L’actualité numérique des industries de santé

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    "La DSI a besoin d'être plus visible au sein des industries de santé" (association Cedhys)

    PARIS (TICpharma) - Pierre-Yves Colin, président du Centre d'études dans les domaines de l'hygiène et de la santé (Cedhys), qui rassemble des directeurs informatiques du secteur de la santé, détaille dans un entretien à TICpharma le programme de travail de l'association pour 2018 et livre son analyse de l'évolution des métiers IT dans la filière industrielle.

    TICpharma.com: Comment est composé le Cedhys et que propose-t-il à ses adhérents?

    Pierre-Yves Colin: Le Cedhys est une association loi 1901 créée il y a une trentaine d'années afin de réunir les directeurs des systèmes d'information (DSI) des sociétés de sciences de la vie, c’est-à-dire principalement des laboratoires pharmaceutiques et des sociétés proposant du matériel et des dispositifs médicaux. Elle est composée d’environ 45 membres, qui y trouvent l'accès à un réseau de pairs pour échanger sur des problématiques que nous partageons tous, qu'elles soient générales ou spécifiques à la filière santé.

    Comment le Cedhys anime-t-il ce réseau?

    P.-Y.C.: Nous organisons chaque année 5 séminaires, et nous proposons tous les trois ans un voyage d'études à l'étranger pour aller à la rencontre de sociétés technologiques et d'industries de santé. Ces dernières années, cela nous a permis d'échanger avec des représentants d'entreprises du secteur de la robotique au Japon et de visiter une usine du laboratoire Teva en Israël. Nous travaillons pour l'année 2019 à organiser un voyage d'études aux Etats-Unis, concomitamment au Consumer Electronic Show (CES) à Las Vegas.

    Quel est votre programme de travail pour l'année 2018 ?

    P.-Y.C.: Notre programme de séminaires est une synthèse des desiderata de nos membres. Le premier d'entre eux, qui aura lieu en février, portera sur le thème de l'"ERP 2025". Il s'agira d'étudier les alternatives aux progiciels de gestion intégré (ERP) comme les nouvelles architectures informatiques centrées sur les données pour répondre à des besoins transactionnels. Le deuxième séminaire, en mars, abordera la question de la gouvernance de l'informatique dans nos entreprises. Le troisième séminaire, en juin, sera consacré aux ressources humaines et au développement personnel. Le quatrième, prévu en septembre, sera dédié aux cas d'usage des nouvelles technologies dans la santé, et le dernier, prévu en novembre, présentera les nouveaux enjeux de la cybersécurité. Il sera l'occasion d'un premier bilan sur la mise en place du règlement général européen sur la protection des données personnelles (RGPD).

    Où en sont les industries de santé dans leur mise en conformité avec le RGPD ?

    P.-Y.C.: Globalement, on ne peut pas dire que nous sommes en avance sur le sujet. Peu de DPO [Data Protection Officer, ou délégué à la protection des données] ont été nommés. La Commission nationale de l'informatique et des libertés (Cnil) encourage la conversion des CIL [correspondants informatique et liberté] en DPO, mais beaucoup d'entre eux étaient intégrés à la DSI, alors qu'il y aura sans doute davantage de DPO rattachés directement au juridique. Le Cedhys étudie pour sa part la piste d'un DPO externe, que l'on pourrait mutualiser entre plusieurs membres.

    Quels sont les autres sujets qui occupent actuellement les DSI du secteur de la santé?

    P.-Y.C.: Comme beaucoup de nos homologues de l'industrie, nous devons faire face à la vague "digitale", nous obligeant à toujours plus de réactivité, de flexibilité et d'individualisation des solutions, tout en gérant le patrimoine informatique dont nous héritons. La pression réglementaire est en augmentation constante sur différents fronts comme la validation pharmaceutique, la protection des données, ou la sérialisation.

    Qu'en est-il du rôle des DSI dans les stratégies dites "Beyond the Pill" des laboratoires (voir dépêche du 9 septembre 2016)?

    P.-Y.C.: Paradoxalement, ces stratégies ne sont pas la préoccupation majeure de nos DSI, la partie "services" des industries étant plutôt gérée par des entités spécialisées rattachées aux activités commerciales et dotées de leurs propres ressources informatiques, ou s'appuyant sur des partenariats technologiques. Je pense toutefois que nous serons de plus en plus amenés à participer à ces projets, pour répondre par exemple à leurs enjeux en termes de gestion de la donnée, pour laquelle nous sommes les seuls à avoir un véritable savoir-faire dans nos entreprises.

    La "vague digitale" que vous évoquez a été l'occasion pour beaucoup d'industries de santé de se doter d'un Chief Digital Officer (CDO). Quelles sont les relations entre les DSI et ces nouveaux profils?

