s’emparer des différentes solutions pour répondre aux attentes des usagers et ainsi assurer une prise en charge personnalisée et optimale. Par ailleurs, le numérique pourra renforcer le travail en coordination des différents professionnels. Aussi, le numérique est voué à transformer les relations entre professionnels de santé et patients, en responsabilisant ces derniers, qui deviendront ainsi acteurs de leur parcours de soin et détenteurs de l’information.

    Comment expliquez-vous le contraste entre le dynamisme du tissu de start-up e-santé en France et le retard pris par les acteurs de santé dans leur transformation digitale?

    M.M.: Pour y répondre, nous devons mobiliser une culture de l’innovation numérique. A ce titre, le gouvernement s’est engagé pour rattraper ce retard et a lancé un plan d’investissement pour la transformation numérique du secteur (voir dépêche du 27 septembre 2017).

    Les industriels de santé, laboratoires pharmaceutiques et fabricants de dispositifs médicaux déploient de plus en plus des stratégies digitales, des applications mobiles, des objets connectés pour accompagner les patients. Mais l'e-santé peine à trouver son modèle économique. Quelle réponse peut apporter l'Etat?

    M.M.: Le secteur de l’e-santé est complexe: cycle de vie des produits, entrée des dispositifs dans le circuit de prise en charge... L’Etat peut d’une part instaurer et faciliter un dialogue continu entre les acteurs de l’e-santé et l’administration et, d’autre part, apporter des solutions spécifiques aux acteurs du secteur. La technopole de l’Aube constitue, par exemple, une illustration de la forte volonté du conseil départemental pour redynamiser l’économie de son territoire et constitue un outil majeur dans le développement économique et technologique du département. Des initiatives ciblées, comme celle du Pass French Tech, peuvent accompagner les start-up en hypercroissance du secteur en offrant un label et l’accès à un guichet unique de services premiums.

    Avec l'essor de l’e-santé, quels sont les risques de voir émerger une médecine à deux vitesses, où les patients les plus aisés et les plus "acculturés" au digital bénéficieront de meilleurs soins que le reste de la population?

    M.M.: Je suis convaincu que le numérique constitue un levier privilégié de lutte contre les inégalités sociales de santé. Pour cela, il faut faire du numérique une chance pour tous en accompagnant et formant les citoyens qui sont aujourd’hui coupés de ces outils. Je dévoilerai prochainement notre stratégie pour un numérique inclusif à destination des 13 millions de Français qui rencontrent des difficultés à utiliser le numérique. En parallèle, il faut également lutter contre la fracture numérique territoriale en garantissant une connexion fiable à internet et au réseau mobile: c’est tout l’enjeu du plan haut et très haut débit que porte le gouvernement et qui garantira à tous, d’ici à 2020, un accès au bon débit et la généralisation de la couverture mobile de qualité et d’ici 2022, l’accès internet à très bon débit et la dotation de tous les territoires d’infrastructures numériques de pointe.

    Raphael Moreaux

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