L’actualité numérique des industries de santé

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    Modèle économique de l'e-santé: un "Graal" encore difficile à atteindre (Alcimed)

    PARIS (TICpharma) - A l'occasion des 15 ans de l'ouverture du bureau d'Alcimed à Lyon, Benjamin D'hont, responsable de mission et expert e-santé au sein de la société de conseil, a fait part à TICpharma des difficultés rencontrées par le secteur de l'e-santé, où les acteurs peinent encore à "trouver le Graal du modèle économique".

    TICpharma.com: Comment analysez-vous les évolutions du secteur de l'e-santé ces dix dernières années?

    Benjamin D'hont: L'e-santé s'est d'abord développée avec l'essor des objets connectés et des traqueurs d'activité dans le domaine du bien-être, moins contraint réglementairement que le médical. Ce marché, difficile à quantifier et à qualifier, s'est constitué à partir d'applicatifs de grande consommation dont l'intérêt a pu être interrogé. Ces trois dernières années, on a assisté à une médicalisation de l'approche, avec le partage du constat que les technologies peuvent contribuer à rendre plus efficient le système de santé et à améliorer la qualité de vie des patients. Mais l'implémentation concrète de solutions à large échelle prend du temps.

    Pour quelles raisons?

    B.D: Le secteur de la santé souffre d'une certaine inertie, notamment liée au réglementaire. Au-delà de l'évolution des technologies, avec la connectivité des dispositifs médicaux, la réalité virtuelle ou la télémédecine, l'e-santé transforme aussi le métier des professionnels de santé et leurs relations avec les patients. Et on ne peut pas s'attendre à ce que ce rythme de transformation des métiers soit aussi rapide que celui de la progression des technologies.

    Plusieurs études anticipent pourtant une forte augmentation du marché de l'e-santé...

    B.D: C'est sans aucun doute un marché très attractif, qui draine beaucoup d'investissements. Malgré tout, le chemin est encore long, et la complexité est là. Le positif, c'est qu'un cadre est en train de s'installer. On l'a vu dans le projet de loi de financement de la sécurité sociale (PLFSS) pour 2018, qui prévoit la généralisation de certains actes de télémédecine, et dans le grand plan d'investissement du gouvernement, dont une part est dédiée au numérique en santé. Cela ne veut pas dire qu'il ne s'est rien passé depuis dix ans. Il y a eu beaucoup d'initiatives locales soutenues par les agences régionales de santé (ARS), et un tissu de start-up a pu se constituer. Aujourd'hui, on constate une forme d'harmonisation et de "transversalisation" de l'approche de l'e-santé.

    Cela va-t-il régler le problème du modèle économique des entreprises qui fournissent des produits et services en e-santé?

    B.D: Clairement, il y a encore un point d'achoppement économique. Aujourd'hui, personne n'a vraiment trouvé le Graal du modèle économique. La complexité se situe à plusieurs niveaux: en e-santé, on adresse deux univers très différents en termes de courbe de cycle de vie des produits, entre un médicament et une application mobile. Il y a aussi la question de l'entrée des dispositifs dans le circuit de prise en charge de la sécurité sociale, qui nécessite de monter une cohorte, de démontrer des bénéfices cliniques. Il faut monter des binômes gagnants entre industries de santé, d'une part, et start-up et entreprises du digital, d'autre part, car on avancera moins vite l'un sans l'autre.

    Sur quelles technologies faut-il miser dans le secteur de la santé?

    B.D: Il y a des projets à monter sur la réalité virtuelle ou l'intelligence artificielle [IA], même si le développement d'une IA ne se fait pas du jour au lendemain. Il n'y a pas de technologie à écarter et, plus généralement, j'estime que la question est moins technologique que liée au service médical que l'on souhaite rendre. Il faut d'abord penser aux points d'optimisation de la prise en charge et du parcours de soins que l'on pourrait trouver grâce au digital, et monter un cahier des charges autour de cette optimisation recherchée. Il est alors plus facile, pour un laboratoire pharmaceutique, de définir la brique technologique nécessaire et de déterminer s'il souhaite la développer en interne ou via un partenariat. Mais la question technologique ne doit venir que dans un second temps.

    La culture numérique et les réticences de certains professionnels de santé à adopter ces nouveaux outils sont-elles un frein?

    B.D: Tout le monde s'empare du digital et les médecins partagent déjà par exemple des photos de patients sur leur mobile pour solliciter l'avis de confrères. La fracture numérique se joue d'abord en termes d'infrastructures. Il y a une zone de recouvrement importante entre la carte des déserts médicaux au sens large et celle des déserts numériques, où la couverture mobile est clairement insuffisante pour soutenir la télémédecine. On se retrouve face à une situation paradoxale où l'e-santé, qui devrait permettre à tous d'avoir accès à une qualité de soins équivalente, ne peut pas se déployer partout sur le territoire.

    Que penser de l'arrivée des GAFAM (Google, Apple, Facebook, Amazon, Microsoft) sur le marché?

    B.D: Tout se joue sur l'impératif de maîtrise de volumes massifs de données, et des infrastructures qui les sous-tendent. Un facteur incontournable de la médecine dite des 4P [personnalisée, préventive, prédictive et participative] est le contrôle, la bonne gestion, la fiabilité et la sécurité des données. La question est de savoir qui détiendra ce pouvoir demain? Ce n'est donc pas un hasard si Sanofi se rapproche de Google par exemple. Techniquement et financièrement, il est plus facile pour Amazon d'intégrer la compétence pharmaceutique pour distribuer du médicament que pour un laboratoire d'intégrer les compétences d'Amazon. Plutôt que tout céder aux GAFAM, il s'agit de trouver les bonnes formes de partenariat, pour avancer ensemble.

    Raphael Moreaux

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