    P.-Y.C.: A l'heure actuelle, on voit plutôt la nomination de CDO comme un élément perturbateur supplémentaire de l'environnement des DSI. Le plus souvent, ce sont des entités relativement éloignées qui n'ont pas beaucoup d'interaction, sauf dans les cas où il y a regroupement des deux casquettes, comme au sein du laboratoire Ipsen où la DSI, Malika Mir, est également CDO. Lorsque des CDO sont nommés, ils sont majoritairement issus du business, et en particulier du marketing, ou ont tenu ce poste dans d'autres entreprises, souvent de secteurs différents. La cohabitation n'est donc pas aisée, mais elle est nécessaire, notamment lorsqu'on commence à parler budgets et faisabilité des projets. Avec l'arrivée du digital, la DSI aurait besoin d'améliorer son image et d'être plus visible au sein de l'entreprise, parce que le business ne pourra jamais produire de projets technologiques efficacement, sans le support de la DSI.

    Qu'en est-il des relations avec les directions métiers et les directions générales des industries de santé?

    P.-Y.C.: C'est une question à la fois récurrente et préoccupante. Notre secteur n'est pas encore au niveau de maturité de certaines industries concernant la compréhension des enjeux liés à l'informatique en général. Cela concerne aussi bien la création de valeur que la mesure des contraintes qui pèsent sur les DSI. Clairement, l'informatique n'est pas stratégique pour les laboratoires pharmaceutiques, en tout cas elle n'est pas encore vue comme telle. Nous avons donc un rôle d'accompagnement et d'éducation essentiel à conduire, et plus encore dans le contexte d'accélération technologique, et avec une pression réglementaire en hausse constante.

    Comment expliquez-vous cette difficulté des industriels de santé à se saisir des enjeux numériques et informatiques?

    P.-Y.C.: D'une façon générale dans la pharma, tout le monde s'entend sur le fait que la digitalisation est importante mais cela reste très orienté marketing et connaissance client. Les laboratoires fournissent de petits services digitaux, mais ils n'ont pas encore de véritables modèles commerciaux. Cela empêche à la fois de construire des services durables pour l'entreprise, et d'entrer dans les écrans radars de la direction générale, car cela ne génère pas encore de chiffre d'affaire significatif.

    La pression réglementaire explique-t-elle un certain retard pris par le secteur de la santé dans sa transformation numérique?

    P.-Y.C.: Oui, cette pression est un ennemi du changement. C'est d'ailleurs la principale différence de nos DSI, par rapport à leurs homologues d'autres secteurs. La compliance nous oblige à "valider" certains systèmes en documentant précisément le fonctionnement attendu, les tests à réaliser, la formation des opérateurs et la traçabilité de leurs actions. Un projet informatique en environnement pharma coûte en moyenne 30% plus cher qu'ailleurs pour cette raison. Par exemple, pour un changement purement technologique d'outils, conservant des fonctionnalités égales, je vais devoir prévoir des centaines de jours-hommes pour réaliser les tests à effectuer.

    Quelles évolutions du métier de DSI du secteur de la santé anticipez-vous?

    P.-Y.C.: Il est vraisemblable que la transformation numérique affectera bien plus le business de notre secteur d'activité que les équipes informatiques elles-mêmes. Notre métier va tout de même largement évoluer dans plusieurs voies, qui ne sont pas spécifiques à la filière santé. Je pense notamment aux problématiques de gestion des données, qui vont devenir primordiales dans un contexte où les sources de données vont exploser et où il nous faudra les rassembler, les stocker, les sécuriser et potentiellement les anonymiser. Nous serons de plus en plus confrontés à des systèmes hétérogènes, peu ou pas intégrés, qu'il faudra mettre en cohérence et interfacer. Nous anticipons aussi une plus forte proximité avec les directions métiers, pour les aider à choisir des solutions qui seront de plus en plus tournées vers le cloud, avec des cycles de vie de plus en plus courts.

    Comment voyez-vous arriver les problématiques liées aux objets connectés (IoT)?

    P.-Y.C.: Ces objets vont faire partie des systèmes hétérogènes que j'évoquais et qu'il faudra mettre en cohérence avec nos systèmes d'information. Les opportunités offertes par l'IoT combinées à l'intelligence artificielle vont naturellement entraîner un glissement de notre chaîne de valeur du curatif vers le préventif, en permettant des diagnostics plus fiables et précoces, et des traitements plus personnalisés. La forte régulation du secteur et le corporatisme des professionnels de santé ralentiront certainement l'adoption de ces technologies, mais ne suffiront pas à empêcher l'arrivée de nouveaux entrants sur ce marché, issus de sociétés technologiques ou de start-up. De façon plus générale, la progression actuelle des technologies est un phénomène d'une plus forte ampleur encore que la révolution industrielle, et le domaine de la santé sera, de loin, le plus concerné et le plus bousculé.

    Composition du conseil d'administration du Cedhys
    Pierre-Yves Colin, président du Cedhys
    Pierre-Yves Colin (photo) est DSI du laboratoire de santé animale Vetoquinol depuis 2006. Il a été élu président du Cedhys en juin 2017, après en avoir été le trésorier pendant trois ans.
    Le reste du conseil d'administration du Cedhys se compose de 6 vice-présidents: William Vandamme (Laboratoires Genévrier), Eric Marini (Théa), Michaël Pressigout (Institut Pasteur), Jean-Pierre Trevisani (Teva), Patrick Lalouette (Virbac) et Antoine Jumelle (Biogaran, groupe Servier).
    Bruno Duplaix (Leo Pharma) occupe la fonction de trésorier de l'association.
    Le site web du Cedhys
    Raphael Moreaux

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